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19 octobre 2021 - 06:55

Le KRTB aux prises avec des enjeux importants de littératie 

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

Twitter Marc-Antoine Paquin

Une proportion importante de la population du KRTB peine à comprendre des textes longs et plus complexes. Une situation «inquiétante» à laquelle il faut s’intéresser - d’autant plus qu’elle n’est pas unique à la région – selon la Fondation pour l’alphabétisation.   

Ce constat est l’un de ceux qui peuvent être tirés des résultats de l’étude «La littératie au Québec : un regard local sur les enjeux» dévoilée le 14 octobre. Réalisée par l’économiste Pierre Langlois, celle-ci offre «un portrait inédit» de l’alphabétisation dans toutes les régions du Québec, dont le Bas-Saint-Laurent. 

«C’est une première», confirme André Huberdeau, président de la Fondation pour l’alphabétisation. Il explique que les données ont été obtenues en jumelant les résultats du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (2012) aux données du dernier recensement canadien (2016), notamment le profil scolaire des répondants.

Depuis plusieurs années, la Fondation assoit ses initiatives sur des données globales pour le Québec. C’est pourquoi elle se réjouit aujourd’hui d’obtenir des statistiques (toujours à jour, estime-t-on) sur les degrés de littératie propres à chaque région. Elle y voit une réelle opportunité de créer «une prise de conscience sociale» au sein de la population et auprès des élus. 

«De constater ces chiffres-là, en 2021, un peu partout au Québec, ça n’a pas d’allure […] On souhaite que les gens réalisent qu’il faut attaquer le problème, qu’ils se retroussent les manches et participent à la recherche de solutions.»

DONNÉES POUR LA RÉGION

Au KRTB, la situation la plus alarmante est observée au Témiscouata où plus de 60 % de la population âgée de 15 ans et plus ne serait pas en mesure de comprendre un texte long et considéré complexe, comme un article spécialisé, par exemple. Dans Les Basques, la statistique se situe entre 58 et 60 %. À Rivière-du-Loup? Entre 54 et 58 %, ce qui reste très élevé.

Concrètement, l’étude classe les capacités des répondants selon six niveaux de littératie, de 0 à 5. Le troisième est considéré comme le seuil à atteindre afin de lire des textes denses nécessitant une certaine capacité à interpréter et à donner du sens aux informations. C’est celui-là qu’une majorité de la population du KRTB a de la difficulté à atteindre. 

Lorsqu’une personne se situe au niveau 1 ou 2, elle réussit à reconnaître les mots, mais elle a de la difficulté à en comprendre le sens quand ils forment une phrase. «Entre 4 et 5 % de la population québécoise a de la difficulté à lire un menu dans un restaurant», image André Huberdeau. 

«Les articles sur la pandémie ont souvent un niveau technique important, et même si l'information est vulgarisée, on comprend que c’est un défi très important pour quelqu'un qui a, par exemple, de la difficulté à lire sa prescription. Les nuances importantes, être capable de prendre du recul, ça se perd», explique-t-il.

Si la situation reste critique au KRTB, elle n’est pas unique en province, ce qui illustre bien l’ampleur de la tâche à accomplir pour corriger le tir. Au Québec, 31 MRC ont une population dont plus de 60 % n’atteindraient pas le troisième niveau de littératie, toujours selon l’étude. Plus globalement, on estime, avec les projections pour 2021, que 50,6 % des Québécois de 16 à 65 ans n’auraient pas le niveau. 

EXPLICATIONS 

Selon André Huberdeau, l’étude vient aussi confirmer que les régions où le degré de littératie est plus faible possèdent de nombreux points communs. Elles ont une population vieillissante, et leur économie est souvent basée sur des secteurs particuliers (liés aux ressources naturelles) comme l’agriculture, les pêches, les mines et la foresterie. Elles sont également souvent éloignées des grands centres où se trouvent les institutions d’enseignement comme les universités et les cégeps. 

«Les gens vivent souvent cela en silence. Ils ne veulent pas avouer qu’ils ont des problèmes parce qu'ils ont honte, ils n'en parlent parfois même pas dans leur famille», regrette-t-il, soulignant que la pandémie a exacerbé les problèmes. «La pandémie a isolé les gens. Avant, on allait voir les voisins ou des amis pour un formulaire du gouvernement. Là, ce n’était plus possible. Nos lignes téléphoniques ont explosé.»

TRAVAILLER AU NIVEAU LOCAL

Impliqué dans le milieu de l’alphabétisation depuis de nombreuses années, André Huberdeau estime que c’est au niveau local qu’on peut faire changer les choses. Les manufacturiers, les organismes, les conseils municipaux et les institutions d’enseignement doivent lutter de façon commune, et ne pas nécessairement attendre l’aide de l’État. 

«Si le maire d’une communauté prend conscience de cette réalité, et qu’il réussit à assoir tout le monde autour de la même table, le groupe pourra trouver des solutions. Le financement pourra être trouvé, et ne sera pas toujours le gouvernement, mais les entreprises par exemple qui estiment qu'ils vont en bénéficier.»

M. Huberdeau rappelle qu’il n’est jamais trop tard pour entamer une démarche d’alphabétisation. Il est possible de trouver de l’accompagnement sur le site de la Fondation pour l’alphabétisation. 
 

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