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13 septembre 2021 - 06:55 | Mis à jour : 15:50

L’Île Rouge, l’île des naufrages

Lydia Barnabé-Roy

Par Lydia Barnabé-Roy, Journaliste de l'Initiative de journalisme local

Toutes les réactions 5

L’Île Rouge située en face de l’Île Verte porte bien son nom. Au cours du 19e siècle, elle a acquis la réputation d’être un cimetière autant pour les humains que pour les bateaux. Ce territoire insulaire de 200 mètres au plus large et 500 mètres au plus long est rempli d’histoire.

Malheureusement, un appel d’offres a été lancé en juin 2019 par Pêches et Océans Canada afin de détruire les bâtiments abandonnés sur l’île, à l’exception du phare considéré lieu patrimonial du Canada et du Québec. Pour se remémorer l’endroit, des mordus des phares ont publié, cet été, une édition spéciale l’Île Rouge du Bulletin des amis des phares.

Un groupe de passionnés a travaillé à créer une publication pour se rappeler l’histoire de cet espace insulaire et de son phare. «On ne voulait pas que ça tombe dans l’oubli, il fallait laisser un écrit», explique Jean-Claude Tardif, écrivain de livres sur l’Île Verte et co-signataire du bulletin. Il témoigne que pendant 200 ans, des gardiens de phare ont fondé leur famille sur cet îlot rocheux. Le courage, la détermination, la résilience et la nécessité des gens qui y ont habité le fascinent.

La publication relate l’histoire de l’île, ses dates importantes, la construction du phare, les naufrages, les gardiens, le lien entre l’Île Rouge et l’Île Verte et plus encore. Six personnes y ont contribué et ont passé plus d’un an à fouiller dans les archives, à se documenter, à écrire et réécrire. «C’était une sorte de devoir pour nous, nous ne pouvions pas nous  taire», lâche M. Tardif. Certains d’entre eux se sont même rendus à Montréal et Ottawa pour y recueillir des informations sur l’île.

UN RÔLE CAPITAL

«L’Île rouge est l’une des plus dangereuses en termes de navigation, il y a eu tellement de naufrages, de pertes de vie», ajoute M. Tardif. De ce que l’on sait, 160 naufrages auraient eu lieu à cet endroit. À marée haute, il serait impossible de distinguer la large bande de hauts-fonds qui entourent l’île. Le phare a donc été érigé afin d’éviter les pertes de vies humaines, de bateaux et de cargaisons. Avec les mécanismes visuels et sonores créés par les gardiens de phare, les pilotes étaient avertis des dangers. Même si aujourd’hui les phares ont été automatisés et garnis de panneaux solaires afin de fonctionner seuls, il est important d’en assurer leur conservation, selon Jean-Claude Tardif. Les pilotes préfèrent avoir ces références, malgré qu’ils aient des outils de navigation sophistiqués, puisqu’elles ont fait leurs preuves et garantissent la protection d’un équipage entier.

Reposant en plein centre du fleuve, l’Île Rouge délimite les chenaux sud et nord. Elle démarque aussi l’embouchure de la rivière du Saguenay puisqu’elle s’y tient vis à vis. Selon les signataires, le phare pourrait tenir encore long temps grâce à la pierre dont il est composé, puis aux anneaux qui l’entourent et le gardent solide. Ils souhaitent que leurs écrits fassent en sorte que les bâtiments soient conservés et rénovés. Advenant le fait que cela ne fonctionnerait pas, ils aimeraient, au moins, que le gouvernement prenne en charge le phare. «C’est le vieux truc quand il ne veut pas investir sur un bâtiment, il le laisse se détériorer», se désole l’auteur. Malgré son exemption de destruction, sans entretien, le phare pourrait aboutir au même sort que les autres bâtiments voués à être rasés.

POTENTIEL DE DÉVELOPPEMENT ?

Pendant près de deux ans, une entreprise a tenté d’exploiter un hôtel et un restaurant haut de gamme sur l’île, sans succès. Les coûts engendrés étaient trop importants. Les clients devaient être transportés en hélicoptère sur l’îlot, mais à temps brumeux, ils ne pouvaient en sortir. Des quais flottants ont aussi été essayés mais ces derniers partaient à la dérive lors de grosses vagues ou de tempêtes. «C’est possible d’envisager quelque chose […] Ça pourrait très bien devenir un lieu où s’accoster en petite embarcation par exemple et puis apprécier l’endroit» , a proposé Jean-Claude Tardif.

Sept bâtisses sont touchées par l’avis de démolition émis par le gouvernement du Canada, soit la maison de l’assistant (1958), la maison du gardien (1965), les cabanes est, ouest et sud, le hangar à bateau et l’abri du criard de brume (1945). À ce jour, elles sont toujours debout, mais laissées à l’abandon. L’Île Rouge a été habitée dès 1848 et est aujourd’hui classifiée comme un sanctuaire pour les oiseaux.

D’après Jean-Claude Tardif, personne n’aurait soumissionné pour détruire les constructions sur l’île. «Personne ne veut se pointer là. C’est à cause des nouvelles normes de salubrité et de protection de l’environnement. Aussi, il n’y a aucun quai, donc il faut accoster comme on peut», raconte-t-il. Selon lui, la meilleure façon de procéder serait d’utiliser un hélicoptère pour transporter les matériaux désuets, cependant, cela coûterait une fortune à exécuter.

En attendant de voir ce qu’il adviendra de l’Île Rouge et de ses bâtiments, le Bulletin des amis des phares édition spéciale l’Île Rouge est accessible à tous. Il est disponible gratuitement en version PDF au : https://www.routedesphares.qc.ca/fr/bulletin.html. «Pour nous, c’est mission accomplie», a conclut M. Tardif avec fierté. Il espère que leur publication aidera à changer la donne concernant l’avenir de la petite île au milieu du fleuve Saint-Laurent.

 

 

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5 réactionsCommentaire(s)

  • ✳️ Ajout à mon commentaire du 13 septembre 2021

    ♥️ Je viens de parcourir la version PDF du Bulletin des amis des phares ci-haut mentionné;

    ♥️ Quel ouvrage !

    ♥️ En osant rêver que dans un avenir rapproché « queque chose » de positif va se passer, j’achemine sans plus tarder ce document à de mes contacts en leur demandant de faire de même.

    ♥️ Sans vouloir partir un débat, d’autant plus qu’Infodimanche ne constitue pas selon moi le forum approprié, je ne peux croire que « nous » allons rester les bras croisés.

    🙏 Imaginons, un seul instant, une excursion d’hélicoptère mû par électricité, limitée à une seule fois par jour et que les jours de météo évidemment idéale, celui s’y posant que quelques heures, le temps pour certains « privilégiés » d’y poser les pieds en tout respect.

    P.S. Encore une affaire pour les riches ❓Oh que non❗️Je pourrais développer mais ce n’est pas l’endroit et le moment.






    André Bernatchez - 2021-09-16 10:35
  • Il y a des capteurs qui envoient de manière automatisée, via ondes radio (UHF)
    des données, de manière périodique durant la journée (24 heures) à quelques reprises
    tout comme à d'autres endroits isolés et moins accessibles dans le Bas-St-Laurent, Charlevoix
    la basse Côte-Nord et partout ailleurs, dans le territoire québécois...

    Richard Dumont - 2021-09-16 02:25
  • Ce n’est pas mentionné ici, mais l’ile-rouge n’est pas maintenant une station météorologique ?

    Dubois Cynthianne - 2021-09-15 11:35
  • J'y suis débarqué à une occasion en embarcation de plaisance, du côté Sud.

    Le temps était relativement calme, mais une certaine houle nous brassait vigoureusement malgré tout. Ça n'est pas pour rien, car elle en plein milieu du fleuve et le Saguenay est presque en face ... !!

    Observez bien la première photo : toute cette île est entourée d'une grève de gros galets
    qui rendent l'accostage et le débarquement très difficile.

    La topographie de l'île est aussi très plane et peu élevé vs le niveau de la mer ...

    Cette île et ses bâtiments (ruines) vont probablement êtres les premiers à disparaître
    et seraient impossibles à maintenir avec la hausse du niveau des océans à venir.

    Ce n'est surtout pas un endroit pour touristes !

    Ce serait irresponsable d'investir de l'argent public, à moins d'êtres climato-septiques ...

    Faites des recherches sur le site, documentez au maximum , prélevez ce qui en vaut la peine
    mais autrement, d'ici 20 ou 30 ans, tout cela sera sous l'eau.




    Richard Dumont - 2021-09-14 22:39

  • 🇺🇸 Les Américains…

    🟫 Imaginons, un instant, que « Ça » se trouverait aux « States »
    🟫 Je ne peux croire qu’il n’y y aurait pas au moins un mécène qui se serait dit qu’il y a quelque chose d’intéressant à faire avec « Ça »
    🟫 Et quand j’écris « intéressant », ce n’est pas péjoratif.
    🟫 Imaginons, un instant, une OBNL, avec un bail emphytéotique de 99 ans, que lui accorderait le gouvernement du Canada🇨🇦, sous la réserve d’assurer une exploitation respectueuse de l’histoire et des contraintes environnementales.
    🟫 Quel touriste ne voudrait pas, en tout respect, y mettre son « nez »❓

    André Bernatchez - 2021-09-13 10:02