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11 mai 2020 - 06:54

Privilégier un autre sport que le hockey l’été

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

Twitter Marc-Antoine Paquin

Hockey, hockey, encore le hockey. Certains athlètes de la province n’ont de yeux que pour notre sport national, hiver comme été. Pourtant, la spécialisation sportive prématurée (SSP) est directement liée à plusieurs effets néfastes pour les enfants. On réalise aussi de plus en plus que ce ne sont pas toujours les hockeyeurs évoluant dans les meilleurs calibres qui enfilent les patins à longueur d’année.  

Vincent Huard-Pelletier, un chercheur à l’Université du Québec à Trois-Rivières, originaire de Rivière-Bleue au Témiscouata, a justement publié une étude, il y a quelques semaines, qui vient briser le mythe selon lequel les joueurs de hockey de calibre élite sont «intenses» dans leur pratique du hockey.

Les joueurs des classes les plus compétitives sont-ils ceux qui participent le plus à des stages estivaux, à des écoles de hockey ou à des camps de perfectionnement durant l’été? Pas tout à fait.  

Selon l’étude que Vincent et son collègue Jean Lemoyne ont publié dans l’édition de mars de la revue spécialisée The Journal of Expertise, les jeunes qui présentent le plus haut taux de spécialisation proviennent des catégories récréatives (BB, A, B, C), tandis que les jeunes évoluant dans l’élite (AA, AAA, relève) figurent beaucoup plus avantageusement à ce propos.

Concrètement, dans le cadre de la recherche, 63 % des joueurs évoluant au hockey récréatif ont avoué un niveau «élevé» de spécialisation sportive, alors que 64 % des hockeyeurs élites ont plutôt rapporté avoir une pratique sportive diversifiée. Ils jouent aussi au soccer, au baseball, au dekhockey et au football, par exemple, tous des sports d’équipe.

L’enquête des chercheurs de l’UQTR a été réalisée auprès de plus de 400 joueurs âgés de 12 et 17 ans et provenant des quatre coins du Québec à l’hiver 2018. Elle tenait pour acquis que la spécialisation sportive représentait la pratique d’un sport (dans ce cas-ci le hockey) pendant plus de 8 mois par année. 

«Je m’attendais à des résultats pratiquement opposés, confie Vincent. Mon hypothèse de départ, c’était que les joueurs AAA, AA et relève allaient être plus spécialisés, allaient pratiquer plus de hockey et qu’ils avaient probablement une moins bonne relation avec les autres types d’activité physique. Finalement, j’avais tort et ce sont les joies de la recherche.» 

EXPLICATIONS

Le chercheur, qui a réalisé ces travaux dans le cadre de sa maitrise en sciences de l’activité physique, relève quelques hypothèses pour expliquer les résultats obtenus. La première? Il est possible que les entraîneurs qui travaillent dans l’élite soient mieux formés académiquement ou qu’ils suivent de meilleures formations continues. Hockey Québec offre une formation de base pour tous les entraîneurs, mais exige toutefois aux entraîneurs élites d’autres modules de formations. Ils seraient ainsi peut-être plus au fait des conséquences négatives de la SSP.

Un autre élément de réponse pourrait également venir des joueurs eux-mêmes. «En effet, les jeunes ayant naturellement plus de talents et une meilleure condition physique auront plus de chance d’être sélectionnés dans une équipe élite. Cette sélection renforce donc leur sentiment de compétence, ce qui les place dans de meilleures prédispositions pour essayer d’autres sports par la suite», note Vincent Huard-Pelletier.

AUTRES RÉSULTATS 

Les effets négatifs de la spécialisation sportive précoce chez les enfants sont de plus en plus documentés. Se «spécialiser» dans la pratique d’un seul sport serait directement lié à des risques de blessures accrus, à l’abandon de la pratique sportive à l’adolescence et même à l’adoption d’un mode de vie plus sédentaire une fois adulte. 

L’étude des chercheurs de l’UQTR indique d’ailleurs que 93% des jeunes peu ou pas spécialisés pratiquent de l’activité physique quotidiennement, contre seulement 68% chez les spécialisés. Plus encore, les jeunes non spécialisés se disent significativement plus attirés vers d’autres types d’activités physiques et se sentent mieux supportés par leurs parents et entraîneurs.

«Souvent, on se dit qu’en mettant plus d’efforts, un jeune va progresser. Et ce n’est pas faux. Mais ce qu’on recherche aussi dans le sport de développement, c’est de faire de bons sportifs à l’âge adulte et de leur donner de bonnes habitudes à court terme pour qu’ils en bénéficient à long terme», explique Vincent Huard-Pelletier.

«Dans certains cas, oui, le jeune va progresser et peut-être même percer l’alignement d’une équipe de calibre plus élevée, mais il va peut-être aussi abandonner le hockey dans trois ans parce qu’il est tanné de se mettre de la pression avec ça. Surtout, étant donné qu’il n’a pas pratiqué d’autres activités dans sa jeunesse, il est possible qu’une fois arrivé à 20 ans, il ne soit plus actif physiquement.» 

Soyons clair : un hockeyeur qui pratique le soccer ou le baseball l’été ne sera pas moins bon au hockey l’hiver. Sera-t-il meilleur? Peut-être, peut-être pas. Cela dépend de différents facteurs. Chose certaine, la pratique d’un autre sport serait l’avenue à prioriser avant le retour au hockey ou à la sédentarité, évidemment. «Peu importe le sport, tant qu’il se change les idées et qu’il reste actif, c’est parfait», lance le chercheur. 

Vincent Huard-Pelletier croit qu’il y a encore du chemin à faire au Québec afin d’informer les jeunes athlètes, leurs parents et leurs entraineurs sur les effets néfastes de la spécialisation sportive prématurée, et ce, dans tous les niveaux de compétition. «Les études vont dans ce sens-là. Il faut réussir à convaincre tout le monde», dit-il, soulignant que plusieurs belles initiatives ont déjà été prises par Hockey Québec. 

Ironiquement, en raison des circonstances exceptionnelles actuelles, l’été 2020 pourrait être le premier, depuis bon nombre d’années, durant lequel la spécialisation au hockey est peu ou pas existante. 

D’ailleurs, Vincent Huard-Pelletier prépare actuellement un projet avec Hockey Québec s’intéressant à plusieurs facettes du confinement pour les athlètes. «Quelle est l’attitude des jeunes par rapport à leur développement? Qu’est-ce qu’ils prévoient faire pour leur condition physique, au biveau tactique, technique? On va distribuer un questionnaire et faire une enquête», souligne-t-il. 

La recherche continue. 
 

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