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21 février 2022 - 06:59 | Mis à jour : 11:55

Le rêve de Jessymaude Drapeau

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

Twitter Marc-Antoine Paquin

Lorsqu’elle a rencontré les représentantes du programme féminin des Stingers de Concordia la première fois, Jessymaude Drapeau n’est pas passée par quatre chemins. «J’ai mentionné que mon objectif était un jour de faire partie de l’équipe canadienne et j’ai été très claire. J’ai demandé si elles pouvaient m’aider, si elles étaient intéressées à m’amener à ce niveau-là. Leur réponse n’a laissé aucun doute, c’était oui à 1000 %.»

Deux ans plus tard – une saison annulée et une autre écourtée par la pandémie  –, alors que les difficultés auraient pu la décourager plus d’une fois, la Louperivoise n’a jamais regardé derrière et son but n’a pas changé d’une miette. À l’écoute des Jeux olympiques de Pékin, devant le spectacle «incroyable» offert par l’équipe canadienne féminine de hockey sur glace, elle n’a même jamais été aussi certaine d’une chose: elle veut aussi avoir l’honneur, un jour, de porter l’unifolié.

«C’est un rêve que j’ai depuis longtemps», a confié l’athlète lors d’une généreuse entrevue avec Info Dimanche, la semaine dernière. «Mais les deux dernières années ont vraiment confirmé ce que je voulais le plus dans la vie […] En ce moment, c’est ça et je vais tout faire pour y arriver.»

«Passionnée» est un qualificatif qui s’impose quand Jessymaude Drapeau parle de hockey. Mais voilà que «déterminée» et «disciplinée» ne laissent pas non plus leur place, lorsqu’elle partage, humblement, le rêve qu’elle caresse. Un objectif ambitieux, elle le sait très bien, pour lequel elle ne compte toutefois ménager aucun effort.

Depuis huit mois maintenant, la talentueuse attaquante tâche de contrôler tout ce qui est en son pouvoir afin de devenir une meilleure version d’elle-même. Celle qui a toujours travaillé fort vers l’atteinte de ses buts a décidé de passer à la vitesse supérieure, à ne pratiquement rien laisser au hasard. L’entrainement? Ça n’a jamais été un problème. La nutrition? D’accord, allons-y. La préparation mentale? Absolument.

«Pendant la pandémie, je me suis questionné sur ce que je pouvais contrôler et ça m’a poussé à apporter beaucoup d’importance à ces choses-là. Je suis convaincue que si je veux me rendre au prochain niveau, il faut faire les sacrifices nécessaires, a-t-elle expliqué. Tout ce que je fais, tous les jours, c’est pour être une meilleure athlète.»

UNE ALLIÉE DE TAILLE

Dans sa quête vers l’excellence canadienne, Jessymaude Drapeau peut compter sur une alliée de taille. Caroline Ouellette, quadruple médaillée d’or aux Jeux olympiques, est aujourd’hui entraineuse associée avec les Stingers de Concordia et compte l’un des curriculums vitae les mieux garnis de l’histoire du hockey féminin canadien.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les deux femmes travaillent aujourd’hui ensemble à Concordia. «J'ai tout le temps cru que les meilleures personnes pour t'aider à t'améliorer comme personne et comme athlète, ce sont tes coachs. Au Cégep, j'ai fait mon choix en fonction de l’entraineur parce qu'il avait de l'expérience et une bonne réputation. À l'université, ç'a été la même chose avec Julie Chu et Caroline Ouellette. Je voulais apprendre à leurs côtés.»

«En plus, j’ai toujours eu une grande admiration pour Caroline. Les gens parlent beaucoup de Marie-Philip Poulin, et elle est une athlète extraordinaire, c’est une grande inspiration pour moi aussi, mais j’ai grandi au moment où Caroline remportait toutes ses médailles d’or.»

Détail intéressant : Ouellette était capitaine de l’équipe canadienne lorsque celle-ci a remporté sa dernière médaille d’or à Sotchi. C’était à l’hiver 2014. Cette année-là, Jessymaude Drapeau a joint l’équipe féminine des Cyclones du Bas-Saint-Laurent dans la catégorie bantam AA. Une première expérience qui a cimenté sa passion pour le sport et qui l’a plus tard amenée à poursuivre le hockey dans un programme sport-études spécialisé au secondaire, puis au Cégep André-Laurendeau et enfin à l’Université Concordia.

Aujourd’hui, Jessymaude Drapeau estime avoir une chance inouïe de s’entrainer avec une athlète aussi accomplie qui entrera un jour au Temple de la renommée du hockey. Son admiration pour Caroline Ouellette s’est même accentuée l’an dernier. Privée de sa première saison avec les Stingers, l’athlète de 21 ans a passé des mois à s’entrainer en bulle l’entraineuse, qui assurait alors l’intérim à la tête du programme des Stingers. Elles ont réalisé avoir beaucoup de choses en commun.

«Honnêtement, j’ai parfois l’impression que nous sommes deux personnes identiques. On pourrait parler de hockey pendant des heures», a raconté Jessymaude en riant.  

Quand elle parle de l’ancienne joueuse étoile, sa voix s’illumine et l’enthousiasme prend le dessus. «J'ai rarement rencontré quelqu'un qui est aussi passionné que moi pour le hockey, a-t-elle souligné. Du hockey, on en mange toutes les deux et je mentirais si je ne disais pas que ça me motive énormément.»

Elle ne cache pas non plus vouloir profiter de l’expérience de l’ex-olympienne au maximum, convaincue qu’elle ne pourrait être mieux accompagnée dans sa route. «C'était une athlète exceptionnelle, mais c'est maintenant une coach incroyable. Je suis reconnaissante de compter sur elle. Je ne suis pas gênée de lui poser des questions, et je lui demande même chaque semaine de faire des séances vidéos. Elle me pousse vraiment à rester concentrée et disciplinée.»

«TOUT EST POSSIBLE»

Plus jeune, Jessymaude Drapeau a tenté à trois reprises de se tailler une place sur l’équipe du Québec M18, une étape qui facilite souvent le passage vers le programme national canadien. Or, même si elle n’a pas réussi ce fait d’armes – elle a fait partie de l’équipe M16 – l’athlète de Rivière-du-Loup est loin de se décourager. Ce détail ne l’a d’ailleurs jamais arrêtée et c’est encore plus vrai aujourd’hui.

«Depuis que je suis [avec les Stingers], on ne m’a jamais laissé croire que je n’avais pas une chance [d’atteindre mon but]. Au contraire, si je travaille fort et que je continue à m'améliorer, je suis convaincue que c’est possible et que ça peut arriver.»

Elle est aussi encore très jeune, se dit-elle. Après tout, très rares sont les athlètes de 21 ans, comme Sarah Fillier, qui réussissent à faire leur place au niveau supérieur au début de la vingtaine. «Il faut être exceptionnelle pour participer aux Jeux olympiques à cet âge-là. C’est une motivation de la regarder. Dans quatre ans, je me dis que tout est possible pour moi aussi», a mentionné Jessymaude.

«Est-ce que les athlètes plus expérimentées vont toutes être de retour pour un autre cycle olympique? Je ne sais pas. Je me dis qu'il pourrait y avoir des opportunités, alors je reste optimiste. C'est ça mon rêve, c'est ça mon but et je travaille pour ça», a-t-elle complété.

Jessymaude Drapeau a le feu sacré. Un grand brasier intense, contagieux et dont l’éclat est visible à des kilomètres. Un niveau de passion souvent à l’origine des plus grandes réussites.

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