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25 juillet 2021 - 06:56

Faibles inventaires de véhicules neufs : les clients au rendez-vous malgré les apparences 

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

Twitter Marc-Antoine Paquin

Ce n’est plus un secret, on observe depuis quelques mois une baisse des inventaires de certains concessionnaires automobiles, résultat d’un ralentissement dans la production de grands manufacturiers. Mais bien qu’ils soient moins nombreux dans les stationnements commerciaux, les véhicules neufs restent en demande et les ventes se portent bien, confirment les professionnels du milieu qui font preuve de résilience et d’adaptation à travers une situation hors de l’ordinaire. 

«Ce n’est pas parce qu’il y a peu de véhicules dans la cour qu’on ne vend pas et que nous ne sommes pas là pour répondre aux besoins de la clientèle, au contraire», lance Nicolas Leblond, copropriétaire du Garage Windsor Ltée de Rivière-du-Loup et Trois-Pistoles. 

«Le manque de véhicule en inventaire, ça envoie le mauvais message», souligne à son tour Francis Massé, directeur des ventes chez Bérubé GM. «Des véhicules, on en vend. Nous venons de connaitre notre meilleur mois de juin à vie», ajoute-t-il. 

Depuis quelques semaines, l’inventaire de ces deux concessionnaires, qui offrent les produits de bannières nord-américaines, ne compte que sur une poignée de véhicules neufs, contrairement aux dizaines que l’on y retrouve en temps normal. Une image qui peut donner l’impression que l’industrie automobile souffre et  qui peut freiner, à tort, les ardeurs de certains consommateurs à la recherche d’un nouveau modèle.

Or, bien que la situation actuelle ne soit pas toujours idéale, elle ne rend pas impossible l’achat d’une nouvelle voiture. C’est même tout l’inverse, alors que des livraisons sont accueillies de façon régulière en concession et que des commandes sont effectuées quotidiennement auprès des commerçants, assurent les gens de l’industrie. «Nous continuons de réaliser plusieurs ventes chaque semaine. Est-ce que ça pourrait être mieux avec un inventaire complet? Sans doute. Mais nous réussissons à répondre aux besoins et aux demandes de nos clients. On s’en sort bien», partage M. Leblond. 

Selon l’homme d’affaires, la demande pour un véhicule neuf est réelle, malgré les problèmes flagrants d’approvisionnement. Il souligne que la majorité des nouvelles voitures livrées sont d’ailleurs vendues à l’avance. Si ce n’est pas le cas, les modèles restants sont écoulés en quelques jours seulement. 

«Nous connaissons les intérêts de notre clientèle. Quand de nouveaux véhicules arrivent et ne sont pas déjà vendus, nous contactons des clients potentiels et ils ont l’opportunité de se le procurer sans attente. C’est aussi pourquoi la cour reste vide. Les véhicules arrivent et repartent aussitôt.»

Francis Massé témoigne du même phénomène. «Les transporteurs arrivent avec des véhicules vendus d’avance. L’approvisionnement n’est pas arrêté, il est reparti, mais avant de pouvoir se bâtir un inventaire de véhicules disponibles pour la vente, la production devra être beaucoup plus importante. Il y a un retard à rattraper», explique-t-il. 

«Une cour vide, c’est aussi signe que j’ai vendu tout ce que j’avais et que je vends tout ce qui rentre au fur et à mesure. Le problème, ce n’est vraiment pas la clientèle, mais plutôt l’approvisionnement», martèle-t-il.   

Si l’expérience d’achat a changé et que l’internet prend davantage de place, l’accompagnement du client reste au cœur des priorités des vendeurs automobiles. «C’est toujours une priorité. Nous nous sommes adaptés et les clients, en grande majorité, sont compréhensifs et conciliants dans la situation actuelle», souligne Nicolas Leblond.

De son côté, M. Massé constate que les clients arrivent souvent très bien préparés en succursale. Ils ont une très bonne idée de ce qu’ils souhaitent après avoir effectué leurs recherches sur le Web. «Ça avait déjà commencé, mais les informations disponibles en ligne sont de plus en plus précises et les gens peuvent vérifier les équipements et les groupes d’options. L’adaptation s’est faite de façon assez naturelle», estime-t-il. 

PUCES ÉLECTRONIQUES

Les problèmes d’inventaires de véhicules neufs sont liés naturellement à un ralentissement dans la production chez les grands manufacturiers. Plusieurs causes sont en jeu, mais la principale serait la suivante : les constructeurs automobiles peinent à se procurer les puces électroniques, appelées semi-conducteurs, que l’on retrouve parfois par dizaines dans les voitures les plus équipées. Cette réalité touche également d’autres domaines, dont la téléphonie et l’informatique. 

En général, selon les modèles désirés, les clients doivent s’attendre à un délai entre 3 et 6 mois pour avoir leur nouvelle voiture entre les mains, estiment MM. Leblond et Massé. Les délais les plus importants sont souvent liés aux véhicules les plus demandés comme les VUS et les camionnettes, de même qu’à certaines options particulières. 

«Actuellement, au lieu de fabriquer les produits les plus équipés, où ça accroche, la compagnie fait le choix de produire des véhicules avec des équipements en moins pour en fabriquer le plus possible», décrit Francis Massé. «Les consommateurs ont le choix d’opter pour ces modèles ou d’attendre un peu plus longtemps. Pour les camionnettes, par exemple, je remarque que les gens souhaitent vraiment certaines options et ils sont prêts à patienter.» 

Soulignons que si les problèmes d’inventaire semblent actuellement plus marqués chez les concessionnaires qui représentent des bannières automobiles nord-américaines, il n’épargne pas les autres manufacturiers, souligne Denis Morin, président de  l’Association des concessionnaires d’Automobiles et de Camions de Rivière-du-Loup. Les consommateurs qui souhaitent mettre la main sur certains des modèles les plus recherchés sur le marché, – pensons au RAV4 hybride de Toyota –, doivent faire preuve de patience, puisque plusieurs mois devront s’écouler avant la livraison. 

Selon différents analystes du domaine, l’industrie automobile apprendra de la faible disponibilité des véhicules neufs en concessionnaire. Certains voient même des avantages à la situation actuelle, estimant que ce dernier n’a plus à gérer un lourd inventaire souvent vieillissant plus les mois passent. 

STATISTIQUES 

Soulignons que 116 342 véhicules neufs, fabriqués en Amérique du Nord, ont été vendus à travers le Québec entre janvier et mai 2021, selon les données de Statistiques Canada. Il s’agit d’une hausse de 34 % comparativement à l’année précédente, 2020, lors de laquelle les concessionnaires avaient enregistré 76 311 ventes sur la même période (incluant le début de la pandémie). 

Même si elles sont intéressantes, les ventes de la première moitié de 2021 restent en dessous de celles obtenues entre janvier et mai 2019, puisque 130 178 véhicules neufs nord-américains avaient alors trouvé preneurs. Il s’agit néanmoins d’une différence d’environ 11 %. 

Au cours des cinq premiers mois de l’année, 173 239 véhicules neufs, toutes marques confondues, ont été vendus au Québec, contre 109 562 pour 2020 et 190 452 pour 2019. 
 

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