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7 décembre 2021 - 15:01

Québec doit investir dans l’aménagement de la forêt privée, pressent les intervenants du Bas-Saint-Laurent

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

Twitter Marc-Antoine Paquin

Les partenaires de la Table de concertation de la forêt privée du Bas-Saint-Laurent ont lancé un cri du cœur, un «cri d’urgence», ce mardi 7 décembre, alors que la région subit les «effets dévastateurs» de l’épidémie de tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE). Ils demandent au gouvernement d’investir davantage dans l’aménagement de la filière forestière bas-laurentienne privée, sans quoi des pertes d’emploi et de millions de dollars en retombées économiques sont à prévoir plus tôt que tard. 

Réunis à Rimouski, différents acteurs de l’industrie forestière du Bas-Saint-Laurent, accompagnés d’élus municipaux, ont réitéré l’importance pour le gouvernement d’agir afin que la région puisse faire face à l’épidémie de TBE, tout en réalisant l’ensemble de sa stratégie sylvicole, dont les travaux d’aménagement permettent d’optimiser la croissance de la forêt. 

Concrètement, la région estime avoir besoin d’une aide d’urgence de 2 M$ pour réaliser des travaux en coupe partielle, telles les éclaircies commerciales de plantation, dans l’année en cours. Les intervenants demandent également plus 4,7 M$ supplémentaires par année, pour les quatre prochaines années. Au total, c’est plus de 20 M$ que le gouvernement doit investir, croit-ils. 

«Cet argent permettrait de faire la stratégie d’aménagement qu’on ferait s’il n’y avait pas de tordeuse. On pourrait donc faire face à l’épidémie, éviter le déséquilibre dans la répartition des travaux entre l’est et l’ouest du territoire, générer davantage de bois pour nos usines et offrir des semaines de travail aux travailleurs et entrepreneurs. On pourrait finalement se sortir la tête de l’eau», souligne Luc Lavoie, conseiller stratégique à la Fédération des groupements forestiers du Bas-Saint-Laurent (FGFBSL), rappelant que l’enveloppe du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, pour soutenir l’aménagement de la forêt privée, a été coupée de 2 M$ dans la dernière année. «Un illogisme» dans la situation actuelle.  

IMPACTS DE LA TORDEUSE AU KRTB 

Au Bas-Saint-Laurent, les zones touchées par la tordeuse ont augmenté de 23 % dans la dernière année, passant de 1,31 million d’hectares à 1,62 million d’hectares. L’insecte ravageur est particulièrement présent dans les MRC de l’est du Bas-Saint-Laurent (Rimouski-Neigette, La Mitis, La Matapédia et La Matanie). 
Il faut comprendre que les peuplements affectés doivent être récoltés et reboisés en priorité afin de sauver le bois et assurer la pérennité de la forêt. Pour ce faire, les ressources sont concentrées dans les secteurs infestés. Ainsi, même si l’insecte est moins présent, des contrecoups importants se font donc sentir au KRTB. 

«Les conséquences sont graves, car il n’y a plus de budget pour réaliser les coupes partielles prévues à la stratégie sylvicole dans l’ouest du territoire, et il y a moins de travail à offrir aux ouvriers forestiers et aux entrepreneurs. La situation est critique», soutient Maurice Veilleux, président du Syndicat des producteurs forestiers du Bas-Saint-Laurent.

Selon Luc Lavoie, des travaux d’aménagement sont toujours réalisés au Témiscouata et ailleurs au KRTB. On estime cependant que les budgets alloués pour ces travaux, nécessaires, ont chuté de 25 % dans la région, l’argent étant envoyé pour combattre et gérer l’épidémie dans l’est. 

Cette situation a des conséquences concrètes pour les travailleurs et les entrepreneurs locaux, et elle sera encore plus grave dans les prochaines années. Si le gouvernement ne prend pas les choses en main rapidement, la totalité des budgets pourrait être consacrée à la tordeuse et non à l’aménagement d’ici deux ans, craint-on. 

«Actuellement, dans votre région, nous ne sommes pas en mesure de faire les éclaircies de plantation, ni les coupes de jardinage dans les érablières. Ce que ça veut dire, c’est que les propriétaires forestiers ne peuvent pas faire ces travaux-là et qu’il y a donc moins de travail à offrir aux travailleurs et entrepreneurs forestiers», explique M. Lavoie qui craint des pertes d’emploi et des départs du milieu forestier. 

«Les effets de la réduction substantielle de ces travaux se font déjà cruellement sentir, assure aussi Pierre Sirois, président de la FGFBSL. Pour ces derniers, on parle d’une baisse de 70 % des [semaines de travail] entre 2020 et 2021. Cette incertitude pèse lourd sur les travailleurs de la forêt qui sont déjà de moins en moins nombreux.»

Michel Lagacé, de la TREMBSL, et Bertin Denis, président du Collectif régional de développement, rappellent que de nombreuses communautés rurales se sont structurées autour de la filière forestière. Ils regrettent que les multiples représentations auprès du gouvernement, ces derniers mois, n’aient donné aucun résultat. «Le feu est pris dans l’est du territoire, a lancé M. Denis. On voit le désastre qui se profile dans nos forêts. Le gouvernement doit agir maintenant.» 

 

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