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16 mai 2022 - 06:56

Plus d’un millier de Louperivois dans une situation de grande vulnérabilité 

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

Twitter Marc-Antoine Paquin

Environ 8,31 % des citoyens louperivois de 15 ans et plus se trouvent dans une situation qualifiée de grande vulnérabilité, c'est-à-dire qu'ils vivent à la fois en situation de pauvreté économique et sociale – ce qui inclut des problèmes en littératie –, selon une récente étude publiée par la Fondation de l'alphabétisation du Québec. 

Cette étude, dévoilée au début du mois, met en lumière l'existence d'un noyau dur de la population au sein duquel les enjeux de littératie sont encore plus difficiles à résoudre dans un contexte où le Québec est vivement animé par des enjeux d’inflation et de pénurie de main-d’œuvre.

L’auteur Pierre Langlois y explique que la coexistence d’enjeux de littératie et de revenus donne lieu à «une tempête sociale parfaite». «Quand un individu vit des enjeux de précarité de revenus, qu’il tire le diable par la queue tous les mois et qu’il a de la difficulté à payer les dépenses courantes, il n’a pas le temps d’arrêt, la quiétude d’esprit et les ressources suffisantes pour s’engager dans une mécanique de rehaussement de ses compétences de base et suivre une formation scolaire ou professionnelle qui pourrait lui permettre d’augmenter son employabilité et son salaire», note l’économiste.

«Cette personne est donc prise dans une trappe de pauvreté, dans une spirale de précarité sociale et économique. Elle ne peut pas s’en sortir sans une aide extérieure.»

C’est en corrélant les résultats du Programme pour l'évaluation internationale des compétences des adultes (2012) aux données du dernier recensement canadien (2016) sous la perspective du double enjeu de pauvreté économique et sociale, incluant le niveau de littératie, que M. Langlois a été en mesure d’estimer les populations touchées par une spirale de grande vulnérabilité.

À Rivière-du-Loup, on estime que plus 1 310 citoyens vivent cette réalité, ce qui représente 8,31 % de la population de 15 ans et plus. Une statistique qui place la ville au-dessus de la moyenne québécoise de 6 % et parmi les endroits au Québec où la proportion de gens touchés est la plus élevée.

«La question du décrochage scolaire et des faibles revenus, celle de la démographie aussi, peuvent expliquer pourquoi des villes comme Rivière-du-Loup ou autre se retrouvent avec un indice de la sorte. Mais c’est certain que c’est plus simple à identifier pour de grandes villes comme Montréal où on a des données par quartier», note M. Langlois.  

À titre comparatif, la situation est moins marquée à Rimouski où l’indice de grande vulnérabilité s’élève à 5,21 %. «La présence d’un pôle universitaire fait une différence, puisqu’elle a un impact sur le nombre de diplômés. On retrouve aussi à Rimouski beaucoup d’emplois dans le domaine des services en santé et en administration publique.»

PISTES DE SOLUTION 

L'existence de cette spirale de vulnérabilité est un enjeu de société important qui doit être reconnu comme tel, estime l'économiste. Il avance qu’une première étape pour lutter efficacement contre la grande vulnérabilité serait d’associer un programme de requalification des compétences de base à un programme visant un soutien financier minimal à hauteur de la mesure du panier de consommation (MPC) d’un ménage ou d’un individu sans contrainte à l’emploi. Une telle stratégie permettrait à plus de 176 000 personnes de 20 à 59 ans en situation de grande vulnérabilité de sortir à la fois de la pauvreté économique et sociale.

Qui plus est, cette diminution de la grande vulnérabilité au Québec permettrait d’engendrer une injection économique récurrente de plus d’un milliard de dollars dans le produit intérieur brut (PIB) du Québec, selon sa modélisation.

ENJEUX DE LITTÉRATIE PAR MRC 

L'automne dernier, Pierre Langlois avait réalisé une autre étude pour la Fondation. Celle-ci s'intéressait alors aux enjeux locaux de la littératie et démontrait qu'une proportion importante de la population du KRTB peine à comprendre des textes longs et plus complexes.

Au KRTB, la situation la plus alarmante était observée au Témiscouata où plus de 60 % de la population âgée de 15 ans et plus ne serait pas en mesure de comprendre un texte long et considéré complexe, comme un article spécialisé, par exemple. Ils n'atteindraient ainsi pas, en majorité, le 3e niveau de littératie considéré comme le seuil à atteindre afin de lire des textes denses nécessitant une certaine capacité à interpréter et à donner du sens aux informations.

Dans Les Basques, la statistique se situait entre 58 et 60 %. À Rivière-du-Loup? Entre 54 et 58 %, ce qui restait très élevé.

L'étude venait aussi confirmer que les régions où le degré de littératie est plus faible possèdent de nombreux points communs. Elles ont une population vieillissante, et leur économie est souvent basée sur des secteurs particuliers (liés aux ressources naturelles) comme l’agriculture, les pêches, les mines et la foresterie. Elles sont également souvent éloignées des grands centres où se trouvent les institutions d’enseignement comme les universités et les cégeps.
 

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