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7 novembre 2018 - 09:28 | Mis à jour : 9 novembre 2018 - 11:48

Réserve de Parke | Domaine des Quatre Saisons

Un coin de paradis en eaux troubles

François Drouin

Par François Drouin, journaliste

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Pour les habitués de Parke, ce bout de terre situé aux limites du territoire non organisé de Picard à Saint-Alexandre-de-Kamouraska est un véritable coin de paradis. Mais voilà qu'une série d'articles d’Isabelle Hachey publiés dans LaPresse+ met à mal le gestionnaire du Domaine, le grand chef de la Confédération des peuples autochtones du Canada (CPAC), Guillaume Carle, placé au centre d’une série d’allégations incluant l’émission de cartes non officielles de statut autochtone.

Dans une série de textes publiés dans les éditions numériques du jeudi 1er novembre et du mardi 6 novembre, la journaliste met en lumière des témoignages dépeignant le Domaine des Quatre Saisons comme l'un des principaux «projets fictifs» avec lequel le grand chef aurait berné ses propres membres par la vente de parts au cout de 120 $.

C’est Lise Brisebois «Canard Blanc» qui avait été mandatée en septembre 2016 par le grand chef de la confédération pour gérer le Domaine des Quatre Saisons et en faire un lieu de villégiature. Selon la journaliste, Mme Boivert, décédée en juin dernier, et son conjoint Gilles Gagné ont été exclus de la CPAC en septembre 2017. L’organisme aurait été fondé pour défendre les intérêts autochtones vivant hors réserve. La CPAC fait face à de nombreuses critiques l’accusant d’octroyer des statuts d’autochtones qui ne sont pas reconnus par l’Assemblée des Premières Nations et par Ottawa laissant croire aux membres qu’il pourrait bénéficier d’exemptions de taxes.

Les articles font aussi état de tests d’ADN au cout de 250 $ réalisés par une entreprise détenue par M. Carle et qui aurait même permis de retrouver trois souches de tribus amérindiennes chez Mollie… un chien. 

La CPAC, un OBNL, n'est pas reconnue par Ottawa et par l'Assemblée des Premières Nations. Son chef non plus d'ailleurs.

GUILLAUME CARLE

Rejoint mardi après-midi, le grand chef de la CPAC, Guillaume Carle, s’est montré vindicatif à l’endroit de la journaliste de La Presse. Il assure qu’une mise en demeure a déjà été envoyée.

«Je réagis en disant que c’est de la cochonnerie. Ils vont payer. (…) C’est complètement faux ! Il faut qu’elle prouve et elle n’a rien prouvé. Ils vont devoir payer et ça va être en millions», lance M. Carle.

Quant à l’état délabré des lieux, encore là, le grand chef de la CPAC a rejeté les accusations, soutenant que plusieurs personnes assuraient une présence  permanente sur les lieux. Lors du passage d’Info Dimanche le mardi 30 octobre, de nombreux objets jonchaient le sol. De retour dimanche, soit trois jours après la première série de textes de LaPresse+, une corvée de nettoyage avait cours.

MRC DE KAMOURASKA

Du côté de la MRC de Kamouraska, le préfet Yvon Soucy ne cache pas ses préoccupations. S’il y a eu quelques échanges entre la MRC et Lise Brisebois «Canard Blanc» et que cette dernière semblait nourrir de grands projets avec la CPAC, peu d’actions concrètes de développement ont été posées.

«On se désole de ce qu'est devenue la Réserve de Parke. Nous sommes impliqués dans le parc régional du Haut-Pays qui inclut les territoires non organisés. Parke avait été ciblé comme territoire d'intérêt. Il l’est toujours», lance le préfet.

Avant l'arrivée de la CPAC, les bâtiments étaient placés sous l’administration de la Société Reine de la Paix, une organisation religieuse. La MRC qui n'a donc jamais été directement impliquée dans la gestion regrette la décrépitude de plusieurs des bâtisses.

De son côté, le directeur général de la MRC de Kamouraska, Yvan Migneault a regretté l’abandon du développement du terrain depuis la fin de la gestion du territoire forestier par les Malécites de Viger. «À l'époque, les Malécites qui avaient un bail de cinq ans ont vraiment développé et réaménagé le territoire. Ils ont fait des travaux, une véritable remise en valeur des sentiers, un réaménagement, mais depuis, rien ne se fait vraiment.»

La MRC entend donc être activement impliquée dans tout projet de relance du Domaine des Quatre Saisons ne serait-ce qu’en étant associée à la définition de la future identité de la Réserve de Parke. «C’est drôle, car nous en avons parlé avec les maires avant que les articles de La Presse sortent et nous étions unanimes à définir l’avenir de ce territoire-là. Minimalement à titre d’organisme responsable de la planification du territoire, compte tenu de l’intérêt, c’est certain que nous voulons être impliqués. Je suis convaincu que nous pourrions réaliser un beau partenariat avec des organisations qui auraient de l’intérêt», souligne Yvon Soucy.

Pour y arriver, le préfet n’exclut pas que le ministère doive intervenir et peut-être même envisager l’éviction pure et simple de la Confédération des peuples autochtones du Canada du territoire.

MALÉCITES DE VIGER

Rejoint par téléphone vendredi dernier, le grand chef des de la Première Nation Malécite de Viger, Jacques Tremblay, s’est dit profondément déçu de la situation au Domaine des Quatre Saisons, sans toutefois se dire surpris. La réputation de Guillaume Carle ne lui était pas étrangère.

«Au sein des 43 grands chefs, ce nom-là revient constamment. Les cartes… Revenu Québec a été avisé. On dénonce ça, nous sommes contre ça. L’impact sur les Premières Nations est négatif, ça nous ramène en arrière», lance M. Tremblay.

Quant à la Réserve de Parke, le grand chef assure suivre la situation avec beaucoup d’intérêt.

PARKE

La réserve tire son nom de l'arpenteur général du Canada-Uni, Thomas Parke, né en 1793 et décédé en 1864. Elle est située sur le versant droit du bassin du Saint-Laurent, au sud-ouest du lac Morin. On y accède à partir de la route 289.

Elle a notamment accueilli le Centre éducatif forestier de Parke relevant de l’ancien ministère des Terres et Forêts. Le Camp musical de Saint-Alexandre lui a succédé avant de déménager sur son site actuel. Après avoir changé de propriétaires, le Domaine s’est retrouvé aux mains de la Société Reine de la Paix.

Selon la MRC, la CPAC détient les baux liés aux bâtiments, alors que le fond de terrain est toujours la propriété du gouvernement du Québec et du ministère de Ressources naturelles. La MRC gère la route menant au Domaine des Quatre Saisons.

Photo : François Drouin

 

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3 réactionsCommentaire(s)
  • Je confirme l'état de décrépitude des lieux. Lors d'une balade cet été, nous avions prévu aller y faire un picnic. Arrivés sur place, nous avons changé d'idée, le domaine ne semblant vraiment pas rassurant: bâtiment vétustes, traîneries partout, quai en piteux état. On avait presque peur de voir sortir quelqu'un d'un bâtiment avec une carabine pour nous chasser de là. Dommage, car ça a déjà été si beau et tellement agréable.

    Promeneuse - 2018-11-11 13:30
  • Des tests d'ADN réalisés par une compagnie appartenant au grand chef de CPAC (Confédération des peuples autochtones du Canada) ? Ouffff pas surprenant que le nombre d'autochtones a augmenté en vitesse grand V depuis 10 ans. Est-ce vrai qu'avec une carte d'autochtones ils ne paient pas ou peu de taxes ? J'espère qu'une enquête poussée sera faite malgré la mise en demeure et les menaces de ce chef de nation.

    Mamie - 2018-11-07 19:13
  • Ayoye! Y faut pas trop être lucide pour croire à ça des cartes d’indiens!!! Ouf!!

    Petite plume - 2018-11-07 10:19