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14 juillet 2022 - 06:59

Les phoques communs du Saint-Laurent contaminés par la grippe aviaire

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

Les données préliminaires recueillies sur une douzaine de carcasses de phoques communs de l’estuaire du fleuve Saint-Laurent confirment qu’ils étaient atteints de l’influenza aviaire (H5N1). Depuis le début de l’année 2022, 93 phoques morts ont été retrouvés dans ce secteur. Ces mortalités, beaucoup plus nombreuses que les années précédentes, pourraient être expliquées par la présence du virus.

Le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud, indique que la plupart des phoques communs infectés ont été retrouvés dans des échoueries situées de Trois-Pistoles à Sainte-Luce et près des iles du Bic, où des centaines d’oiseaux aquatiques atteints par la grippe aviaire ont été répertoriés.

«On a retrouvé 73 phoques communs morts en juin et cela se poursuit encore. On en retrouve environ deux par jour depuis le début du mois de juillet. C’est huit fois plus que la moyenne des 20 dernières années pour la même période», explique-t-il. Robert Michaud ajoute que le suivi des populations de phoques communs effectué par le GREMM depuis une vingtaine d’années est un bon atout pour documenter la situation actuelle.

 «Nous avons recueilli des échantillons et certaines carcasses que nous avons envoyés à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal pour analyse». Il ne croit pas que ces mortalités plus importantes pourraient menacer l’espèce, mais le directeur scientifique souligne qu’il faut faire preuve de vigilance et suivre de près l’épidémie.

ILE AUX LIÈVRES

À l’ile aux Lièvres, située en face de Rivière-du-Loup, l’administrateur de Duvetnor et biologiste Jean-François Giroux confirme qu’une dizaine de carcasses de phoques communs ont été observées au cours des dernières semaines, surtout dans le secteur plus à l’est. «Nous avons aussi retrouvé une carcasse qui avait été identifiée par le Réseau d’observation des mammifères marins à Notre-Dame-du-Portage et qui avait été déplacée par les marées.»

Après un pic de mortalité au printemps chez les eiders à duvet, les fous de Bassan, les goélands marins et d’autres espèces de charognards, comme le rapportait Info Dimanche le 1er juin dernier, ses équipes n’ont pas constaté d’autres pertes importantes d’oiseaux aquatiques sur les iles du Saint-Laurent. «On va espérer que les femelles eiders qui ont quitté les iles après avoir niché ont été épargnées et que tout sera rentré dans l’ordre l’an prochain.»

CONTAMINATION AU BAS-SAINT-LAURENT

Le professeur en santé de la faune à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, Stéphane Lair, émet l’hypothèse que l’augmentation importante des mortalités de phoques communs dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent est associée à la présence du virus de l’influenza aviaire chez les eiders à duvet. Il ajoute que les cas positifs proviennent tous de la région du Bas-Saint-Laurent.

«Le phoque commun est une espèce qui est connue pour sa sensibilité à certains virus […] Ces animaux partagent les mêmes sites de repos, comme les rochers, de façon intime avec les eiders à duvet. Cela pourrait expliquer pourquoi nous n’avons pas vu de cas de phoques communs positifs en Gaspésie, puisqu’à cet endroit, la grippe aviaire a surtout touché les fous de Bassan», précise Stéphane Lair.

Les effets de ces mortalités sur la population des phoques communs ne sont pas connus pour le moment. «On associe des mortalités importantes aux épidémies, mais dans la plupart des cas, il va y avoir un pic et les populations vont finir par s’adapter. La densité va être réduite, donc il y aura moins de transmission et on va observer la création d’une immunité. On peut penser qu’il restera suffisamment de phoques pour se reproduire», conclut le professeur de l’Université de Montréal.  Les équipes de recherche documenteront les effets de la transmission de la grippe aviaire chez les phoques communs pour mieux la comprendre et continueront d’examiner les carcasses retrouvées dans la région.

D’après Pêches et Océans Canada, la population des phoques communs est estimée entre 20 000 et 30 000 individus au Canada atlantique. Elle n’est pas considérée comme en péril. L’espérance de vie des phoques communs est de 30 à 35 ans pour les femelles et de 20 à 25 ans pour les mâles.

Les risques de transmission du virus de l’influenza aviaire à l’homme sont faibles, mais il est recommandé d’éviter de s’approcher d’animaux malades ou morts et d’éviter les contacts entre les animaux domestiques et les phoques ou les oiseaux sauvages morts.

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs considère que le virus de l’influenza aviaire hautement pathogène H5N1 est maintenant présent dans l’ensemble des régions du Québec.

» À lire aussi : Influenza aviaire - Des centaines d’oiseaux aquatiques retrouvés morts sur les iles de l’estuaire du Saint-Laurent

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