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29 janvier 2022 - 06:56 | Mis à jour : 07:04

«Je veux qu’ils aiment ce qu’ils font, c’est ça le plus important»

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

Twitter Marc-Antoine Paquin

Une page se tournera bientôt dans le milieu de l’athlétisme à Rivière-du-Loup, alors que le fondateur et entraineur-chef du Club Filoup, Marcel Gagnon, passera le flambeau afin de relever de nouveaux défis ailleurs au Québec. Pour l’occasion, Info Dimanche s’est entretenu avec celui qui a passé plus de 18 ans à développer le sport dans les régions de Rivière-du-Loup et du Kamouraska et qui laisse tout un héritage pour l'avenir. 

LE «CLUB FIL-OUP!» A ÉTÉ FONDÉ AU DÉBUT DES ANNÉES 2000. QUE TE SOUVIENS-TU DE CETTE ÉPOQUE?

«Je suis revenu dans la région en 2002, la même année que les Jeux de la Francophonie canadienne. En 2003, [le maire] Jean D’Amour m’a invité à venir le rencontrer à son bureau et on a parlé près d’une heure. Je suis parti de là et j’ai monté un club peu à peu. L’aventure a officiellement débuté en avril 2004. Au début, c’était un club de course à pied pour les adultes. Puis, quelques jeunes se sont présentés, les enfants des adultes, aussi. Le club s’est bâti tranquillement avec la volonté de donner aux jeunes les outils nécessaires pour progresser dans le plaisir. Ce n’est qu’en 2006 que nous avons commencé à faire de la compétition et on a continué comme ça. En 2011-2012, j’ai eu 252 athlètes dans l’année, grâce à un programme sur les saines habitudes de vie dans quelques municipalités de la région. C’était énorme, un sommet. Aujourd’hui, nous avons un programme Sport-études et le groupe compétitif est formé d’une quarantaine d’athlètes qui performent sur les scènes régionales et nationales.» 

QU’EST-CE QU’IL REPRÉSENTE POUR MARCEL GAGNON, LE CLUB FILOUP ? 

«C’est ma deuxième famille, une famille que j’ai bâtie depuis 2003, étape par étape. Parfois, ç’a viré carré et c’est normal. L’important, ç’a toujours été d’aller vers l’avant et de ne jamais perdre la prémisse initiale : faire découvrir l’athlétisme et la course sur route. Je suis fier de ce qu’on a accompli. Quelque part, mon seul bémol, c’est que plusieurs personnes pensent encore que l’athlétisme, c’est uniquement de la course. Pourtant, j’ai eu d’excellents sauteurs, d’excellents lanceurs. Ça me tracasse toujours un peu qu’on mette de l’emphase sur la course alors que l’athlétisme, c’est vraiment quatre groupes-épreuves.»

TU ESTIMES AVOIR ENTRAINÉ ENVIRON 1 500 ATHLÈTES. Il Y A LÀ TOUT UN DÉFI…

«Oui. C’est aussi une brochette importante de personnes âgées entre 5 et 71 ans. Évidemment, ça s’est fait avec des approches différentes, des programmes différents. J’ai toujours dit qu’il fallait que j’invente ou réinvente les façons de faire à Rivière-du-Loup. Par exemple, on n’a jamais eu de tapis de perche. Mais ça ne m’a jamais empêché de mettre des perchistes sur la carte un petit peu. Je m’arrangeais avec les tapis de saut en hauteur qu’on avait et je m’organisais pour que tout soit le plus sécuritaire possible et que personne ne se blesse. Il y avait un moyen d’apprendre la perche en région, et je crois que j’ai bien réussi à ce niveau-là.»

SUR LE PLAN PERSONNEL, Y A-T-IL DES MOMENTS MARQUANTS? DES SOUVENIRS QUI TE SONT CHERS? 

«Avoir la chance d’être sélectionné sur des équipes Québec, ç’a toujours été une belle reconnaissance et quelque chose de plaisant. En plus, pour les matchs intérieurs contre l’Ontario, le Québec était toujours victorieux, alors ça ajoutait au plaisir [Rires]. Je pense aussi à un voyage en Alberta pour les Jeux de la francophonie et à trois compétitions à Hershey, en Pennsylvanie, avec des jeunes de 9 à 14 ans. Ce sont vraiment de bons souvenirs. Il y a plusieurs autres événements aussi, dont certains auxquels je n’ai même pas assisté. Quand le sexagénaire Yvon Ouellet, de Saint-Alexandre, a participé aux Canadian Masters Athletics Indoor Championships ou encore quand Benjamin Ouellet, de Saint-Pascal, est allé en Arizona. Je n’étais pas là avec eux, mais ça reste des moments forts.»

QUEL EST TON OBJECTIF COMME ENTRAINEUR? 

«Comme entraineur, le but c’est toujours que les athlètes aient du plaisir, surtout au début, lorsqu’ils doivent se découvrir. Plus tard, dans l’adolescence, ils ont le choix de vouloir performer et de faire de la compétition. Si c’est ce qu’ils veulent vraiment, je suis là pour les accompagner et travailler avec eux […] Pour moi, les performances ne m’ont jamais motivé, c’était plutôt de voir ce que les athlètes font par la suite. Je veux qu’ils aiment ce qu’ils font –  c’est ça qui est important – , et qu’ils se développent. Je me demande toujours : «Qu’est-ce que je peux faire pour leur amener quelque chose de bien, que ce soit dans le sport ou dans la vie en général?». Quand je vois où ils sont rendus professionnellement, qu’ils aiment ce qu’ils font et qu’ils font toujours du sport, ça me rend heureux. C’est vraiment ça le plus important.»

QUAND UN ATHLÈTE RÉUSSIT SUR LA PISTE, COMMENT RÉAGIS-TU?

«Les premières années, jusqu’en 2012 environ, j’étais assez expressif merci. Si tu appelles à la Fédération québécoise d’athlétisme, ils vont sans doute te décrire Marcel comme le gars qui crie tout le temps sur le bord de la piste. [Rires] En compétition, je dis à mes athlètes que je suis là en cas de besoin, mais que je suis surtout un spectateur. Au début, j’essayais de donner des indications, mais ça en donnait aussi aux autres, alors j’ai arrêté ça, j’ai appris. Les temps n’ont pas beaucoup d’importance pour moi. Mon rôle, c’est d’être leur supporteur et de les encourager au maximum. Quand une super performance arrive, c’est possible que je saute dans les bras de mes athlètes. On va ensuite fêter ça avec un repas après la compétition.»

TU ES ENCORE EN CONTACT AVEC CERTAINS D’ENTRE EUX, NON? 

«Je garde contact avec plusieurs athlètes grâce aux réseaux sociaux et quand je vois des nouvelles passer sur eux, je trouve ça vraiment le fun. Parfois, j’apprends qu’ils sont devenus parents et je me dis qu’il y a de la relève. Ça me fait sourire. Ça arrive aussi que certains m’écrivent ou m’appellent parce qu’ils ont des questions, même au niveau personnel. Je les écoute et les aide à trouver la réponse. Je crois être un ami pour plusieurs et j’essaie encore aujourd’hui de leur donner l’heure juste […] Si j’ai pu amener un aspect un peu familial dans tout cela, je suis bien content.»

COMMENT SE POSITIONNE LE CLUB ACTUELLEMENT AU QUÉBEC? 

«Pour moi, il est bien positionné. Dans l’Est-du-Québec, je crois humblement, et sans rien enlever aux autres, qu’il est le meilleur. Certains sont en reconstruction, d’autres commencent à percer, mais si on parle du niveau actuel, nous sommes là. Pour moi, il fait partie des 15 meilleurs clubs au Québec au niveau des 18 ans et moins. Je pense aussi qu’il est respecté […] Quand j’arrivais sur une piste, les gens venaient me voir pour jaser, prendre des nouvelles et me demander si de nouveaux talents allaient être de la compétition. Quelque part, ça me dit que les gens associent le club à la réussite et ils s’informent parce qu’ils s’attendent à ce que quelques athlètes sortent du lot.»  

TON DÉPART ÉTAIT UN SECRET DE POLICHINELLE POUR PLUSIEURS. DANS QUEL CONTEXTE QUITTES-TU LE CLUB FILOUP? POURQUOI GATINEAU? 

«La réponse est simple : la famille de ma conjointe habite cette région du Québec et nous y possédons une maison. La décision de partir était prise depuis un moment, mais il restait à déterminer le moment précis. C’est aussi personnel dans le sens où j’ai toujours dit qu’au moment où je n’avais pu autant la flamme pour continuer à faire avancer le club, que j’allais passer le flambeau à d’autres. Actuellement, je ne vois plus comment je peux faire plus ici, mais avant de partir je voulais vraiment m’assurer d’avoir la personne en place et un conseil d’administration fort. C’était essentiel. Je voulais m’assurer de laisser le club entre de bonnes mains et j’ai cette certitude maintenant.»

TU AS CONFIANCE EN L’ÉQUIPE QUI TE SUCCÈDE? 

«Absolument, je pars l’esprit en paix. Karyn Thibault a les qualités pour être appréciée des athlètes. Elle a beaucoup d’écoute et c’est quelque chose de très important. Puis, avec un kinésiologue comme Charles-Étienne Poirier, qui veut vraiment apprendre, je pense qu’ils vont former une bonne équipe. Pour eux, ce sera de mettre ça à leur main et ne pas garder ça «comme c’était avec Marcel». Ils ont leur propre manière d’agir et ils auront leurs propres opportunités. Je serai aussi toujours là, que ce soit pour les coachs ou le conseil d’administration. Je vais toujours être là s’ils ont besoin, et le téléphone ne sera jamais bien loin.» 

LE CLUB DE RIVIÈRE-DU-LOUP N’EST DONC PAS UN ADVERSAIRE, DORÉNAVANT? 

«Pas du tout! [Rires] La première chose que je vais faire sur une piste, ce sera d’aller voir mon ancienne gang. Mon lien avec Rivière-du-Loup va toujours être présent. Je vais continuer à avoir le développement des jeunes d’ici à cœur. Je ne m’en vais pas à Gatineau pour battre Rivière-du-Loup, ce n’est pas du tout ça. Le but, c’est – et ce sera toujours – de permettre aux jeunes d’atteindre leur potentiel.»

MARCEL GAGNON, PLUS QU’UN ENTRAINEUR SPORTIF 

Marcel Gagnon estime avoir entrainé plus de 1 500 athlètes, jeunes et moins, dans la pratique de l’athlétisme et de la course à pied. Certains d’entre eux ont profité de ses encouragements et de ses conseils pour sauter à pieds joints dans le sport et progresser jusqu’au niveau élite. Voici le témoignage de quelques athlètes qui ont brillé sur la scène universitaire et pour qui Marcel Gagnon a eu un impact positif inestimable.  

Béatrice Ouellet, Rouge et Or de l’Université Laval 

«S’il y a une chose que Marcel a accomplie à merveille dans sa carrière d’entraîneur auprès des athlètes Fil-Oup, c’est de nous transmettre sa passion contagieuse pour la course à pied. Au-delà de nous amener à la performance, il a réussi à nous transmettre son amour inconditionnel pour la course et à nous donner envie de pratiquer ce sport dans le plaisir toute notre vie. Si je suis la sportive, ergothérapeute et étudiante au doctorat que je suis aujourd’hui, c’est entre autres parce qu’en m’entraînant avec Marcel, j’ai appris l’importance de la détermination, de la discipline, de la persévérance et surtout du travail d’équipe. Merci Marcel de m’avoir si bien accompagnée et je te souhaite le meilleur en Outaouais.»

Alexandre Lebel, Carabins de l’Université de Montréal 

«Marcel a su me transmettre sa passion pour l’athlétisme, moi qui n’étais pas un grand sportif avant de le rencontrer. Il sera toujours pour moi un modèle d’implication pour la jeunesse louperivoise. Il a toujours su cibler les meilleures qualités de ses athlètes afin de les mettre à profit. Marcel fait bien plus que s’occuper de la forme physique de ses athlètes. Il a joué pour moi le rôle d’une lumière m’éclairant la voie à travers les difficultés de l’adolescence. Il m’a toujours dit: «Tant que tu as du plaisir à courir, tu vas aller loin». C’est encore cette phrase qui me motive tous les jours à pratiquer ce sport malgré mon horaire chargé en médecine. Bref, Marcel sera toujours un pilier pour le développement de l’athlétisme chez les jeunes au Québec, le seul dont on peut entendre la voix à 200 mètres de distance.»

Alexandro Allison-Abaunza, Rouge et Or de l’Université Laval 

«15 ans plus tard, ce n’est ni les médailles ni les podiums que je chéris. Ce sont les souvenirs. Les retours de Montréal à 2-3 heures du matin après avoir jasé durant tout le trajet. Pleurer dans ses bras après certains échecs, et aussi sauter dans ses bras après une victoire. Les entraînements les soirs de semaine en haut des estrades du Centre Premier Tech. Animer avec lui les entraînements destinés aux plus jeunes. On dit souvent que les entraîneurs ont un effet positif sur le développement des enfants et des adolescents. Dans mon cas, je crois qu’il faut plutôt parler d’un catalyseur. Si je suis le jeune adulte que je suis aujourd’hui, c’est probablement parce qu’il fait partie des modèles qui m’ont montré le dévouement, la résilience, et surtout la passion! Bonne chance à Gatineau, et on se voit bientôt sur la piste!»
 

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