Publicité

25 juillet 2022 - 09:52 | Mis à jour : 27 juillet 2022 - 14:16

L’église de Saint-Paul-de-la-Croix sauvée par deux entrepreneurs de Toronto

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

Il y avait bien longtemps que les bancs de l’église de Saint-Paul-de-la-Croix n’avaient pas accueilli autant de paroissiens, ce 22 juillet. Dans un ultime effort pour sauver le bâtiment d’un délabrement annoncé, une cinquantaine de personnes ont approuvé unanimement la vente de l’église à Sabahat Qureshi et Irene Chen de Toronto, pour la somme de 501 $.

«On a fait pour le mieux, et l’avenir va nous le dire», a lancé avec émotion le président de la Fabrique, Yval Castonguay, à la toute fin de l’assemblée extraordinaire, sous les applaudissement des gens réunis à l’église. Avant d’être officialisée, bien qu’acceptée par les citoyens, cette vente doit encore être approuvée par l’Archevêché de Rimouski. Assis à trois tables installées dans le chœur de l’église, les membres de la Fabrique et les nouveaux acheteurs ont répondu aux interrogations des citoyens pendant environ une heure.

«Comme diraient les astronautes, mission accomplie […] Les acheteurs nous permettaient de garder la sacristie comme lieu de culte et on n’avait plus de chauffage et d’entretien à payer. Pour nous, c’est merveilleux, c’est comme un miracle. On n’avait plus d’argent», a déclaré Yval Castonguay. Des citoyennes s’exprimant lors de l’assemblée ont remercié «Sam», surnom de Sabahat Qureshi, de sauver le patrimoine bâti de Saint-Paul-de-la-Croix et elles ont invité la communauté à accueillir sa famille les bras ouverts.

«C’est une opportunité incroyable pour nous et pour la communauté. Nous cherchions une résidence estivale, un lieu pour s’échapper de la ville et du bruit de Toronto avec nos trois enfants. C’est de plus en plus difficile d’y habiter à temps plein. Nous voulons garder l’église telle quelle», explique l’homme d’affaires Sabahat Qureshi. Ce dernier a proposé à Yval Castonguay un bail de location de cinq ans, renouvelable pour le culte. Si l’utilisation de l’église diminue, il envisage de convertir l’arrière de l’église en résidence. Dans un horizon de 5 à 10 ans, il voudrait transformer la partie avant en galerie d’art pour les artistes de la région, en musée ou en bibliothèque.

«Tous les projets que nous envisageons seront des lieux calmes et paisibles, qui vont de pair avec la communauté de Saint-Paul-de-la-Croix. L’église demeurera accessible pour la communauté.»

Les deux acquéreurs prévoient avant tout faire des travaux de restauration et d’entretien, mais ils n’envisagent aucune construction pour le moment. «Ma conjointe aime l’architecture, le design, les églises. Elle en cherchait une depuis des années […] Ce n’est pas quelque chose qu’on décide de faire du jour au lendemain. Nous avons visité 7 ou 8 églises auparavant. Nous avons fait nos recherches et nous connaissons les défis qui s’y rattachent. Ce n’est pas une décision spontanée, nous y pensions depuis très longtemps», conclut M. Qureshi.

DIFFICULTÉS FINANCIÈRES

Le président de la Fabrique, Yval Castonguay, a raconté que le confinement du 13 mars 2020 en raison de la COVID-19 a été le coup de grâce pour l’organisation. Sans messes, sépultures, soirées de financement et quêtes, la Fabrique a perdu toutes ses sources de financement du jour au lendemain. À l’hiver 2021, la facture de chauffage a connu une augmentation de 110 %. Le conseil de Fabrique a alors approché la Municipalité, qui a refusé d’acquérir l’église. En raison d’une demande de son assureur, la cheminée doit être démolie avant le 1er novembre, ce qui représente d’autres frais, ajoute Yval Castonguay. En janvier 2022, la Fabrique avait une facture de 6 500 $ de chauffage à payer.

Les deux acquéreurs s’engagent à respecter cinq conditions principales. Le bâtiment, construit entre 1907 et 1909, ne peut être démoli. L’aspect extérieur doit être conservé tel quel, à l’exception du clocher, qui doit faire l’objet de quelques réparations. L’église est vendue telle que vue, sans garantie légale. La sacristie sera toujours accessible comme lieu de culte pour une durée de cinq ans. La Fabrique en sera ainsi locataire, pour un montant de 1 $ par année. La localisation du terrain est aux frais de l’acheteur et l’église devra être chauffée en tout temps pour éviter qu’elle ne se détériore.

Mise en vente en février 2022 sur le site immobilier Proprio Direct, l’église de Saint-Paul-de-la-Croix a attiré l’intérêt de 32 acheteurs, tout comme celui des médias. Une fois tous les relevés transmis aux futurs acheteurs, ils se sont tous désistés, refroidis par les 42 000 $ de taxes municipales annuelles rattachées à cette bâtisse et au terrain, évalués à 1,6 M$. Après maintes démarches, Yval Castonguay indique que la Fabrique a réussi à faire diminuer l’évaluation de l’église à 687 000 $, ce qui entraine une réduction considérable des taxes.

M. Castonguay souligne que ce n’est pas avec bonheur que la Fabrique de la paroisse de Saint-Paul-de-la-Croix a décidé de vendre son église. Il réitère qu’il n’avait plus d’autres choix, puisqu’elle n’avait plus les moyens d’assumer les frais courants d’entretien et de chauffage. D’autres démarches restent encore à franchir avant que la transaction ne soit officialisée, puisque la Fabrique a appris au cours des dernières semaines que le cimetière est situé dans une zone agricole.

» À lire aussi : De l’intérêt de France et des États-Unis pour l’église de Saint-Paul-de-la-Croix 

Publicité


Publicité

Commentez cet article