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«Je ne suis pas malade, je combats»

Les vrais héros ne portent pas de cape

durée 27 janvier 2024 | 06h55
  • François Drouin
    Par François Drouin

    Directeur de l'information, journaliste

    Cette histoire est celle de Mélanie Bélanger. C'est le récit d'un combat contre le «crabe», impitoyable cancer du sein, un adversaire redoutable qui emporte dans son sillon des centaines de milliers de femmes dans le monde chaque année. La Louperivoise n'a rien d'une héroïne de bande-dessinée. Sa force, qui ne repose sur aucun pouvoir surnaturel, n'a d'égal que son courage et sa détermination.

    C’est en aout 2022, que la mère de trois enfants de 46 ans reçoit un premier diagnostic à la suite d’une mammographie préventive. Sa mère est décédée six ans plus tôt d’un cancer du sein. Une petite tumeur «qui se compte en millimètres» est décelée lors d'une mammographie. Pas de chimio, pas de radio, la tumeur est rapidement retirée. La vie reprend son cours.

    Sept mois plus tard, en mars 2023, Mélanie se découvre une masse située sur le côté gauche de son sein gauche. Cette fois, le «crabe» a resserré son emprise. Son médecin, le Dr Normand Gervais, ne cache pas son inquiétude. Les examens révèlent aussi la présence d’une masse sur son foie. Heureusement, il s’agit d’un nodule sans gravité.

    À Rimouski, sur le formulaire de TEP-scan, une modalité d'imagerie incontournable en cancérologie, Mélanie aperçoit l’inscription «cancer du sein avec métastase hépatique» laissée par un hémato-oncologue. Un cancer avancé, étendu et qui se soigne plus difficilement. La terre s'ouvre sous ses pieds.

    Mortifiée, son premier souci est de ne rien laisser paraitre à son conjoint, Alain Boulianne. «J'ai cru qu'il me restait 18 mois à vivre. Je prenais ça “rough”. C’était le début du weekend, ç’a été le pire bout de ma vie. J'allais mourir et je ne verrais pas mes enfants grandir.»

    Sa voix, tantôt assurée, tremble. Son regard s'embrume. Elle prend la mesure du spectre qui se profile. Mélanie se ressaisit. «Je suis allée voir le Dr Gervais et il a été très direct, ce n’était pas hépatique. C’est un nodule, le cancer est seulement situé dans mon sein et dans mon aisselle. Il m’a pris dans ses bras et ça, ça m’a tellement fait du bien.» La chaleur humaine est un baume dont on sous-estime trop souvent la puissance.

    C’est seulement à sa première dose de chimiothérapie qu’elle craque. «Marie-Claude, l’infirmière, a dit à Alain qu’il pouvait nous laisser. Elle s’est assise à côté de moi et m’a dit “là tu vas vraiment me dire comment ça va ?” C’est la seule fois où j'ai flanché. J'ai pleuré ma vie. La masse était importante, mais j'allais me battre.»

    Pour se battre, elle s’est battue. Chimiothérapie, «la rouge, la grosse chimio», souligne-t-elle, le paclitaxel (Taxol), la radiothérapie, elle n’a rien refusé, aucun traitement. Le but : réduire la taille de la tumeur pour favoriser la chirurgie qui suivra.

    Elle ne plie pas l’échine non plus. Mélanie Bélanger est ce que l’on pourrait décrire comme une bombe d’énergie. Et ce n’est pas la maladie, les traitements et les effets secondaires, qu’elle ressent peu, qui vont la forcer à mettre un genou au sol. Copropriétaire de Remorquage 2000 avec Alain, elle ne manque pas une journée de travail, y compris les jours de traitement. Elle demande à sa fille de lui raser les cheveux. Quant au foulard, elle l’abandonnera rapidement. «Je ne suis pas malade, je combats! Je n’ai pas besoin de me cacher», lance-t-elle fièrement.

    Les pronostics sont bons, la masse a perdu du volume et on lui confirme que si tout se passe bien, son sein pourra être sauvé. En plus de la masse qui fait maintenant 3 centimètres par 3 centimètres, 20 ganglions lui sont retirés, dont 7 s'avéreront cancéreux.

    «J'ai dû attendre la “patho” pour savoir s’il restait du cancer. Sur le côté, j’avais du “in situ”, mais de l’autre côté, il en restait.» Mélanie n'en fait pas de cas et elle n'a aucune hésitation, «si on peut le reconstruire, on enlève le sein lance-t-elle à son médecin.»

    Un samedi soir, le téléphone sonne. «Le cœur m'a arrêté. Le Dr Gervais avait les résultats. Tout était sain [le jeu de mots, fortuit, la fait rire]. J'étais contente. J'allais entamer la radiothérapie.

    Les jours de traitements à Rimouski ? Elle s’y rend seule. «Je voyais ça comme un petit voyage, comme une petite pause. J’allais magasiner les cadeaux de Noël des enfants, faire l’épicerie…» Une urgence de vivre que même une phlébite en plein traitement n’arrête pas.

    Noël prend une tournure différente. Elle y célèbre la vie, en famille, sans concession. Son combat est celui d’une vie, sa vie, pour voir ses jeunes enfants grandir, les guider, et partager ces moments de petits et grands bonheurs avec Alain. En attendant la reconstruction mammaire, ou comme le dit son fils, son sein bionique, Mélanie sourit.

    Elle se compte chanceuse, même si parfois, dans la chance, notre état d’esprit est le principal déterminant. «Maman a refusé les traitements pour son cancer du sein. Moi je voulais montrer
    à papa que j'étais comme lui. Il a été brûlé au 3e degré et il s'est battu. Je voulais lui montrer que je n'allais pas m'écraser. Je voulais montrer aussi à mes enfants que le cancer, ce n'est pas une fin.»

    AUJOURD’HUI

    Et aujourd’hui ? «On ne parle pas de rémission. J’ai ça à vie. Je n’ai plus le cancer. Est-ce qu’il reviendra ? S’il revient je serai prête à me battre». Il y a une vie avant le cancer, et une vie après le cancer. «Je suis peut-être meilleure. J’ai appris à ralentir. Je prends plus de temps pour ceux que j’aime et pour ce que j’aime. J’ai appris à me poser. J’étais folle avant. Je me mettais tellement d’obligations. Là je profite de mes weekends avec ma famille», répond-t-elle.

    Si elle a accepté de témoigner, Mélanie Bélanger l’a fait dans l’unique but de convaincre les femmes qui ont un doute sur leur santé, de rapidement consulter. «Il n’y a pas d’âge. Si vous avez un doute, appelez tout de suite votre médecin. N’attendez pas de vous faire dire qu’il est trop tard, écoutez-vous, faites-vous confiance. La chimio, la radio, ce n’est pas une condamnation, on passe au travers. Certains sont plus malades, mais si tu ne te bats pas, tu ne gagnes pas», lance-t-elle.

    Elle souhaite aussi qu’un suivi plus serré et plus précoce soit effectué auprès des femmes. Les statistiques liées au cancer du sein tendent à lui donner raison.

    Mélanie Bélanger a fait le choix de ne pas se reposer. C'est dans son tempérament. À l’instar de milliers d’autres qui ont affronté un cancer, elle a puisé dans ses forces pour se battre. Elle a maintenu ses activités, sa façon à elle de ne pas céder sous l’emprise du crabe.

    Cette histoire est celle d'une héroïne donc, qui tire sa force dans l'amour qu'elle porte à ses enfants Malyk 9 ans, Léa 8 ans et Tassiana 3 ans, ainsi qu'auprès de son amoureux, Alain Boulianne. Une histoire vraie, sans cape, sur fond de courage, de détermination et d’amour. Une histoire lumineuse, à l’image de Mélanie Bélanger, une survivante, une battante surtout.

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