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16 mai 2019 - 06:52

Économie : le Bas-Saint-Laurent devant de grands défis

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

Twitter Marc-Antoine Paquin

La région du Bas-Saint-Laurent, et par le fait même celle du KRTB, devra relever des défis de taille au cours des prochaines années. Voilà le constat que révèlent les prévisions économiques de Desjardins, publiées ce mercredi 15 mai.​

Vieillissement de la population, pression accrue sur les besoins de main-d’œuvre, baisse des investissements… nul doute, la montagne devant laquelle la région se retrouve sur le plan économique est haute et escarpée. 

L’étude régionale fait notamment état d’une croissance modeste du produit intérieur brut nominal (PIB) d’ici 2021. Les projections indiquent que le PIB, soit la valeur globale de la production économique du Bas-Saint-Laurent, progressera timidement de 1,7 % entre 2018 et 2019 et de seulement 0,9 % l’année suivante, ce qui est bien en deçà de la croissance provinciale. En 2018, le PIB régional s’est situé à 7,6 milliards de dollars et on estime qu’il atteindra 7,8 milliards en 2020. 

«Quand la population ralentit ou progresse très peu – au Bas-Saint-Laurent, c’est quasiment stable, alors que plusieurs MRC notent des baisses de leur population – c’est certain que c’est difficile d’avoir une économie qui va bien performer ou qui va progresser davantage qu’au Québec. Normalement, on va plutôt faire face à des fermetures de commerces et des demandes moins élevées au niveau de l’habitation et des services de proximité. Nous ne sommes pas dans une boucle de croissance, alors c’est un défi très important», note Chantal Routhier, économiste senior chez Desjardins. 

Selon l’analyse de la professionnelle, le contexte économique du Bas-Saint-Laurent est lié à sa démographie qui n’est pas aussi vigoureuse que ce qu’on observe pour la moyenne du Québec. Dans la région, la population active (15 à 64 ans) affiche une lourde tendance à la baisse depuis 2006 et les projections de l’Institut de la statistique du Québec indiquent que la situation ne s’améliorera pas d’ici 2021. Naturellement, le vieillissement démographique accentue les besoins criants de main-d’œuvre. 

«On s’attend même à ce que tous les emplois qui devront être comblés soient liés aux départs à la retraite d’ici 2021», précise Mme Routhier. «Pour les entreprises qui ont besoin de renouveler les départs à la retraite ou qui ont besoin de prendre de l’expansion,  ça devient excessivement compliqué étant donné que le bassin de main-d’œuvre est très très faible dans la région.»

Notons aussi qu’à la suite de l’importante création d’emplois observée en 2018, une baisse devrait être enregistrée cette année. De son côté, le taux de chômage devrait atteindre 5,1 % en 2020, un creux en plus de 20 ans.

INVESTISSEMENTS 

Les difficultés de la région se manifestent également du côté des investissements que l’on y fait. Après deux années de progression à ce niveau, on remarque une baisse estimée de 25,8 % en 2018.

«On constate depuis 2006 que les hausses des investissements ont été beaucoup liées aux chantiers éoliens qui étaient en cours. Comme le grand chantier Nicolas-Riou est terminé, on a noté un repli des investissements l’année dernière […] En 2019, il n’y a pas de grands projets d’investissements qui pourraient permettre à la région de rebondir de façon marquée», ajoute la spécialiste, précisant que le plus important est sans doute le prolongement de l’autoroute 85.

«Les chantiers éoliens ont été un électrochoc pour la région pendant plusieurs années, mais maintenant que c’est du passé, c’est plus difficile […] Quand on conjugue tout cela, un vieillissement démographique prononcé, des problèmes de main-d’œuvre très accentués avec des investissements qui peinent à remonter, c’est ce qui donne une croissance légère et modeste du PIB.»

Selon MmeRouthier, les défis et les préoccupations qui accompagnent les secteurs essentiels à la région, comme l’agriculture et la foresterie, compliquent également les choses. «Quand on est dans un tel contexte d’incertitude, ça retient les investissements», dit-elle.

PAS QUE DU NÉGATIF 

Malgré tout, même si le portrait des prochaines années ne semble vraiment pas encourageant pour le Bas-Saint-Laurent, Chantal Routhier refuse de sombrer dans le pessimisme. Elle soutient qu’un nouveau projet ou même une nouvelle politique pourrait faire une différence importante. 

«Même si on ne peut pas se voiler les yeux sur la situation actuelle, je me préserverais d’être trop négative. Les régions sont résilientes. Les communautés d’affaires et les acteurs sociaux économiques sont bien au courant, présents, et concernés. Ils ne sont pas là à observer le phénomène, mais ils tentent de trouver des façons d’amoindrir les impacts et de ramener une certaine dynamique à l’économie.»

Par exemple, au cours des derniers mois, le désir de cultiver la noisette au Bas-Saint-Laurent a fait les manchettes. «Il y a toujours des initiatives comme ça qui continuent. C’est sûr qu’on ne parle pas d’une industrie aérospatiale, mais ce sont des initiatives comme celles-ci, qui sortent des industries traditionnelles, qui vont aussi permettre d’amener davantage de gains sur le plan économique.»

 

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