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27 novembre 2021 - 06:33

Dossier - Violence sexuelle et conjugale

Caroline* - fuir pour sa sécurité

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

À la suite du meurtre de la Louperivoise Andréanne Ouellet âgée de 32 ans, victime du 15e féminicide au Québec, deux femmes ont contacté Info Dimanche afin de lancer un message aux personnes qui se sentent prises au piège dans une relation toxique. Elles veulent avant tout partager leur histoire dans l’espoir que l’une d’entre elles se reconnaisse et décide de s’en sortir avant qu’il ne soit trop tard. Les deux femmes qui ont témoigné ont maintenant quitté leur ex-conjoint violent.

* Les noms des victimes ont été modifiés pour conserver leur anonymat. 

Après avoir passé près d’un an sous l’emprise d’un ex-conjoint aux comportements violents, Caroline* a dû déménager de Rivière-du-Loup, où elle ne se sent plus en sécurité. «Ça m’aide, il ne peut plus passer devant chez nous, me surveiller. Il n’a plus cet ascendant-là […] Maintenant, je n’ai plus peur de personne, c’est fini.»

Il brisait des objets, s’en prenait à un enfant et il a cogné le chien de sa conjointe sur le plancher à plusieurs reprises en le tenant par le cou parce qu’il avait uriné par terre. «Ça empirait. J’avais peur que les gestes violents viennent vers moi. C’est pour ça que je suis partie».

Cette union d’un an a été entrecoupée de ruptures et ponctuée par de nombreuses visites des policiers. «Ils venaient tout le temps chez nous. C’est à partir de ce moment que j’ai connu tous les organismes, le Centre-femmes, l’Autre-Toit, le CAVAC. J’ai été chercher de l’aide le plus possible parce que c’était impact par-dessus impact. Les enfants avaient des codes pour appeler la police. Je donnais un coup de pied dans le plancher», raconte Caroline. Elle déplore que les victimes ne se sentent pas crues par les services de police et le système de justice.

«Tant et aussi longtemps qu’on n’est pas morte, on dirait qu’ils ne nous croient pas. Il y en a qui fuguent, qui changent de pays, de ville ou d’identité […] Même si j’ai des photos et des preuves… il faut quasiment que tu aies des bleus pour que ça fonctionne, ou encore que ta vie soit en danger», ajoute Caroline.

APPEL À L’AIDE

Son union empreinte de violence conjugale l’a amenée à aller chercher de l’aide auprès des organismes de la région. «Il buvait beaucoup, il avait arrêté et je lui ai donné une chance,  mais ce n’était pas mieux, ajoute-t-elle. À la fin, j’étais en mode survie, je voyais noir. J’ai appelé mon médecin parce que j’avais déjà fait des plans. D’habitude je suis très très forte mais c’était toujours à répétition. Ce sont mes enfants qui m’ont gardée vivante, sans qu’ils ne le sachent […] Souvent, c’est la peur qui te garde là-dedans. Tu as peur d’avancer ou tu as peur de ce qui peut arriver. Quand quelqu’un pète les plombs, tu ne sais pas comment ça peut virer.» Elle a pu aussi compter sur le soutien de sa famille et de ses amis.

Caroline bénéficie d’un suivi avec l’organisme L’Autre-Toit du KRTB depuis plusieurs années. Son intervenante lui a donné beaucoup de conseils et l’a amenée à reprendre confiance en elle. «J’ai mon toit. Je me débrouille. Je prends du temps pour moi, même si c’est juste 10 minutes par jour. C’est difficile pour moi de faire confiance. J’aime mieux être toute seule que mal chaussée.»

Malgré tout, elle croit encore à l’amour. Caroline souligne toutefois qu’elle porte davantage attention aux signes précurseurs et qu’à l’avenir, elle écoutera sa petite voix. «Une relation c’est comme quand tu es dans une chaloupe. Si tu veux que ça avance droit, il faut que tu pagaies des deux côtés en même temps pour avancer, sinon tu tournes en rond.»

 Si vous ou un de vos proches êtes victime de violence conjugale, contactez SOS Violence conjugale au 1 800 363-9010 ou consultez le sosviolenceconjugale.ca

  • L’Autre-Toit du KRTB : 418-854-7160
  • CALACS du KRTB : 418 816-1232
  • Centre-Femmes du Grand-Portage : 418 867-2254

Les 12 jours contre la violence faite aux femmes est une campagne qui débute le 25 novembre et se termine le 6 décembre, lors de la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes. Le parlement a institué cette journée pour honorer la mémoire les 14 jeunes femmes qui ont été tuées à l’École Polytechnique de Montréal en 1989. Coordonné par la Fédération des femmes du Québec, qui regroupe une vingtaine d’organismes, cet évènement vise l’élimination des violences systémiques et institutionnelles faites aux femmes.

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