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4 octobre 2020 - 06:52

«Je vais prendre ma retraite sur ce bateau-là» - Jean-Philippe Rioux

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

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Présent au chantier maritime du Groupe Océan quelques fois par semaine, le capitaine de l’Héritage 1, Jean-Philippe Rioux, est aux premières loges de la progression des travaux effectués sur le navire construit en 1973. Une réfection «d’envergure» qui laisse croire au marin que le traversier qui effectue le relais entre Trois-Pistoles et Les Escoumins servira la région encore quelques décennies. 

Débutés en juillet, après une entrée en cale sèche retardée par la pandémie, les travaux n’ont pas été un long fleuve tranquille, mais ils progressent aujourd’hui à un rythme intéressant. 

«L’arrivée à L’Isle-aux-Coudres a commencé avec une bonne nouvelle, c’est-à-dire que 95 % des travaux que nous demandait Transports Canada, après l’inspection initiale, étaient tous déjà prévus. Il n’y avait pas de requête majeure et pour moi, ç’a été un gros chapitre à tourner», a partagé M. Rioux lors d’une rencontre téléphonique. 

Le capitaine explique toutefois que les travaux ont été ralentis, dès le départ, par la découverte de matériaux dangereux, soit des isolants à base d’amiante dans la salle des machines et du plomb dans une très vieille peinture originale.

«La première journée de travail, quand les travailleurs ont effectué les premières coupes, ils ont eu des doutes. Des vérifications ont été faites pour confirmer la présence de plomb et elles ont été positives. À ce moment-là, on a fait appel à des experts. C’était important de prendre des mesures pour protéger les gens du chantier», explique-t-il, précisant n’avoir jamais vu, dans sa carrière, de peinture au plomb. «Ça date d’il y a très longtemps.»

Quant aux isolants en amiante, leur découverte a aussi été une surprise. «Je savais qu’il en avait déjà eu. Je savais qu’il en restait, mais pas où les travaux allaient être faits. Dans la salle des machines, je croyais que l’amiante avait été éliminée complètement lorsqu’on avait changé les moteurs il y a quelques années, mais non, c'était alors très ciblé», mentionne Jean-Philippe Rioux, soulignant que tout a maintenant été enlevé et que les travaux ont atteint «un niveau de progression» stable jusqu’à la toute fin. 

CHANGEMENTS MAJEURS

Ces défis n’étaient évidemment pas souhaités. Mais ils prouvent bien que les travaux réalisés sur le traversier depuis maintenant quelques semaines ne correspondent pas à une «maintenance» régulière ou à un simple exercice d’esthétisme. Les changements sont majeurs. 

«C’est vraiment un chantier d’envergure incroyable, note celui qui suit attentivement l’évolution de la réfection. Ce n’est pas une cale sèche normale. On fait vraiment de gros changements, de gros investissements, pour les 20-30 prochaines années. Oui, il va y avoir de l’entretien et de la maintenance à faire, mais plus jamais à ce niveau.»

Il précise toutefois que les gens risquent d’avoir une certaine déception en voyant revenir le navire, 5 millions de dollars plus tard.

«Peu d’entre eux vont pouvoir apprécier et remarquer ce qui a été fait parce que ça se passe dans la coque, dans la structure, à des endroits plus ou moins accessibles», ajoute-t-il. «Mais moi, qui connais ce navire depuis longtemps, quand je vois ce qui se fait cette année, je me dis que si tout va bien, je vais prendre ma retraite sur ce bateau-là. Et j’ai 37 ans…»

RETOUR À TROIS-PISTOLES?

Au moment d’écrire ces lignes, la Compagnie de navigation des Basques est incertaine à savoir si le retard subi pendant les travaux pourra être rattrapé et surtout si l’Héritage 1 pourra être reconduit au large de Trois-Pistoles avant de début de la saison hivernale. 

Évidemment, c’est ce qui est souhaité, mais le capitaine se prépare à toute éventualité. Une autre possibilité serait, par exemple, de rester à la marina de L’Isle-aux-Coudres, à proximité du chantier. «Les employés pourraient ainsi poursuivre les travaux et garder un œil sur le bateau», mentionne Jean-Philippe Rioux. 

«On évalue également l’idée de revenir à Trois-Pistoles et de finaliser les travaux au printemps. Mais ça implique des couts supplémentaires […] On pourrait aussi peut-être étirer notre temps ici et utiliser les marées de décembre pour revenir dans les Basques, mais c’est jouer à la roulette russe.»

Jean-Philippe Rioux garde cependant le moral. Les responsables du chantier, chez Groupe Océan, sont confiants de pouvoir terminer les travaux dans les temps. Une équipe de nuit a d’ailleurs récemment été ajoutée. Actuellement, une quarantaine de professionnels travaillent sur le navire, 24 heures par jour, 7 jours par semaine. 

En mars, Québec a octroyé une subvention de 4,9 millions de dollars pour la réfection de l’Héritage 1. Actuellement, malgré les retards, la Compagnie de navigation des Basques note que les dépassements de couts sont «minimes». 
 

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  • Félicitation à toute l’equipe

    Régine Aubin - 2020-10-04 11:04