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5 mai 2020 - 06:02 | Mis à jour : 11:26

Des diffuseurs de spectacles plongés dans l’incertitude

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

Tant le Réseau d’organisateurs de spectacles de l’Est-du-Québec (ROSEQ) que le diffuseur Rivière-du-Loup en spectacles nagent dans l’incertitude. Ce dernier a annoncé le 4 mai la suspension de la saison hiver-printemps 2020. Des interrogations sont aussi soulevées en vue de l'automne. 

L’annulation des évènements et festivals demandée par le gouvernement du Québec en raison de la pandémie de COVID-19 ne s’applique pas aux spectacles en salles, de quoi déstabiliser les organisations. L’interdiction des rassemblements extérieurs et intérieurs est toujours en vigueur.

Le ROSEQ est sorti publiquement le vendredi 30 avril dernier afin de demander au ministère de la Culture et des Communications des directives claires ainsi que la suspension, dans les meilleurs délais, des activités des salles de spectacles professionnelles et reconnues jusqu’au 31 aout.

«Toutes les ventes de billets ont arrêté d’un coup sec après l’annonce du gouvernement au sujet des évènements et des festivals. Nous demandons des perspectives claires à moyen terme au gouvernement. Cela complexifie nos ententes avec les agents d’artistes, avec les producteurs. Ce n’est pas tout le monde qui a les mêmes réalités financières et sanitaires, selon les régions. Nous croyons qu’il faut une directive gouvernementale globale», explique le directeur général du ROSEQ, Frédéric Lagacé.

La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a annoncé qu’elle se prononcerait au mois de juin concernant ces enjeux, un délai de trop pour le ROSEQ. Le réseau d’été du ROSEQ, dont la programmation est normalement lancée au mois de mai, comprend 200 spectacles dans une trentaine de salles. «On sent bien la frilosité du public en ce moment, il n’y a eu aucune vente de billets. On doit tasser le brouillard pour planifier la relance et adapter notre modèle d’affaires. En attendant…qu’est-ce qu’on fait ? On lance ou on ne lance pas notre programmation? Il faut aussi prévoir la distanciation physique dans nos salles, les artistes font des déplacements interrégionaux. Ça simplifierait beaucoup les choses de suspendre les activités jusqu’au 31 aout. Les réalités de notre secteur nous rattrapent. Ce ne sont pas tous les diffuseurs qui peuvent se permettre d’annuler des spectacles en juin», ajoute M. Lagacé.

Il est évalué que l’application des mesures de distanciation physique dans les salles de spectacles forcera les diffuseurs à réduire leur nombre de places de plus de 75 %. Ainsi, une salle de 250 places pourra accueillir un maximum de 62 personnes, ce qui complique la rentabilité des diffuseurs. En plus de revendiquer une suspension des spectacles jusqu’au 31 aout, le ROSEQ demande aussi des mesures compensatoires pour les artistes, organismes et entreprises actuellement fragilisés dans le secteur culturel, qui est l’un des plus touchés par la crise entourant la COVID-19.

RIVIÈRE-DU-LOUP EN SPECTACLES

Le diffuseur louperivois a pris le taureau par les cornes et a annoncé la suspension complète des spectacles de sa saison hiver-printemps 2020 le lundi 4 mai. Certains sont reportés alors que d’autre sont carrément annulés. La présence de la clinique de dépistage de la COVID-19 entre les murs du Centre culturel Berger a certainement pesé dans la balance, mais plusieurs éléments se sont additionnés pour mener Rivière-du-Loup en spectacles à prendre cette décision.

«Nous avons des bénévoles qui s’occupent de l’accueil des spectateurs, on ne veut pas les mettre à risque et la plupart d'entre eux sont des personnes retraitées. Nous avons aussi une quantité de spectacles reportés à réinsérer dans notre programmation. Nous sommes sur le bout des orteils constamment. En tant qu’organisme à but non lucratif, on coupe les dépenses au strict minimum. Pour organiser des spectacles, il faut du temps pour les présenter, les vendre, planifier l’accueil des artistes et des spectateurs (…) L’incertitude semble ronger la plupart des diffuseurs», explique le directeur général de Rivière-du-Loup en spectacles, Frédéric Roussel. Un peu moins de 1 000 personnes peuvent prendre place dans le Centre culturel Berger lorsque la salle est comble. 

Il se questionne par ailleurs sur l’aspect de rentabilité d’un spectacle avec une salle réduite de 75 %, une augmentation des frais liés à la désinfection des lieux et aux nouvelles mesures sanitaires qui devront être mises en place si réouverture il y a. Rivière-du-Loup en spectacles se rallie donc aux demandes du ROSEQ.

«Si on a des nouvelles potentielles seulement en juin, pour notre saison de spectacles cet été, il sera trop tard. On veut savoir où on s’en va pour voir la lumière au bout du tunnel. On garde tous espoir pour l’automne, même si on sait que ça devient de moins en moins possible», ajoute M. Roussel. Les diffuseurs doivent aussi jongler pour garder de bonnes relations avec les producteurs, les agents d’artistes et les détenteurs de billets qui demandent des remboursements. Un gros casse-tête qui devra être résolu au cours des prochaines semaines.

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