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27 février 2022 - 06:58

Fermetures et incertitudes dans les cabanes à sucre

Mario Pelletier

Par Mario Pelletier, Journaliste

La pandémie a frappé durement les cabanes à sucre au cours des deux dernières années et 2022 s’annonce incertain pour plusieurs d’entre elles. Info Dimanche a voulu savoir les intentions de quelques propriétaires avec la saison des sucres qui approche pour découvrir que les mesures sanitaires ont causé des dommages irréversibles pour certains et rendent encore très prudent d’autres acériculteurs.

Le gouvernement du Québec a annoncé que les salles à manger pourraient accueillir à pleine capacité les clients à compter du 14 mars. De plus, le passeport vaccinal ne sera plus exigé à cette même date. Malgré ces allègements, les propriétaires de cabanes à sucre servant des repas hésitent avant de confirmer une réouverture à cet effet. Ceux à qui Info Dimanche a parlé ont mentionné attendre encore quelques semaines avant de prendre une décision.

À L’Isle-Verte, l’Érablière Saindon sur le Chemin du Coteau des Érables avait l’habitude tous les printemps d’accueillir de nombreuses personnes pour le diner et pour se sucrer le bec avec de la tire sur la neige. «Avec la COVID, ce fut très difficile et nous avons décidé de mettre fin à nos opérations», a mentionné Daniel Saindon, l’un des membres de cette famille qui opérait la cabane à sucre en location.

«C’était compliqué de faire de la sollicitation pour vendre nos produits au marché du détail, nous arrêtons tout, même la production de sirop d’érable puisque nous n’avions pas de quota», a-t-il précisé. Selon M. Saindon, dans un rayon de 10 kilomètres de sa cabane à sucre, quatre propriétaires ont décidé également de ne pas rouvrir ce printemps.  

Un autre acériculteur dans une municipalité de la MRC de Rivière-du-Loup, qui a préféré garder l’anonymat, nous a confirmé également qu’il a fermé sa cabane à sucre à cause de la pandémie. Maintenant, il fait juste du sirop d’érable en vrac (en baril) qu’il vend par l’entremise de la Fédération des producteurs et productrices acéricoles du Québec. Toutefois, sa décision n’est pas irréversible, il attend de voir comment ça va aller dans l’avenir.

CERTAINS SONT OPTIMISTES

Certains propriétaires de cabanes à sucre sont prudents et attendent de voir si la situation des mesures sanitaires reste stable et qu’il n’y ait pas de retour en arrière. C’est notamment le cas de l’Érablière des Frères Chouinard à Saint-Juste-du-Lac. Nicole Dubé Chouinard s’est faite la porte-parole de l’entreprise familiale : «On est en train d’analyser tout ça, on espère. On suit la situation de près et on va prendre une position officielle au début du mois de mars. On est optimiste si ça continue d’aller comme ça.»

Mme Dubé Chouinard a expliqué qu’il y a des éléments positifs mais que l’ouverture de la cabane à sucre nécessite aussi le retour des employés et la collaboration des enfants. «Il y a de l’espoir», a-t-elle lancé. Dans les années précédant la pandémie, la cabane à sucre pouvait accueillir jusqu’à 75 personnes pour le repas. «Maintenant, ce sera probablement 50 au maximum», a-t-elle précisé. À l’extérieur du bâtiment, on prévoit que les parties de tire d’érable sur la neige auront lieu les fins de semaine et avec réservation sur semaine. «Mais il ne faudrait pas que ce soit trop exigeant (mesures sanitaires)», a conclu Mme Dubé Chouinard.

LES REPAS À EMPORTER POPULAIRES

Mélanie Moreau est à la barre de l’Érablière Miclerc de Témiscouata-sur-le-Lac. Elle également souhaitait attendre un peu avant de prendre une décision quant à la réouverture de sa cabane à sucre pour les repas. «Je ne dis pas oui, mais ça regarde pour être positif», a noté Mme Moreau dans un premier temps. Quelques jours plus tard, elle communiquait avec Info Dimanche pour annoncer que les dîners à la cabane à sucre seront de retour à partir du 18 mars sur réservations.

L’an dernier, l’Érablière Miclerc a préparé presque 3 000 repas à emporter, une formule qui s’est avérée gagnante dans les circonstances. «Le takeout, on est les seuls au Témiscouata qui ont fait ça», souligne-t-elle. Selon l’acéricultrice, la pandémie n’a pas eu que du négatif, elle a aussi incité davantage les gens à acheter local.

Le Domaine Acer à Auclair n’a pas de salle à manger mais l’entreprise spécialisée dans les vins de sève d’érable et les produits fins organisait aussi par le passé des parties de tire d’érable sur la neige. «On est en réflexion à cet effet», a mentionné Nathalie Decaigny.

Sur le site web bassaintlaurent.ca, on y dresse une liste des cabanes à sucre présentes sur le territoire. Dans la très grande majorité des cas, elles se sont tournées seulement vers l’achat à l’érablière des produits de l’érable. Certaines ont également mis en place un mode d’achat en ligne et seulement quelques-unes offrent des repas à emporter.

EN MODE COLLABORATION

À la Cabane à sucre Jocy de Saint-Modeste, Joanie Morais et Yves Roy ont choisi de garder la formule de 2021 avec des repas à emporter et un site web transactionnel. «Pour des repas à la cabane, nous n’avons pas la main-d’œuvre nécessaire, donc il n’y en aura pas», a mentionné le propriétaire. M. Roy a précisé que les boites-repas, une formule instaurée l’an dernier en collaboration avec Cynthia Émond de l’entreprise Tout sous un même chef à Rivière-du-Loup, seront à nouveau disponibles avec le menu «Ma cabane à emporter». Mme Émond agit comme traiteur pour concocter les repas. Cela permet également d’offrir à la clientèle deux points de réception des boites-repas et des commandes de produits de l’érable.

La tire d’érable sur la neige sera de retour toutes les fins de semaine à la Cabane à sucre Jocy. Yves Roy a ajouté qu’il se déplace régulièrement pour cette activité, notamment dans les écoles, à des évènements et pour des entreprises. «On était présent à la fête de la pêche sur la glace à L’Isle-Verte et on va aussi à l’accélération de motoneiges à Saint-Antonin», a-t-il précisé.

PORTRAIT ACÉRICOLE

Les cabanes à sucre, formules repas ou tire sur la neige, ne représentent qu’un petit nombre des entreprises acéricoles. On les estimait avant la pandémie à moins de 10 % des producteurs acéricoles du Bas-Saint-Laurent, la très grande majorité des acériculteurs vendent leur production de sirop d’érable en vrac (en baril) par l’entremise de la Fédération des producteurs et productrices acéricoles du Québec.

Le Bas-Saint-Laurent est la deuxième région productrice de sirop d’érable en importance au Québec avec ses 9 500 000 entailles et ses 554 producteurs. La moyenne d’entailles d’une érablière au Québec est de 5 000, ici au Bas-Saint-Laurent elle est à 15 000 entailles. Il y a beaucoup de producteurs qui ont entre 60 000 et 100 000 entailles, même certains encore plus.

 

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