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9 septembre 2020 - 11:27 | Mis à jour : 14 octobre 2020 - 12:01

Pique-nique au Club Appalaches : 10 ans déjà

C’est bien le 18 septembre 2010 que fut tenu ce pique-nique mémorable dans cette partie de la forêt publique des Basques, occupée par Club Appalaches. Couvert par les médias régionaux, l’évènement fut organisé par la mairesse de St-Médard, Maryse Labrie, en collaboration avec les maires de Ste-Françoise, Simon Lavoie et de St-Mathieu, Réal Côté.                             

Cette manifestation populaire profita également de la présence et le soutien du préfet Bertin Denis et ce, malgré que ce dernier ait reçu par lettre d’avocat, datée du 15 juin 2010, une mise en demeure exigeant l’annulation de cette «activité d’envergure» qui «pourrait effaroucher les animaux» de cette forêt publique…

La Cour d’Appel du Québec avait conclu, le 25 août 1999 que Club Appalaches «détient des droits réels de chasse et de pêche perpétuels et exclusifs» sur ce territoire, en forêt publique des Basques (environ 150 km carrés. Malheureusement pour les citoyens ordinaires, le gouvernement du Québec, alors dirigé par Lucien Bouchard, n’a pas fait appel à la Cour Suprême du Canada.

On comprend également de ce jugement que Club Appalaches détient des droits de superficie, pour maintenir dans ces lieux, les 8 «abris forestiers», autrefois aménagés par Brown corporation.

Par ailleurs, ce jugement de la Cour d’Appel consacre le droit d’accès et de circulation du public : «Les citoyens ont un égal droit d’accès au territoire pour y pratiquer d’autres activités que la chasse et la pêche… Club Appalaches a exercé des contrôles incompatibles avec le libre accès du public au territoire en litige… il y a donc lieu d’intervenir pour que cessent ces entraves (barrières & gardiens-contrôlants). Club Appalaches ne saurait limiter l’accès au domaine public.»

Pourtant, 21 ans plus tard, la barrière au poste d’accueil de St-Mathieu est toujours présente; certes, elle est levée mais aussi intimidante pour quiconque entre sur ce territoire en se demandant si elle sera descendue lors de son retour : n’y a-t-il pas là un outrage au tribunal?

De 1955 à ce jour, Club Appalaches a reçu des appuis politiques importants, à commencer par celui de John Samuel Bouque, député de Sherbrooke de 1935 à 1960, ministre notamment des Terres et Forêts en 1956 dans le gouvernement de Maurice Duplessis; à cette époque le patronage était aussi pratiqué que la religion…

Le très influent Guy Chevrette, diplômé en 1960 de l’Université de Sherbrooke, a lui aussi protéger les droits exclusifs du Club Appalaches, en rejetant le 14 novembre 2001 la demande d’André Leblond, alors préfet de la MRC des Basques, qui réclamait l’expropriation de ces droits exclusifs. Pourtant, environ 60 % de toute la forêt publique des Basques est «occupée» par Club Appalaches, cela laisse peu d’espace aux citoyens ordinaires, amateurs de chasse & pêche.

Même nos élus régionaux, les préfets des MRC des Basques et de Rivière-du-Loup ont finalement courbé l’échine et signé une entente secrète avec Club Appalaches, et cela au nom d’intérêts supérieurs pour la région : le développement du parc éolien Nicolas-Riou; il semblerait qu’en politique, il faut faire des compromis et parfois même, des compromissions…Il est vrai que Club Appalaches s’était d’abord farouchement opposé à cet important projet, causant ainsi des retards intolérables. Quelqu’un au dossier a eu la brillante idée de transformer l’adversaire en partenaire : les retards furent rattrapés et les fruits de l’éolien ont été vite partagés : dès la première année : plus de 6 000 000 $ à partager entre 11 ou 12 partenaires dont Club Appalaches qui finalement, gagne sur toute la ligne : droits exclusifs incontestables, pérennité financière assurée et plus personne ne prononce le mot expropriation; on ne va pas exproprier un partenaire… la forêt publique du Québec déclubée en 1978 sauf pour la région des Basques qui demeure figée au moyen-âge… 

Jean-Jacques Vien, autrefois notaire.

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