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28 août 2014 - 06:10

Au coeur de la tourbière

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Saint-Modeste - Depuis mardi après-midi, soit plus de 36 heures, les pompiers, les sapeurs forestiers et les travailleurs de la tourbe ne ménagent aucun effort pour contenir l’incendie ravageant un périmètre de près de 3 km de longueur par 1,5 km de largeur qui s'est déclaré à l’ouest de Saint-Modeste, chez Tourbière H. Théberge. Mercredi, Info Dimanche est allé les rejoindre au coeur même du brasier, cette fois chez Tourbières Berger.


La scène est impressionnante, presque post-apocalyptique. Un film de guerre sur fond de terre brûlée. L'atmosphère est lourde, le bruit des véhicules, des avions et des ordres criés à voix haute, incessant.

Les camions de pompiers se relaient. Des travailleurs de la tourbe de l’entreprise Berger sont disséminés sur la tourbière. Ils arrosent, creusent et arrosent encore. Pompiers et sapeurs forestiers coordonnent leurs actions. Un avion-citerne se présente à l’est, rapidement suivi d’un deuxième, il décharge à quelques mètres des combattants des milliers de litres d’eau du lac St-François. On ne s’en formalise plus.

La tourbière brûle. La chaleur est intense. Partout autour et jusqu'aux coeur des villages voisins, cette odeur de brûlé. Sur les visages noircis par la poussière de tourbe et la suie, aucune résignation. On ne se raconte pas d’histoires, mais on contient le feu. Mieux, on gagne parfois du terrain. Au poste de commandement, les radios des officiers hurlent des comptes rendus aussi sommaires que directs.

« On sait que ça sera une longue opération. Je vais me prendre une chambre dans un conteneur, ici », lance à la blague le directeur du Service de sécurité incendie de Rivière-du-Loup, Éric Bérubé. Il n'a pas tout à fait tort. La SOPFEU ne s'en cache pas, il n'est pas question d'heures, mais de jours, voir de semaines d'intervention.

L’opération d’extinction est un véritable travail de fourmis. Les puits de chaleur sont nombreux. Ils crachent une fumée blanche, opaque, qu’il ne fait pas bon respirer. Ils arrosent. Le matériel d’épandage rejette de l’eau, des centaines de litres d’eau. Les travailleurs retournent la terre. On sauve ici une tourbière, une entreprise, une récolte, un job.

Les sentiers qui divisent la tourbière ne sont pas adaptés aux camions incendie. « On doit les reconstruire, mais il est hors de question de laisser le feu en faire à sa tête. Je ne vais pas attendre qu'il s'endorme, je vais lui passer le K.O. », lance avec conviction le directeur du SSIRDL.

ÉQUIPE EXTRAORDINAIRE

De son côté, Valérie Berger, entourée de travailleurs, prend quelques secondes. « Mon équipe est extraordinaire, j’en suis très fière. On travaille sans relâche », commente-t-elle avant de retourner auprès d’eux.

Un apport indéfectible d’employés qui, dans un premier temps, ont prêté main forte à ceux de Tourbière H. Théberge où l'incendie s'est déclaré la veille. Ils sont rentrés au bercail alors que Berger voyait le feu se propager à ses terres.

Mme Berger ne s'en cache pas, la nuit a été longue, très longue. Mais le pire, semble-t-il, est passé.

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Plus tôt dans la journée, l'entreprise s’est montrée rassurante. « Berger dispose de plusieurs sources d’approvisionnement en eau et son personnel est spécialement formé pour faire face à de telles situations. Une surveillance intensive sera effectuée pendant les heures et les jours à venir pour éviter la reprise du feu qui, à l’heure actuelle, est sous contrôle », a-t-on communiqué.

La visite de la Tourbière l’illustre. C’est une zone de guerre, une bataille fait rage et on entend remporter la victoire. Rien n’est laissé au hasard. Heureusement pour Berger, l’incendie a consumé une faible partie de l’inventaire disposé dans les champs. L’entreprise est toujours en mesure de répondre aux besoins de ses clients grâce à la matière disponible sur ses autres sites de récolte.

Un avion citerne déchire un panache de fumée, plus personne ne lève les yeux. Les équipes se relaient, capituler n'est pas une option.

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8 réactionsCommentaire(s)
  • Qui va payer pour les coûts de cette intervention ??

    Payeurs de taxes vs municipalités impliquées ?,les cies d'assurances ?

    Le prix de la tourbe risque d'augmenter (?) = le consommateur va
    "éponger" tous ces frais...

    };-|

    Lucifer - 2014-08-28 20:48
  • Bravo à tous les travailleurs de Berger pour leur esprit d'équipe

    Robert - 2014-08-28 20:36
  • François, mention!!

    Isa - 2014-08-28 17:57
  • Excellent reportage et magnifiques photos malgré le triste événement.

    cristi - 2014-08-28 17:56
  • Encore une fois, M. Drouin, votre travail mérite d'être souligné.
    Photos, articles... vous êtes professionnel et compétent.
    Bravo!
    Et, bien sûr, bon courage à tous ceux qui travaillent sans relâche pour venir à bout de cet incendie.

    Émi - 2014-08-28 13:06
  • Bon compte rendu mon Frank

    The Engine - 2014-08-28 11:21
  • Je suis natif et un ancien résident de St-Modeste. J'ai travaillé sur des fermes, puis pour Berger, toujours sur le rang 1. Je connais ces gens. Si la catastrophe est évitée c'est en bonne partie grâce à ces travailleurs, à la proactivité de la famille Berger. Mes remerciements sincères à la SOPFEU et aux pompiers. Leur travail n'est pas facile car une tourbière lorsque tu y est étranger... Merci Info Dimanche pour ce reportage, texte et photos dignes de mention. J-F C.

    Ancien résident - 2014-08-28 09:19
  • Excellent article qui rend magnifiquement bien l'athmosphere qui règne là-bas. Mon conjoint est un de ces travailleurs, on ne compte plus les heures. L'inquiétude est moins forte mais nous devons rester vigilant. Merci monsieur Drouin et Info Dimanche.

    Lectrice assidue - 2014-08-28 08:25