Publicité
8 juillet 2018 - 06:51 | Mis à jour : 17 juillet 2018 - 13:16

l'ile aux Basques

Une ile et son gardien

Francois Drouin

Par Francois Drouin, Journaliste

Twitter Francois Drouin
Toutes les réactions 3

Il y a 500 ans, des Basques chasseurs de baleines se sont arrêtés face à ce qui est aujourd’hui la ville de Trois-Pistoles. Sur une ile longue de deux kilomètres, ils ont conçu à même des pierres trouvées sur place des fours dans lesquels ils ont fait fondre la graisse des cétacés pour en extraire la précieuse huile. Depuis 1929, l’ile aux Basques est protégée, un sanctuaire accessible aux visiteurs.

C’est le maire de Trois-Pistoles, Jean-Pierre Rioux qui en est le gardien. C’est à ce titre qu’il fait la navette quotidiennement entre l’ile et la ville lors de la belle saison. Il est le septième protecteur depuis l’acquisition de l’ile par la Société Provancher d’histoire naturelle du Canada.

    >> Aussi à lire : L'ile au Basques, faire pause hors du temps

Ainsi, six gardiens se sont succédé avant lui. Parmi eux, on remarque Charles Morency qui a occupé le poste pendant 30 ans et Emmanuel Frank qui lui a succédé. Aux côtés de M. Frank se tient son neveu, un jeune homme qui a eu la piqure pour le métier, et dont le rêve sera d’être un jour le gardien de l’ile.

«Dans les années 60, mon oncle avait construit son propre bateau afin de jigger la morue au large, le Fleur de Mai. Il avait tout fait, même les interrupteurs ! J’adorais ce bateau», lance Jean-Pierre Rioux, le neveu en question.

C’est avec ce bateau qu’Emmanuel Frank transporte les visiteurs sur l’ile. «J’étais fasciné par le Fleur de Mai, mais aussi par la façon d’agir de mon oncle, toujours posé.» En 1980, l’heure de la retraite a sonné et c’est Marc-André Bélisle qui devient gardien de l’ile aux Basques. Le Fleur de Mai est à vendre. Le jeune Jean-Pierre Rioux en perd même le sommeil.

«Je ne connaissais rien à la mer, mais je savais que je devais acheter ce petit bateau-là. J’avais trop de souvenirs. J’ai rencontré mon oncle qui avait déjà promis le bateau, mais le futur acquéreur a accepté de me céder sa place.»

Une seule condition est imposée par Emmanuel Frank, le jeune homme devra l’accompagner en mer pendant quelques mois. L’ile aux Basques, l’ile aux Pommes... le jeune homme découvre les moindres recoins de ce bout de fleuve. Il se perfectionne aussi à l’Institut maritime du Québec à Rimouski et il devient capitaine.

En 1990, la Société Provancher est à la recherche d’un nouveau gardien. Jean-Pierre Rioux postule, il est fait pour ce travail, il le sait, c’est comme si c’était inscrit dans les fibres de son corps. Mais… La Société, elle, ne l’entend pas ainsi.

«C’était pour moi, ça faisait partie du rêve qui m’habitait. Mais quelqu’un d’autre a été choisi. Moins d’un an plus tard, le téléphone a sonné, et ils m’ont offert le poste ! Je capotais !» Un emploi qu’il occupe depuis 28 ans et qu’il souhaite encore pratiquer pour les deux prochaines  années.

Au Fleur de Mai se sont succédé le Jean-Philippe, du nom de son fils et aujourd’hui capitaine de l’Héritage I, ainsi que le Léon Provencher, l’actuel bateau qui effectue la navette entre l’ile et la côte.

«Je dois parfois y être dès 6 h le matin et j’en sors parfois en fin de journée. De longues journées, mais je vais vous l’avouer, je n’ai pas l’impression de travailler. L’ile vibre, ça vient te chercher, ça fait appel à ta sensibilité. Tu sors de là énergisé. Tu sais, le général Roméo D’Allaire, un grand homme, y a préparé sa défense !», confie-t-il, les yeux bleus brillants.

Aujourd’hui, si Jean-Pierre Rioux est indissociable de son célèbre béret, il l’est tout autant de «son» ile.

ILE AUX BASQUES

Malgré ses dimensions restreintes, l’ile contient une grande variété de plantes. Elle compte 336 espèces différentes, réparties en 58 familles. Cette diversité s’explique par sa géographie unique, dans une zone de transition de l’estuaire du Saint-Laurent. Les ornithologues ne sont pas en reste puisque l’on y dénombre pas moins de 229 espèces. En regardant au large, en plus des phoques, on peut aussi y apercevoir des marsouins communs et des bélugas.

Quatre sentiers sont proposés aux visiteurs. Deux la traversent d’est en ouest et deux autres du sud au nord. Pour une visite guidée, comptez environ deux heures et demie. Des panneaux, des belvédères vous seront proposés tout au long de votre périple.

SOCIÉTÉ PROVANCHER

Fondée en 1919 par un groupe de passionnés de la nature, la Société Provancher, nommée en l’honneur du célèbre naturaliste, l’abbé Léon Provancher (1820-1892), est un organisme à but non lucratif dont les réalisations reposent sur l’action bénévole. Sa devise : aimer, protéger, agir. Elle a pour mission de contribuer à la conservation de la nature. Ses principaux axes d’intervention sont la protection et la gestion de milieux naturels, l’éducation et la diffusion des connaissances dans le domaine des sciences naturelles. Depuis le 5 juillet 2001, Parcs Canada considère l’ile aux Basques comme étant un lieu historique national.

SÉJOUR ET VISITE

La Société Provancher dispose de trois chalets rustiques sur l’ile. La saison de villégiature débute à la mi-mai et se termine à la mi-octobre. Le plus rustique des trois, le Léon-Provancher, isolé des deux autres, est fait de bois rond et dispose d’un poêle à bois et d’un imposant foyer. Il peut accueillir jusqu’à 10 personnes. Le plus petit, le Rex-Meredith peut accueillir jusqu’à 4 personnes. Le Joseph-Matte, chalet voisin, peut accueillir jusqu’à 16 personnes en deux dortoirs. Ces deux chalets sont situés non loin du site de repos du phoque gris, plus à l’ouest de l’ile.

Toutes les réservations de chalet doivent s’effectuer par l’entremise du site Airbnb. Les personnes intéressées à visiter l’ile doivent réserver au 418 851-1202 ou par courriel au [email protected] Vous pouvez aussi vous informer sur les tarifs et les heures de traversées via le site Internet, au www.provancher.qc.ca.

 

Publicité

Commentez cet article

Toutes vos réactions

3 réactionsCommentaire(s)
  • Félicitations pour ce magnifique portrait du capitaine Rioux et de l'île aux Basques.

    Réhaume Courtois - 2018-07-10 20:27
  • Une belle entrevue Jean-Pierre....tu ne changes pas...depuis que je vis à Sainte-Julie je m'ennuie des gens, mais ce qui me manque le plus c'est le fleuve avec tout ce qu'il me donnait m'offrait, ces airs froids, ces airs salins et ses effluves de varech, ses couchers de soleil différents mais toujours aussi magnifiques, ses tempêtes d'automne et de printemps qui brisent tout mais qui me faisait apprécier le calme d'une marée haute et calme comme de l'huile. Je reste attachée à mon coin de Pays le BSL...
    Bon été Jean-Pierre.

    Monique Gagnon - 2018-07-08 22:23
  • Quel excellent article sur l'île et son gardien! Un très bon portrait qui donne le goût d'y aller ou d'y retourner

    Jean Tremblay - 2018-07-08 21:15