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5 septembre 2022 - 06:59

Des sous-verres pour détecter la drogue du viol distribués à Rivière-du-Loup

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

Afin d’offrir davantage d’outils de prévention sur le terrain, des milliers de sous-verres pouvant détecter la présence de GHB (drogue du viol) ou de kétamine dans les boissons alcoolisées seront distribués dans chaque bar de la MRC de Rivière-du-Loup par deux travailleurs de rue. Ils sont catégoriques, la drogue du viol, ce n’est pas qu’une affaire de grands centres.

«Il y a toujours la pensée magique que ça n’arrive pas ici ou qu’on est protégés face à ces actions posées par d’autres personnes qui peuvent nous intoxiquer. Personne n’est à l’abri de ça», indique d’entrée de jeu la travailleuse de rue Kathleen Lévesque. Elle et son collègue Jean-Julien Lévesque font de la prévention et de l’intervention sur le terrain, lors d’évènements et dans les écoles.

Ils indiquent que la meilleure façon d’éviter d’être drogué à son insu par une substance ajoutée dans son verre est la prévention, la surveillance et s’entourer de personnes de confiance.

La consommation de GHB peut provoquer les effets suivants :

  • disparition de la gêne;
  • sensation de détente et de calme;
  • sensation de confort physique et psychique;
  • relaxation musculaire;
  • euphorie;
  • calme inhabituel;
  • ralentissement des gestes;
  • bouche pâteuse;
  • somnolence;
  • nonchalance;
  • désorientation (difficulté à se situer dans l’espace ou le temps);
  • confusion.

«C’est sûr qu’il y a toujours des histoires de personnes qui se questionnent parce qu’elles ont fait des ‘’blackout’’ ou qu’elles pensent avoir été intoxiquées à leur insu […] Je vois beaucoup de gêne par rapport à ça. C’est comme si on avait honte d’avoir reçu ça dans notre verre […] Ça intériorise beaucoup de questionnements et la personne est beaucoup anxieuse. Il faut lui dire que ce sont des choses qui arrivent. Elle n’a pas à se sentir mal, ce n’est pas de sa faute si elle s’est fait droguer», ajoute Kathleen Lévesque.

Son collège Jean-Julien renchérit : le sentiment de sécurité en prend un coup lorsqu’un tel geste est posé. «Par la suite, tu sors en ville, tu es plus méfiant. Est-ce que tu es capable de socialiser avec les autres personnes de la même manière que tu le faisais avant ? Ça a des répercussions sur énormément de sphères. Est-ce qu’il y a eu une agression sexuelle par la suite ? Si oui, est-ce que je peux avoir eu une ITSS? C’est comme si le sentiment de sécurité lui était enlevé», complète Kathleen Lévesque.

Deux tests de détection se trouvent sur le sous-verre. Il suffit de verser une goutte de son breuvage sur les pastilles et d’attendre le résultat. S’il est positif, la pastille tourne au bleu. Un test négatif n’est pas pour autant synonyme de sécurité puisque certaines drogues du viol pourraient ne pas être détectées par le sous-verre. Cet outil doit être utilisé en complément aux comportements de prévention. «Si tu es en présence de tes amis, il faut leur dire si tu ressens certains effets inhabituels […] Éduquer les jeunes au consentement des autres, c’est super important et je pense que c’est un travail à faire sur le long terme», ajoute la travailleuse de rue. Les intervenants souhaitent que cet outil agisse comme une barrière supplémentaire pour réduire ces gestes illégaux, quelques jours après la rentrée scolaire. Les sous-verres seront un indicateur d’un milieu plus sensibilisé aux effets de la drogue du viol et de la kétamine.

La distribution de sous-verres détectant ces drogues a été initiée par l’Entente régionale des services en travail de rue du Bas-Saint-Laurent. L’équipe de TRIP travaille en prévention et en réduction des méfaits pour les 12 à 35 ans dans toute la MRC de Rivière-du-Loup.

Le fait d’avoir du GHB ou de la kétamine en sa possession est en soi une infraction en vertu du Code criminel. Les articles 245 et 246 du Code criminel concernent les infractions en lien avec ces drogues, soit «avoir faire prendre une substance délétère à quelqu’un avec l’intention de l’affliger ou de le tourmenter» ou «avoir fait prendre une drogue à quelqu’un dans le but de faciliter une infraction.» La première accusation est passible d’un maximum de deux ans d’emprisonnement, et la deuxième est passible d’une peine d’emprisonnement à perpétuité.

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