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23 août 2018 - 06:59

Sur la piste des soldats autochtones disparus

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

Inlassablement, Yann Castelnot de Rivière-du-Loup passe d’innombrables heures à rechercher les traces de soldats autochtones canadiens et américains disparus lors de conflits armés afin de souligner leur sacrifice militaire et de leur rendre hommage. Jusqu’à maintenant, il en a retracé 154 000, dont 18 000 proviennent du Canada.

Pour ses importants travaux de recherche bénévole sur les soldats autochtones ayant servi dans les Forces armées canadiennes lors des deux guerres mondiales, il a reçu en juillet dernier la Médaille du Souverain pour les bénévoles remise par la gouverneure générale du Canada, Julie Payette, puis la Mention élogieuse du ministre des Anciens Combattants à peine quelques jours plus tard.

Mordu d’histoire, Yann Castelnot a grandi à Vimy au nord de la France, où s’est déroulée la bataille de la crête de Vimy en avril 1917, opposant la France et le Royaume-Uni à l’Empire allemand lors de la Première Guerre mondiale. «Il y a plein de petits cimetières militaires près de chez moi. J’ai grandi en plein cœur du lieu de bataille. Mon enfance a été baignée dans les cimetières militaires, et je m’intéressais aux Autochtones depuis que je suis tout petit. J’ai essayé de me renseigner sur les militaires autochtones qui ont combattu lors des deux grandes guerres mondiales, et il n’y avait rien du tout», explique M. Castelnot. Il n’a trouvé que de vagues informations, sans plus, et ne pouvait pas compter sur Internet qui n’en était qu’à ses premiers balbutiements, vers la fin des années 1990.

RECHERCHES

Alors qu’il était encore adolescent, ce féru d’histoire se rendait à des cimetières militaires situés à plus d’une centaine de kilomètres de chez lui pour glaner quelques informations, retrouver une pierre tombale et ainsi poursuivre ses recherches.

«J’ai vu là un filon historique qui n’était pas exploité et qu’il fallait que les gens connaissent. Comme je suis un peu borné, j’ai la tête dure, je me suis accroché à mon idée et j’ai fait de vraies fouilles sur le terrain pour trouver mes informations. J’ai cherché des pierres tombales et des monuments sur le terrain pour retrouver les soldats».

En 2005, Yann Castelnot a immigré au Canada et s’est installé à Rivière-du-Loup. Il a poursuivi ses recherches historiques de manière bénévole, qui n’ont pourtant aucun lien avec sa formation en environnement et son travail à l’usine de Viandes duBreton. De fil en aiguille, de nouveaux conflits armés et des soldats autochtones en provenance des États-Unis se sont ajoutés à ses recherches. De 1492 à aujourd’hui, il estime avoir plus de 500 000 noms à trouver. Il peut compter parfois sur la contribution de vétérans, de descendants, de membres de familles autochtones et de conseils de bande pour l’aider dans ses recherches.

TROUVAILLE MALÉCITE

«Ma plus grosse réussite jusqu’à maintenant, c’est d’avoir pu retracer l’histoire militaire complète du père d’Annie-Rose Paquet, une Malécite de Viger, nommé Thomas Paquet (Abénaki d’Odanak), qui a servi au front et a été porté disparu à Vimy en 1917. J’ai fini avec un dossier de 90 pages. J’ai découvert toute l’histoire militaire de son père, des lettres envoyées et des photos. C’est une histoire qu’elle ne savait pas, puisqu’elle ne l’avait jamais connu. C’était très émotif», explique M. Castelnot. Annie-Rose Paquet est la mère d’Anne Archambault, qui a été Grand Chef de la Première Nation Malécite de Viger de 1999 à 2016. Il souhaite ainsi souligner la mémoire, le sacrifice et l’implication des anciens combattants autochtones, afin d’éviter qu’ils ne tombent dans l’oubli.

«Je veux rétablir les faits historiques et parler de l’histoire autochtone. Celui qui efface son histoire est condamné à recommencer. Il faut travailler ensemble et replacer l’histoire comme il se doit», souligne M. Castelnot. Les données qu’il trouve et compile ne concordent parfois pas avec la version officielle de l’histoire expliquée par le gouvernement du Canada. Lors de la Première Guerre mondiale, le gouvernement estime que 4 000 soldats autochtones ont pris part au conflit, dont 300 morts. Les recherches de M. Castelnot ont permis d’en retracer 6 500, dont 889 sont décédés en service. Une douzaine de Malécites de Viger auraient participé aux deux guerres mondiales, mais ils n’auraient pas tous servi au front, selon M. Castelnot.

Ce dernier est le président de l’Association de recherche des anciens combattants amérindiens, qu’il a fondée en 2002. En 2013, Yann Castelnot a reçu le Jubilé de Diamant de la reine Elisabeth II pour ses travaux. Il est possible de consulter le site web créé par Yann Castelnot au nativeveterans.e-monsite.com.

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