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Ginette Caron: le regard tourné vers l'avenir

durée 23 janvier 2024 | 06h00
  • François Drouin
    Par François Drouin

    Directeur de l'information, journaliste

    Le 23 janvier 2014, Ginette Caron en est au tout début de sa carrière municipale. Conseillère et promairesse, elle est catapultée à l'avant-scène médiatique. En pleine nuit, 32 personnes périssent dans le terrible incendie qui ravage la résidence du Havre. Au matin, une horde de journalistes de toute la province, voire du pays, se pressent autour d'elle, le visage et la voix de la Municipalité en l'absence de la mairesse Ursule Thériault.

    «Je n'avais pas dormi. J'avais encore en tête les images de ces personnes âgées enveloppées dans des couvertures qui devaient être évacuées», raconte-t-elle. Le bilan des victimes est… surréaliste. «Trente-deux morts, dans des conditions...», Ginette Caron ne termine pas sa phrase, mais on connait la suite.

    Les heures et jours qui suivent sont éprouvants. Malgré le retour d'Ursule Thériault, la pression est énorme. Les deux femmes ne se contentent pas de s'accrocher. Elles se tiennent, s'épaulent, et surtout, elles insistent pour prendre la place qui leur revient. Aucune décision, jurent-elles, n'est prise sans leur aval.

    «I'm the boss», lance même Ursule Thériault à la presse locale. Certains y voient une fronde à la Sécurité civile, mais les deux femmes souhaitent envoyer un message à leurs concitoyens. «Nous voulions rassurer nos gens, que nous avions toujours le contrôle, que nous étions impliquées dans la gestion du village. Que nous étions là pour les protéger. Même la Sûreté du Québec était dans le coup.» Seulement, des médias nationaux en font une toute autre interprétation.

    De son propre aveu, cette période a été difficile, voire pénible. «Ça a été dur. Encore plus pour Ursule parce que certains chroniqueurs l’ont gratuitement écorchée», se désole celle qui en est maintenant à son deuxième mandat à titre de mairesse.

    L’Isle-Verte s’est relevée, parce que comme le démontre sa riche histoire, c’est dans la nature de ses citoyens.

    DEMAIN

    Si certains chroniqueurs et journalistes ont cru bon, au lendemain de l'incendie, présenter L'Isle-Verte comme un village balafré, Ginette Caron repousse l'image du revers de la main. Le 23 janvier est une date importante, marquée d'un astérisque, mais le drame n’a jamais défini la municipalité.

    «Cette nuit-là fait partie de l'histoire de L'Isle-Verte, ça a marqué notre histoire, mais ça ne résume pas L'Isle-Verte. C'est une date importante qui vient avec une importante charge émotive pour les témoins, les pompiers, les policiers, les familles. Nous n'oublierons jamais, mais c'est important de se tourner vers l'avenir, nous sommes dans le lendemain. Nous sommes ailleurs maintenant.»

    Le ton employé lorsqu’elle répète la phrase «nous sommes ailleurs maintenant» se veut sans équivoque. Son regard est droit, fier surtout. «Tout ce qui avait à être dit a été dit. Je ne crois pas que nous ayons besoin d’en remettre. Quand est venu le temps de reconstruire, ce que les gens nous ont dit c’est “oui, mais ça ne doit plus ressembler à l’ancienne bâtisse”. Ç’a été la seule condition. Nous sommes ailleurs maintenant.»

    Dans cette même veine, le conseil municipal a opté pour la sobriété afin de souligner les dix ans de la tragédie. Des détails sont encore à peaufiner et au moment de l'entrevue, il était trop tôt pour en faire l'annonce.

    De son côté, la corporation Les amis des ainés de L’Isle-Verte invite la population à une courte commémoration qui aura lieu le 23 janvier à 19 h au mémorial situé devant l’église de la municipalité. Cette courte cérémonie sera précédée d’une marche qui débutera à 19 h à la caserne incendie. Les premiers répondants, policiers, pompiers et paramédics devraient y prendre part.

    «Les gens ont besoin de tourner la page, on le sent, on le vit. Il n'est pas question d'oublier nos victimes et ceux qui sont intervenus, mais nous ne voulons pas rouvrir les plaies. Les gens sont tannés», insiste Mme Caron.

    L'avenir, soutient la mairesse, s'annonce radieux pour les Isle-Vertois. Dans les dernières années, plusieurs jeunes familles sont venues s'établir dans la localité. Avec les nombreux projets et chantiers en cours à L’Isle-Verte, Ginette Caron est optimiste.

    En janvier 2014, les Isle-Vertois ont su faire preuve d’une extraordinaire résilience. L’avenir leur a donné raison.

    DONNÉES

    Parmi les nombreux chantiers et projets de L’Isle-Verte, notons :

    -    Les travaux de rénovation du Marché des Iles
    -    La construction de la Résidence de l'Ancrage, un projet de 13,2 M$ qui verra l’ajout de 20 logements pour personnes agées
    -    Le projet de réaménagement de la route 132 toujours en attente d’une décision du MTQ
    -    Agrandissement du CPE qui ajoutera 13 places dont 5 seront réservées à des poupons
    -    Projet de jeux d’eau au parc municipal
    -    Nouvelle phase de construction résidentielle

    La municipalité se veut attractive. Après avoir connu une période de déclin démographique qui a suivi l’incendie, la population a augmenté au point de rejoindre le nombre de citoyens recensés avant la tragédie. Selon l’Institut de la statistique du Québec, 1 404 personnes résident aujourd’hui à L’Isle-Verte, pour 1 347 l’année dernière. C’est une hausse de 4,2 %. La population était de 1 332 en 2022, de 1 313 en 2021 et de 1 279 en 2020. Depuis 2020, la population a donc augmenté de 9,8 %. Elle était de 1 467 en 2014. La moyenne d’âge est aussi plus basse qu’elle ne l’était il y a 10 ans.

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