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Influenza aviaire

Des centaines d’oiseaux aquatiques retrouvés morts sur les iles de l’estuaire du Saint-Laurent

durée 1 juin 2022 | 06h59
  • Andréanne Lebel
    Par Andréanne Lebel

    journaliste

    Les membres de l’équipe de recherche du biologiste Jean-François Giroux ont retrouvé des centaines de carcasses d’eiders à duvet sur les iles de l’estuaire du Saint-Laurent au cours de la dernière semaine. Les résultats d’analyses obtenus jusqu’à maintenant confirment que la grippe aviaire les a terrassés.

    Malgré le choc de retrouver tous ces oiseaux morts disséminés sur les iles, le technicien en aménagement de la faune rattaché à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), Francis St-Pierre, indique qu’il s’agit d’une occasion unique de documenter les effets d’une épidémie sur les colonies d’eiders à duvet. «On ne veut pas empirer la transmission du virus, mais on veut connaître l’état de la situation sur place. C’est triste, parce que des oiseaux meurent dans un tas d’endroits», explique-t-il.

    Le lundi 30 mai, une centaine d’eiders à duvet morts ont été retrouvés dans la colonie d’environ 3 500 nids de l’ile Blanche, située à l’extrémité est de l’ile aux Lièvres, près de Rivière-du-Loup. Les équipes s’y étaient rendues pour la première fois mardi dernier, ramenant avec eux une dizaine de carcasses pour analyse au Centre québécois sur la santé des animaux sauvages. «Cinq canards eiders et cinq goélands marins ont été déclarés positifs au virus de l’influenza», confirme le chercheur Jean-François Giroux. Ce dernier est également membre du conseil d’administration de la Société Duvetnor.  

    550 CARCASSES

    La veille, soit le 29 mai, l’équipe s’était rendue sur l’ile aux Pommes, près de Trois-Pistoles. La colonie y est légèrement plus petite, comptant de 2 500 à 3 000 nids. Le nombre de carcasses y était toutefois beaucoup plus imposant. «On a retrouvé 550 carcasses de femelles et de mâles eiders et environ 150 goélands. C’était plus important, mais elles n’ont pas encore été analysées pour confirmer que c’était de l’influenza aviaire», précise M. Giroux. Les probabilités sont élevées. Environ 200 carcasses au total reposaient aussi sur l’ile du Gros Pot et l’ile aux Fraises. Cette situation n’est pas sans rappeler les centaines de fous de Bassan qui ont été retrouvés morts au cours des derniers jours sur les plages des iles de la Madeleine.

    «Nos gens étaient déprimés parce qu’on aime bien les oiseaux vivants. Par contre, ils comprennent l’importance de faire les suivis. On va documenter des choses qui sont assez uniques et qui peuvent servir ailleurs dans le monde. Les eiders nichent un peu partout en Islande, au Danemark, etc.», rappelle Jean-François Giroux.

    Ce dernier est présentement en communication avec le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs et avec le Service canadien de la faune afin de faire un suivi de la situation.  

    EIDERS À DUVET

    Les eiders à duvet nichent en colonies de quelques centaines à quelques milliers d’individus. Les femelles sont plus susceptibles de se contaminer sur leurs nids puisqu’elles sont très près les unes des autres, selon M. Giroux. Il se fait toutefois rassurant quant à l’avenir de ces oiseaux aquatiques. On dénombre environ 30 000 couples d’eiders à duvet sur les différentes iles de l’estuaire du Saint-Laurent. «La nidification achève, les éclosions ont commencé la semaine passée. On peut espérer que les femelles survivantes et leurs jeunes vont quitter les iles et le risque de contamination va être beaucoup moindre parce qu’elles seront éparpillées le long de la rive.» Les femelles eiders à duvet peuvent vivre environ 20 ans. Elles bénéficient donc de plusieurs années pour se reproduire. Déjà, le chercheur sait que la survie sera plus faible et que la population diminuera l’an prochain en raison des oiseaux décédés.

    «C’est assez alarmant de voir tous ces oiseaux morts. Il y a une portion des revenus de Duvetnor qui est liée à la récolte de duvet. Si les populations sont moindres, moins de duvet peut être récolté dans les nids», ajoute l’administrateur de la Société Duvetnor. L’organisme sans but lucratif joue un rôle clé depuis une quarantaine d’années pour ces oiseaux puisque le dénombrement des eiders se déroule en même temps que la récolte de duvet annuelle.  

    «Les eiders à duvet forment des crèches le long des rives, les visiteurs sont bien charmés, c’est une belle espèce qu’on aime bien voir dans la région. Ça affecte tout le monde et ça nous préoccupe. On espère que l’épidémie ne reviendra pas l’an prochain, mais on ne peut pas le savoir», déplore Jean-François Giroux.

    SUIVI DE LA POPULATION D’EIDERS

    Depuis 2003, un programme de baguage des eiders à duvet a été mis en place par la Société Duvetnor. L’année avant son instauration en 2002, une épidémie de la bactérie Pasteurella multocida (choléra aviaire) avait foudroyé des milliers d’eiders à duvet. Les dernières épidémies de choléra chez les eiders à duvet avaient eu lieu en 1976, 1985 et 2002. Vingt tans plus tard, il sera possible de suivre l’évolution de l’épidémie en se basant sur la banque de données existantes. «On voulait essayer de comprendre la maladie et il n’y avait pas eu d’épidémie depuis ce temps. Ça fait 19 ans qu’on bague les femelles pour connaître leur taux de survie, savoir si elles se déplacent d’une colonie à l’autre, etc. Il y a des femelles baguées qui meurent présentement», indique le chercheur.

    Quant à elle, la grippe aviaire se propage rapidement, mais le risque est faible pour les humains, insiste Jean-François Giroux. «Les seuls cas, ce sont des gens qui vivent ou qui travaillent très près dans les milieux clos comme les fermes de volaille, les élevages, les abattoirs et les marchés de volaille. Il y a très peu de cas chez les humains et il n’y a pas de transmission d’humain à humain.»

    Le virus peut toutefois causer des mortalités aviaires importantes et il se transmet rapidement puisque certains charognards mangent les oiseaux aquatiques morts sur les iles et se contaminent à leur tour. Il a été convenu que les oiseaux morts sur les iles dont l’accès est restreint resteront sur place. M. Giroux ajoute que certaines carcasses d’oiseaux pourraient s’échouer le long des rives du Saint-Laurent, dans les secteurs de Notre-Dame-du-Portage, Rivière-du-Loup et Cacouna, entre autres. Il faut donc éviter de les manipuler.

    Les oiseaux qui portent des bagues peuvent être signalés à l’adresse reportband.gov ou en laissant un message au numéro sans frais 1-800-327-BAND (2263). Quiconque trouve un oiseau sauvage malade ou mort est encouragé à communiquer avec le Réseau canadien de la santé de la faune via son site web cwhc-rcsf.ca ou à appeler au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs au 1-877-346-6763.

    commentairesCommentaires

    2

    • MD
      Monique deschenes
      temps Il y a 6 mois
      Quelle tragédie !je vous en prie continuer à nous renseigner sur le sujet
    • GMH
      Garneau Marie-H
      temps Il y a 6 mois
      Nous avons trouvé un eider à duvet mal en point. Symptôme de la grippe aviaire. Nous étions à Les Escoumins, La faune nous demande de les déclarer mais ils ne sont pas ouvert en soirée ni les fin de semaine. Dans le cas de contamination actuelle, il serait bien qu'ils offrent le service... Heureusement que SOS braconnage s'est déplacé et a pu mettre fin au souffrance de cet oiseau qui a agonisé pendant plus de 12 heures.

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