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8 août 2020 - 06:59

Victor Pelletier : rêver en couleurs

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

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Après plus d’une trentaine d’années à restaurer et à accorder des pianos un peu partout dans la région, Victor Pelletier s’est affairé au cours des derniers mois dans son atelier de Saint-Alexandre-de-Kamouraska à redonner vie à un piano à queue Steinway & Sons CD 121 de 1893, qu’il qualifie lui-même de chef d’œuvre d’ingénierie.

Sur les murs de son atelier, des dizaines de tablettes faites de bois de piano côtoient les œuvres d’art de toutes sortes et tiennent compagnie aux outils de réparation, bien déposés sur leurs supports. Au centre de ce petit univers trône la pièce maitresse qui détonne un peu dans ce décor, un piano à queue qui attend son retour sur les planches d’une grande scène.

Afin de lui redonner son lustre d’antan, M. Pelletier a complètement démonté le mécanisme afin de réparer la table d’harmonie craquelée, de changer les cordes et d’apporter des améliorations esthétiques pour camoufler des trous de vis, notamment.

«Tous les Steinway ne sonnent pas pareil. Chaque piano a une personnalité et a son propre caractère. On s’attache à ce piano. Il est très généreux, très équilibré et il a une projection extraordinaire. Chaque fondamentale est plus présente, plus vraie, moins timbrée », illustre-t-il, en appuyant fermement sur les touches de l’instrument centenaire pour faire résonner ses entrailles. L’acoustique de l’atelier est toutefois loin de rendre justice à une telle richesse sonore.

Victor Pelletier explique que tout le périmètre de ce piano est construit en une seule pièce en usine, alors il s’autogère afin de maintenir la tension sur les cordes. L’instrument appartient à son ami accordeur de pianos Michel Pedneault du Lac-Saint-Jean qui est aussi responsable de l’entretien des instruments du Domaine Forget. Il se trouvait auparavant chez des religieuses à Chicoutimi. La dernière trace d’un travail de restauration effectué sur cet instrument remonte à 1930. «Il est bien en vie partout, la structure est bien faite. Le bois était oxydé et il y avait des craques dans la table d’harmonie. Je dirais que j’ai réussi à tout corriger à environ 95 % […] J’ai travaillé deux mois pour réparer la table d’harmonie. Ç’a pris sept semaines, et une semaine pour la finition. Je ne me suis pas ennuyé du tout pendant le confinement », ajoute M. Pelletier. Selon lui, les cordes d’un piano à queue doivent être changées à tous les 60 ans. «Des fois, dans un piano droit, ça fait plus de 120 ans que les cordes sont là, et 30 ans qu’elles sont finies. Quand les cordes sont rendues à 80 ans, ça commence à être étiré et la structure n’est pas aussi solide qu’un piano à queue. C’est plein de compromis […] Si j’étais millionnaire, je m’achèterais un piano à queue de concert», explique-t-il.

SUIVRE SES RÊVES

Bien qu’il ait une passion pour la musique de longue date, Victor Pelletier ne se dirigeait pas vers le métier d’art de la restauration de pianos. Ce n’est qu’à 28 ans qu’il a découvert sa vocation, alors qu’il prenait des cours de musique en tant qu’auditeur libre au Conservatoire de Rimouski dans les années 1980.  «Je rêvais en couleurs à ce que je voulais faire. Je me suis aperçu tout de suite qu’on avait besoin de changer les cordes dans les vieux pianos. J’ai vu un piano qui avait été restauré par André Bolduc et je me suis dit que c’est ce que je voulais faire. Il m’a encouragé et je me suis inscrit à ses cours à Saint-Irénée, au Domaine Forget dans l’atelier de lutherie. C’est là que je me suis lié d’amitié avec Michel Pedneault.»

Il a d’abord commencé par accorder des pianos, puis il s’est lancé dans la restauration de ces instruments. «Le premier que j’ai fait, c’est le mien, en 1984, l’année de la naissance de ma fille. J’ai arraché les cordes et j’en ai mis des neuves […] Je suis né sur une ferme. Quand on s’en va sur le chemin de la vie, il ne faut pas se fier sur les autres pour se servir, j’ai pris le marteau. Je n’ai pas eu peur de m’écraser les doigts et de me salir. J’ai construit ma maison moi-même», raconte Victor Pelletier.

L’accordeur, restaurateur de pianos et compositeurs tirera sa révérence progressivement, maintenant âgé de 67 ans. Après près de 40 ans à réparer des pianos, l’heure est venue de penser à trouver un apprenti afin de lui transmettre ses connaissances. Il ajoute aussi qu’il sera plus sélectif quant aux prochains instruments qu’il choisira de restaurer. Victor Pelletier invite d’ailleurs les pianistes de la région à le contacter pour essayer le Steinway. Peut-être alors qu’il interprètera sa plus récente composition, intitulée «Arc-en-ciel», créée lors du confinement.

Cet artiste a aussi composé la musique de l’Hymne du Kamouraska, enregistrée au Studio Desjardins du Camp musical Saint-Alexandre. Les paroles ont été écrites par Mathieu Rivest et chantées par les chorales du Kamouraska Mouv’anse, Amisol et Sacd’Ado. Depuis plus d’une trentaine d’années, il prend grand soin des pianos du Camp musical St-Alexandre.

 

En attendant de pouvoir transmettre ses connaissances, on peut le trouver dans son atelier, travaillant sur des projets de recyclage de divers matériaux afin de créer de nouveaux meubles destinés aux pianistes, aux mélomanes ou tout simplement aux amateurs d’objets d’art.

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2 réactionsCommentaire(s)
  • Victor Pelletier a bien raison de transmettre ses connaissances pour que les pianos au Québec soient bien servis.
    Transmettre sa passion n'est pas donné à tout le monde mais même maladroitement, si le savoir est transmit, les pianos ne s'en porteront que mieux.
    J'ai moi-même créé le tutoriel de l'accordage du piano disponible sur https://comment.accorderunpiano.com
    Ce tutoriel est un bon départ pour tout passionné du piano, même ceux qui n'envisagent pas une carrière d'accordeur.

    Mario Bruneau - 2020-08-09 09:56
  • Quelle merveille, ce rêve devenu réalité!

    Rouleau Suzanne - 2020-08-08 08:57