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16 juillet 2021 - 13:54 | Mis à jour : 14:12

Places en services de garde : le ministre Mathieu Lacombe «prend le pouls» de la région

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

Le ministre de la Famille Mathieu Lacombe s’est arrêté le 16 juillet à Rivière-du-Loup afin de rencontrer les différents acteurs du milieu des services de garde de la région. Sur les projets totalisant plus de 90 places déposés par les CPE des Jardins Jolis, de Rivière-du-Loup et des Cantons, il a évoqué la possibilité d’octroyer davantage que les 60 places annoncées.

«Je n’ai pas encore sur mon bureau les recommandations finales des comités consultatifs. Il y a des besoins, on avait dit 60 places, je vous ai dit que ce serait plus que ça. Si ce sont de bons projets, ça ne devrait pas vous empêcher de dormir la nuit», a-t-il commenté. Mathieu Lacombe a aussi confirmé que le gouvernement du Québec se penchera sur un projet de loi cet automne afin de dérèglementer le nombre maximal d’installations par CPE, qui est présentement fixé à cinq.

«Il y a clairement des besoins importants ici à Rivière-du-Loup. Il y a autour de 200 enfants qui sont sur la liste d’attente, un peu moins quand on calcule ceux qui n’ont pas de place. C’est toujours important de ne pas juste additionner les listes d’attente de CPE.» Selon une étude menée en 2019 conjointement par la Ville de Rivière-du-Loup, les CPE des Jardins Jolis, des Cantons et de Rivière-du-Loup et le Centre local de développement, 267 enfants de la MRC de Rivière-du-Loup n’avaient pas de place en service de garde, et ce, sans compter plus d’une centaine de bébés à naitre.

DEUX PROJETS EN COURS

Deux projets sont présentement en cours de réalisation, soit un CPE de 21 places à Saint-Arsène (octroyées en 2013) et un autre de 25 places Saint-Modeste. Au début du mois de juin, Mathieu Lacombe a évoqué une situation de crise dans le milieu familial. «Le moment est difficile dans les services de garde, mais je ne suis pas prêt à dire qu’on a une crise parce qu’on avance. En milieu familial, on recule année après année. Il faut stopper cela. Ça pour moi, c’est une crise.»

À Rivière-du-Loup seulement, au cours de la dernière année, une dizaine de responsables de services de garde en milieu familial ont quitté le métier. Le directeur du CPE les Calinours au Témiscouata, Denis Blais, a confirmé qu’au cours des derniers mois, près de la moitié des services de garde en milieu familial ont fermé leurs portes. Diverses initiatives de recrutement ont été mises en place au cours des derniers mois par les municipalités elles-mêmes. La Ville de Rivière-du-Loup a mis en place une aide financière totalisant 15 000 $ pour recruter 15 nouvelles responsables. Au Témiscouata, la région s’est concertée pour mettre en place des incitatifs totalisant plus de 461 000 $ afin d'ouvrir 150 places supplémentaires en milieu familial.

ENCORE DES DÉLAIS À SAINT-ARSÈNE

Le maire de la municipalité de Saint-Arsène, Mario Lebel, a rencontré le ministre de la Famille dans le cadre de sa tournée régionale. Même s’il qualifie l’échange d’«intéressant et productif», il en ressort «un peu déçu» puisqu’aucune enveloppe additionnelle n’a été accordée au projet. La Municipalité a en main une confirmation écrite du ministère de la Famille d’une contribution de 352 000 $. Le deuxième appel d’offres est toujours en cours et se terminera le 8 aout.

«Je comprends qu’il peut y avoir une déception, mais les parents vont avoir accès à des places, on va trouver une solution», a commenté le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe. Le maire de Saint-Arsène a confirmé son désir de réaliser ce projet quand même. «On va continuer de travailler pour aller chercher d'autre financement et atténuer la charge pour les citoyens.» Un CPE temporaire pourrait voir le jour en septembre au Centre communautaire Morneau de Saint-Arsène en attendant la construction de la nouvelle installation.

Le ministre Mathieu Lacombe a accepté une partie du blâme concernant les délais de développement de nouvelles places en services de garde. L’engrenage du ministère de la Famille s’est ensablé avec les années. «C’est clair qu’il y a une part de responsabilité dans ces délais qui revenait au ministère de la Famille. Dans beaucoup de dossiers il y a une part de responsabilité qui revient au CPE. […] Il y a une part de responsabilité je pense qui était aussi dans l’ambiance. Ça faisait tellement longtemps que le gouvernement ne développait plus parce que les libéraux trouvaient que ça coutait trop cher», a-t-il ajouté. «Dans les années précédentes, avec les enjeux de corruption, il y a eu tellement verrous mis dans la loi, ça s’est alourdi et c’est très difficile de développer rapidement parce qu’il y a beaucoup de points de contrôle». Les permis d’exploitation de garderie privées étaient parfois attribués à des donateurs du Parti libéral en 2008, selon le rapport du vérificateur général remis en 2011.

MOBILISATION

Une trentaine de membres (parents et enfants inclus) du mouvement Ma place au travail étaient postés devant l’Hôtel Universel de Rivière-du-Loup afin d’accueillir le ministre de la Famille dans la région. La porte-parole Myriam Lapointe-Gagnon, résidente de Cacouna, espérait s’entretenir avec Mathieu Lacombe, ce qui ne s’est pas concrétisé.

«Il y a des bris de services, les femmes continuent de quitter, les négociations sont décevantes, l’offre a été une gifle au visage pour vraiment beaucoup de femmes et de gens du réseau. Il n’y a rien pour rassurer les parents. Je sens beaucoup de détresse sur le terrain. Les gens sont stressés pour septembre». Québec a proposé le 13 juillet une hausse salariale maximale de 12 % sur trois ans aux éducatrices qualifiées en services de garde. Les syndicats demandaient quant à eux jusqu’à 27 % d’augmentation. Mathieu Lacombe a refusé de commenter les négociations en cours.

Mme Lapointe-Gagnon croit que le premier ministre du Québec François Legault devrait se positionner par rapport à l’enjeu du manque de places en services de garde puisque cette situation empêche plusieurs travailleuses de retourner sur le marché du travail, en situation de pénurie de main-d’oeuvre dans plusieurs secteurs. Québec a annoncé le 3 juin un investissement total de 200 M$ au cours des cinq prochaines années pour relancer les services de garde en milieu familial. Une somme jugée insuffisante selon Myriam Lapointe-Gagnon pour «revirer tout un système de bord». 

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