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Proche aidance : devenir les yeux de sa mère

durée 21 novembre 2022 | 06h56
  • Lydia Barnabé-Roy
    Par Lydia Barnabé-Roy

    Journaliste de l'Initiative de journalisme local

    Dans une pièce dessinée et conçue par son père, son amoureux et elle-même, Isabelle Rioux se dévoile, tasse à la main, visage mi-éclairé par une lampe de vitrail. Plus le temps avance et plus la luminosité extérieure s’assombrit, mais la pièce, elle, reste éclairée par l’amour qu’elle porte à sa mère qu’elle aide au quotidien.

    «Je suis tombée dans la proche aidance sans trop m’en apercevoir», confie Isabelle Rioux. La femme âgée de près de 65 ans a aussi été proche aidante pour son père et son frère qui est maintenant en résidence à Rivière-du-Loup. Le devenir a été tout naturel pour elle, puisqu’elle était auxiliaire et préposée à domicile de métier. Ainsi, la proche aidante s’est mise à donner des soins à sa mère âgée de 90 ans, Monique Rioux, en prenant ses rendez-vous à l’hôpital, en l’accompagnant lors des visites, en s’occupant de sa paperasse, en payant les comptes, en entretenant la maison, en cuisinant, notamment.

    Malgré son expérience avec les personnes âgées qui l’aide à assumer son rôle, le quotidien avec sa mère diffère de ce qu’elle vivait lorsqu’elle travaillait. «Ce n’est pas juste de tenir compagnie, c’est de s’assurer qu’elle ait les bons soins de santé, qu’elle soit en sécurité tout le temps, qu’elle ait les bons équipements», soutient Mme Rioux. Avec sa mère, il n’y a aucune coupure, les soins sont continus, elle la voit toute la journée comparativement aux ainés auxquels elle donnait des soins auparavant. Elle n’a aucun moment pour elle, devant sans cesse surveiller sa mère à risque de chutes en raison de sa dégénérescence maculaire. Graduellement, Monique Rioux perd la vue.

    «C’est comme avoir un enfant. Je n’étais plus une maman à temps plein, mes enfants sont grands; ils ont 30 ans et 33 ans. J’étais une mère libre, car ils sont très indépendants, autonomes, débrouillards et intelligents. […] J’ai vraiment eu l’impression de retomber mère au foyer», explique la proche aidante en imageant qu’elle avait l’impression de devenir mère de sa mère. Chacune a dû réapprendre à vivre ensemble après des années à être chacune de leur côté. «Ça m’est arrivé souvent d’avoir envie de tout laisser et de me dire : "Qu’est-ce qu’est devenue ma vie?". Je me suis souvent sentie prisonnière», laisse-t-elle tomber. 

    Elle s’est souvent sentie coupable aussi. Ce sentiment de culpabilité, mentionne Mme Rioux n’est pas étranger à la condition des proches aidants. Elle en ressent souvent les effets lorsqu’elle décide d’aller à son yoga ou d’aller souper chez des amis, par exemple, à la place de toujours rester avec sa maman. Lorsqu’elle se consacre un tant soit peu de temps, elle ne se trouve jamais vraiment dans le moment présent, son esprit restant toujours dans la maison avec sa mère, étant toujours préoccupée de son état.

    UN RÔLE IMPORTANT

    «C’est énorme être proche aidant, mais en même temps c’est quelque chose de très nourrissant, très enrichissant, très valorisant aussi», commente-t-elle. Elle croit que ce rôle humain où leurs situations mère-fille sont inversées est le juste retour du balancier, créant ainsi un équilibre. Plus jeune, sa mère s’est occupée d’elle, aujourd’hui Mme Rioux affirme que c’est à son tour de le faire. «On tasse bien des choses de côté. On tasse cette liberté. Ce n’est plus la même. Mais en même temps, je me rapproche de ma mère», se réjouit-elle. Isabelle Rioux mentionne que pour exercer la proche aidance il faut beaucoup d’amour et d’humilité. La femme a aussi l’impression de faire sa part dans la société et d’être utile, vu le manque de personnel partout.

    Être à la maison, sur le bord du fleuve et près de la nature en s’occupant de sa maman vieillissante est normal pour la proche aidante. Ce geste permet à sa mère d’être paisible et d’être traitée tout en douceur. «Tantôt on voyait un vol d’oies, je lui ai dit : "Ah maman, vient voir! Il y a plein d’oies qui passent." Elle ne les voit pas, elle ne les voit pas, répète-t-elle, c’est triste».

    C’est alors qu’elle lui a signifié de regarder dans sa tête et de voir les oies. «Tu en déjà vu, tu le sais ce que c’est un beau vol d’oies. Ferme-les yeux et regarde», l’a-t-elle empressée. Ainsi, « pour elle qui perd la vue, c’est moi qui deviens ses yeux», livre la proche aidante en souriant. Tous les jours, elle relate la beauté qu’elle perçoit à l’extérieur pour sa mère afin de l’empêcher de se sentir isolée face à sa vue qui la délaisse. Les couchers de soleil, la pleine lune au-dessus du fleuve, la lumière qui reluit lui l’eau font partie de leur quotidien. Isabelle Rioux a aussi installé des mangeoires à oiseaux assez près des fenêtres afin que sa mère puisse observer les mésanges qui s’y nourrissent.

    Elle estime que ces nouvelles façons d’observer, de passer le temps, de vivre permettent à sa maman d’apprécier davantage sa vie actuelle :«C’est ça aussi prendre soin, c’est de savoir comment la nourrir elle.» Ensemble elles ont appris et continuent de découvrir de petits plaisirs de la vie. Au quotidien, elles se créent des bonheurs faciles afin d’apprécier chaque seconde à leur juste valeur et garder en mémoire tous ces souvenirs de famille qui se tissent à chaque parole prononcée.
     

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