Publicité

4 décembre 2020 - 09:01 | Mis à jour : 09:09

André Gagnon emporté par la maladie

Collaboration : Maxime Paradis, Le Placoteux

Le pianiste de renommée internationale originaire de Saint-Pacôme André Gagnon est décédé le 3 décembre à l’âge de 84 ans. Il souffrait depuis quelques années de la maladie dégénérative à corps de Lewy, un trouble neurocognitif aux symptômes s’apparentant à ceux de la maladie d’Alzheimer et de la maladie de Parkinson.

André Gagnon était très effacé depuis quelques années en raison de cette maladie qui lui avait été diagnostiquée. Son neveu Gaston Gagnon de La Pocatière mentionne que les premiers symptômes seraient apparus il y a quatre ou cinq ans et que le trouble s’était grandement amplifié depuis deux ou trois ans.

Né le 2 août 1936 à Saint-Pacôme, André Gagnon était le plus jeune d’une famille de 19 enfants. Le pianiste a grandi dans un environnement où la musique a toujours été omniprésente, tous les membres de sa famille ayant un talent digne de mention dans ce domaine.

« Ça donne une ambiance particulière aux rencontres familiales, c’est sûr. Mais sur le plan professionnel, de tous ses frères et sœurs, c’est lui qui s’est démarqué », avoue son neveu Gaston Gagnon.

À la suite de son cours classique suivi au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, André Gagnon a poursuivi ses études au Conservatoire de musique de Montréal. Sa carrière professionnelle a réellement débuté à la fin des années 50 comme accompagnateur du chansonnier Hervé Brousseau, avant qu’il ne fonde avec lui Les Bozos, un groupe réunissant également Clémence Desrochers, Jean-Pierre Ferland, Claude Léveillée, Jacques Blanchet et Raymond Lévesque.

Son amitié avec Claude Léveillée, qui s’est fortement développée dans la décennie suivante, a été à l’origine de plusieurs projets communs pour le tandem. Cette même époque a aussi été celle où il a accompagné de grandes interprètes de la chanson québécoise, comme Renée Claude, Diane Dufresne et Monique Leyrac.

Après une décennie de collaborations très actives, André Gagnon a misé davantage sur sa carrière solo au début des années 70. Sa discographie fait d’ailleurs état d’une sortie d’album presque tous les ans dès 1971.

Avant, il a néanmoins collaboré à l’écriture de la musique de la chanson «Les chemins d’été» de Steve Fiset avec Luc Plamondon, mieux connu sous le nom de «Dans ma camaro». Cette pièce constitue encore à ce jour le premier grand succès populaire du célèbre parolier québécois.

GRANDE CARRIÈRE

La notoriété d’André Gagnon dépasse largement les frontières du Québec et du Canada dans les décennies suivantes. En Europe comme en Asie, le pianiste de Saint-Pacôme s’est illustré sur les plus grandes scènes du monde.

En 1976, l’artiste s’est même invité sur les planchers de danse avec l’inédite «Wow». Cet hymne disco instrumental ajouté à la dernière minute pour compléter l’album «Neiges», paru l’année précédente, n’a rien de moins que «volé la vedette» du disque, de l’avis de son neveu. Le succès international de cette pièce s’est même confirmé en se classant parmi les premiers rangs du célèbre palmarès Billboard aux États-Unis et en s’écoulant à pas moins de 700 000 exemplaires à travers le monde.

Dans les années 80, André Gagnon enchaîne ensuite les tournées et se produit à plusieurs reprises à la Place des Arts, où chaque spectacle est souvent l’objet de plusieurs représentations consécutives à guichet fermé. L’un d’entre eux, le Concerto no 22 de Mozart, permet au pianiste de jouer en compagnie de l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction de Charles Dutoit durant trois soirs.

En 1990, André Gagnon collabore cette fois à la création de l’opéra Nelligan dont il signe la musique, Michel Tremblay le livret et André Brassard la mise en scène. Louise Forestier, Jim Corcoran et Renée Claude, pour ne nommer que ceux-là, sont de la distribution originale. Produit par l’Opéra de Montréal, l’œuvre remporte le Félix du spectacle de l’année au Gala de l’ADISQ la même année.

En 60 ans de carrière, André Gagnon a fait paraître pas moins d’une cinquantaine d’albums en solo ou sous formule collaborative au Québec, au Canada et à l’étranger. Il a remporté l’équivalent de 16 Juno Awards, récompensant le meilleur de la musique canadienne, et 20 prix Félix, soulignant le meilleur de l’industrie musicale québécoise. Plusieurs de ses disques, dont «Neiges», «Le Saint-Laurent» et «Noël» ont été certifiés platine — 100 000 exemplaires vendus — au Québec.

Il a également signé la musique de plusieurs séries télévisées québécoises, dont «Des dames de cœur», «Un signe de feu» et «Les Machos» de Lise Payette, sans oublier celle du film «Kamouraska» de Claude Jutra en 1983. En 2001, il a entre autres participé aux festivités du 150e anniversaire de son village en présentant un spectacle et une chanson qu’il avait écrite pour l’occasion.

«Il a fait énormément de choses et il a côtoyé énormément de gens au fil de sa carrière, autant ici qu’outre-mer. Malgré ça, il a toujours gardé un attachement à la région où la majorité de sa famille habitait toujours», avoue Gaston Gagnon.

SALLE DE SPECTACLES

Cet amour pour sa région lui avait d’ailleurs été bien rendu en 1982 lorsque la salle de spectacle du Cégep de La Pocatière a été nommée Salle André-Gagnon. Cet honneur, Gaston Gagnon mentionne que son oncle l’avait beaucoup soupesé avant de l’accepter.

À l’aube d’un important projet de rénovations, la Salle André-Gagnon aurait pu être «débaptisée» au profit de celui d’un commanditaire majeur. Les Caisses Desjardins du Kamouraska ont cependant décidé récemment d’allonger la somme de 200 000 $ afin que soit préservé le nom Salle André-Gagnon. «Une belle reconnaissance du milieu», de poursuivre son neveu.

Le président de la Corporation régionale de la Salle André-Gagnon Jean Desjardins s’en réjouit également. «Le nom devient encore plus pertinent aujourd’hui pour continuer à garder bien vivant le souvenir d’André Gagnon. Nous sommes très heureux de l’avoir conservé.»

AUTRES RÉACTIONS

Le premier ministre François Legault a appris le décès du pianiste André Gagnon en plein point de presse sur la pandémie de la COVID-19 jeudi après-midi. Il a dit : «C’était un grand pianiste. Il avait beaucoup de talent et il a rendu son art accessible. C’est une perte importante, je suis triste d’apprendre cela.»

Le maire de Saint-Pacôme Robert Bérubé a quant à lui souligné les implications d’André Gagnon dans son village natal, lui qui a injecté une somme d’argent importante pour sauver de la démolition le vieux moulin patrimonial dans les années 2000. Il rappelle qu’il était aussi d’une aide précieuse pour dénicher des personnalités connues qui ont agi successivement comme président d’honneur lors du gala de la Société du roman policier, après avoir lui-même assumé ce rôle.

«C’est un grand personnage qui a contribué à faire connaître Saint-Pacôme dans toutes ses prestations. J’offre toutes mes sympathies à la famille.»

Publicité


Publicité

Commentez cet article