Publicité
13 juillet 2019 - 06:57

Crise du recyclage : loin d’une situation critique dans la région

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

Un reportage publié le 25 juin dans le Journal de Québec a fait réagir dans la région, alors qu’on y évoquait une «crise du recyclage dans l’est du Québec», soulevant même la possibilité d’avoir recours à l’enfouissement des matières recyclables. Au centre de tri de Trois-Pistoles, cependant, la situation est loin d’être alarmante, quoique les débouchés pour le recyclage du plastique à usage unique se font plutôt rares.

«Il ne faut pas jeter la serviette sur le recyclage du plastique (…) On est pas rendu à l’enfouissement et on ne se rendra jamais là. Ça va prendre peut-être trois ans sans débouchés avant d’en arriver à ce point. Le printemps et le début de l’été sont connus pour l’arrivée de nombreux débouchés pour le plastique agricole et le plastique d’épicerie, il va y en avoir. Le gouvernement a mis l’emphase là-dessus», explique le directeur général de Récupération des Basques, Danny Lauzier. Selon ce dernier, abandonner le recyclage du plastique serait déplorable, malgré les prix de vente des matières recyclables qui se trouvent encore dans un creux de vague. Les articles en plastique à usage unique sont majoritairement des sacs, des bouteilles d’eau, des pailles et des emballages alimentaires, bref, tout ce qui est utilisé pour ne servir qu’une seule fois.

«Déjà, on utilise le plastique à usage unique et on le recycle. Ce n’est pas très bon pour l’environnement. On le fait parce qu’on a pas le choix, souvent. Si on l’utilise et qu’on le jette, c’est un problème, on ne peut pas enfouir ça. Du côté environnemental, ce serait catastrophique», ajoute Danny Lauzier. Mis à part le plastique, il ajoute que le centre de tri de Trois-Pistoles n’a aucune difficulté à se départir des matières qu’il traite. M. Lauzier souhaite toutefois que le gouvernement du Québec puisse trouver une solution afin de faire augmenter les prix.

«Le recyclage, ce n’est pas tout le monde qui a adopté ça encore. Pour certains, c’est plus une corvée qu’une habitude. C’est facile de jeter la serviette à la moindre petite embuche. Ici, on n’est pas rendu à enfouir le plastique. On le réutilise toujours. On le prend, on le traite et on le met en ballots. Quand les portes vont ouvrir, on va être prêt à l’envoyer», complète le directeur général de Récupération des Basques.

Le terrain du centre de tri contient seulement un dixième de sa capacité maximale. Les plastiques à usage uniques sont stockés en ballots à l’intérieur, et le stock excédentaire a été entreposé à l’extérieur du bâtiment.

BAISSE DES PRIX 

L’entrée en vigueur du National Sword, le 1er janvier 2018 a fait en sorte que la Chine n’accepte plus les matières recyclables du Canada et de plusieurs autres pays. Les entreprises du domaine du recyclage au Québec doivent donc absorber chaque année près de 400 000 tonnes de matières qui étaient auparavant exportées pour être recyclées, principalement les fibres et certains types de plastiques.

Cette situation a ainsi eu un impact immédiat sur le prix de vente des matières, disponibles en plus grande quantité. Selon Recyc-Québec, les prix de vente des ballots de matières sont de 10 à 25% plus bas que l’an dernier. Les centres de tri qui ont pris la décision d’entreposer les matières en attendant que les prix remontent sont aux prises avec d’importantes quantités de plastique accumulées qu’ils n’arrivent pas à écouler.

Recyc-Québec a mis en place un programme de compensation pour les pertes liées à la baisse des prix de vente pour les centres de tri. La prochaine date limite pour soumettre une demande est le 31 juillet. Environ 100 M$ ont été prévus au budget du gouvernement du Québec afin d’améliorer la gestion des matières résiduelles.

«Une partie de ces sommes serviront à financer la modernisation des centres de tri et à soutenir des mesures ciblées dans le prochain plan d’action quinquennal, dont l’annonce se fera à l’automne, notamment dans le domaine de la création de débouchés et la diminution du recours aux plastiques à usage unique», explique la responsable des communications et des relations médias pour Recyc-Québec, Brigitte Geoffroy. Cette dernière ajoute que le gouvernement favorise la réduction à la source, puisque le déchet le plus facile à gérer est celui qu’on ne produit pas.

Le Québec récupère annuellement plus de 1 million de tonnes de matières, dont 707 000 tonnes de fibres et 46 000 tonnes de plastique. De cette quantité, 80 % sont vendues aux fins de recyclage et 10 % sont valorisées autrement.

SOCIÉTÉ VIA

Au centre de tri de Rivière-du-Loup, la Société VIA confirme qu’elle n’effectue aucun entreposage de matières et assure qu’elle est en mesure de vendre 100% des matières reçues. Habituellement, le tonnage traité par le centre de tri augmente d’année en année, mais une baisse a été observée pour 2018-2019.

  • 2016-2017 : 9701 tonnes métriques
  • 2017-2018 : 9962 tonnes métriques
  • 2018-2019 : 8781 tonnes métriques

Lors de la dernière année, les matières résiduelles triées par la Société VIA à Rivière-du-Loup se détaillaient ainsi : 33% de carton, 31% de papier journal, 8% de plastique, 5,3 % de métal,  3,7 % de verre, et 18,5% d’autres matières qui ne devraient pas se trouver dans la collecte. «On ne contrôle pas l’indice des prix, mais on se distingue grâce à nos ententes avec les municipalités qui nous permettent de pallier aux prix de vente plus bas. Nous avons fait toutes les demandes auprès de Recyc-Québec pour l’aide d’urgence. Nous n’entreposons pas pour le moment, alors il n’y pas lieu d’être de s’inquiéter pour un recours à l’enfouissement», explique la conseillère en communication de la Société VIA, Emmanuelle Tremblay.

MRC DES BASQUES

Le centre de tri de la MRC des Basques reçoit environ 850 tonnes métriques de matières recyclables par année. Elles sont triées, puis mises en ballot et vendues. La capacité de traitement est évaluée à 1 200 tonnes par année, et il en est à 70 % de sa capacité maximale. Le Plan de gestion des matières résiduelles de la MRC des Basques pour 2016-2020 estimait à 1 713 tonnes de matières recyclables qui ont été récupérées en 2013 sur un total de 3 057 générées, soit un taux de récupération de 56%. La MRC a pour objectif d’atteindre un taux de récupération de 70 % des matières recyclables d’ici 2020.

MRC DE RIVIÈRE-DU-LOUP

Selon les données disponibles en 2013, 4 911 tonnes de matières recyclables ont été reçues dans les centres de tri de la MRC. Environ 86% de ces matières ont été récupérées, soit 4 214 tonnes, et 694 tonnes ont été rejetées. La quantité des autres matières récupérées par les industries, commerces et institutions n’est pas documentée.

MRC DE TÉMISCOUATA

La Régie intermunicipale des déchets du Témiscouata créée en 1999, prend en charge la gestion des matières résiduelles sur l’ensemble des 19 municipalités de la MRC du Témiscouata. Le RIDT donne à contrat le traitement et la mise en marché de ses matières recyclables à la Société VIA qui exploite le centre de tri de Rivière-du-Loup. Le bilan des matières résiduelles du secteur résidentiel révélait que sur les 3 534,98 tonnes métriques de matières générées, 2 182,46 tonnes ont été récupérées, et 1 352,52 tonnes, éliminées, pour un taux de mise en valeur de 62 %. Il est aussi prévu par le plan de diminuer l’enfouissement de 10% par rapport à 2013.

 

Publicité

Commentez cet article

Un ou plusieurs champs sont manquants ou invalides:





infodimanche.com se réserve le droit de ne pas publier ou de retirer les propos diffamatoires, obscènes, ainsi que les commentaires discriminatoires, tout comme ceux incitant à la haine ou la violence. Les commentaires anonymes et négatifs feront l’objet d’une analyse sérieuse et d’une stricte modération. De plus, l'écriture phonétique et les messages écrits en lettres majuscules ne seront pas acceptés.

Vous souhaitez commenter cet article ? Faites-le de façon intelligente. Quoique certains internautes se croient à l’abri en publiant des commentaires et en nous donnant de faux courriels, il est très facile de les retracer. En cas de plainte pour diffamation ou menaces, infodimanche.com collaborera avec les autorités en leur remettant les informations desdites personnes.