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13 juin 2021 - 06:54

L’histoire continue sur l’ile aux Basques 

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

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Mikaël Rioux était probablement assis près d’un four datant du 16e siècle. Avant le cliché, il devait écouter cet homme souriant portant le béret et la moustache, le gardien de l’ile aux Basques, Jean-Pierre Rioux, parler d’un lieu qu’il connaît par cœur. Un souvenir, une photo, prise il y a plus de 25 ans maintenant qui témoigne néanmoins que la vie fait parfois bien les choses. 

La scène est plutôt banale, l’une parmi tant d’autres qui ont été immortalisées sur cette ile du Saint-Laurent au fil des années. Pourtant, elle raconte une histoire, celle d’un partage de savoirs et de connaissances, auquel s’ajoute aujourd’hui le lègue d’une responsabilité, d’un rôle bien spécial. C’est que le plus jeune, maintenant adulte, prendra bientôt le relais de l’aîné comme huitième gardien de ce lieu unique. Ce sera désormais à lui de raconter et de faire découvrir cet endroit protégé depuis plus de 90 ans, «un lieu historique national», selon Parcs Canada. 

Mikaël Rioux l’admet toutefois en riant, la photo en question ne lui rappelle «rien du tout», et c’est avec étonnement qu’il a appris son existence, lorsque le capitaine Rioux lui a montré lors d’une journée de travail partagée entre l’ile et la terre ferme. Peu importe, cela ne l’empêche pas de revêtir un caractère spécial. 

«C’est une photo qui a été prise par mon père. Je suis placé devant Jean-Pierre. C’est comme s’il avait préparé ça, comme s’il savait ce qu’il faisait à l’époque», partage-t-il, soulignant que le rôle de gardien est un travail que son paternel aurait peut-être aimé occupé lui-même. «C’est une job qu’il aurait aimé me voir faire aussi, je crois. Il n’est jamais bien loin quand je vais sur l’ile.»

L’homme qui a aujourd’hui 45 ans a peut-être oublié cette fameuse journée d’été passée entre terre et mer, mais des souvenirs de l’ile aux Basques, il en conserve des tonnes. Il fréquente l’endroit depuis une trentaine d’années, y ayant mis les pieds la première fois alors qu’il n’était qu’un gamin. En vérité, il y a toujours été attaché, alors que la maison familiale offrait une vue plongeante sur ce lopin de terre situé à cinq kilomètres au large de Trois-Pistoles. 

«Mon père avait un petit bateau et on allait régulièrement aux baleines quand j’étais plus jeune, se rappelle-t-il. Nous sommes passés par l’ile aux Basques plusieurs fois. Puis, à 17 ans, j’ai touché au kayak de mer et j’ai été guide dans la région. Cela m’a aussi amené vers l’ile. J’ai toujours été attiré par cet endroit, j’ai toujours voulu y aller.»

À titre de nouveau gardien de l’ile aux Basques, Mikaël Rioux multipliera les allers-retours vers la réserve naturelle de deux kilomètres au cours des prochaines saisons estivales et il ne pourrait en être plus reconnaissant. Il voit du même coup son nom s’ajouter à une (très) courte liste d’hommes comme Charles Morency et Emmanuel Franck qui ont consacré temps et énergie à protéger ce lieu depuis son achat par la Société Provancher d’histoire naturelle du Canada en 1929. Il ne croyait jamais avoir cette chance, estimant que le gardien actuel, Jean-Pierre Rioux, «était comme éternel», mais plusieurs diront que c’est la logique qui a eu le dernier mot.  

Amoureux de plein air et de la nature, décrit par le passé comme «activiste-écologiste», Mikaël Rioux a été au cœur de grands combats pour la sauvegarde de la rivière Trois-Pistoles et du fleuve à Cacouna. Difficile de croire, dans ce contexte, qu’il ne plongera pas tête première dans sa nouvelle mission qui est de prendre soin d’un jardin biologique naturel doublé d’une grande volière, un lieu à l’histoire vieille de milliers d’années encore trop peu connu même parmi les résidents du Bas-Saint-Laurent. 

«Les gens trouvent que ça me ressemble et je suis d’accord, confirme-t-il lui-même. C'est comme si cette job-là vient regrouper tous mes intérêts, mes valeurs, mes expériences antérieures dans les parcs nationaux, dans le kayak et dans les organisations environnementales, pour en faire une job de rêve. C'est assez particulier, puisque ça cadre parfaitement avec moi.»

LE BON CANDIDAT 

Si le candidat retenu semble parfait pour occuper le poste, le processus pour trouver un nouveau gardien pour l’ile aux Basques s’est déroulé dans les règles de l’art avec la Société Provancher, assure Jean-Pierre Rioux. Reste que le marin d’expérience savait depuis un petit moment déjà qui il aimerait voir prendre le relais. «Un type marginal, un défenseur de l’environnement», décrit-il amicalement. 

M. Rioux, qui tirera sa révérence après 32 ans de passion, explique qu’il a fait savoir à Mikaël Rioux qu’il pensait tranquillement à la retraite, il y a deux ans, alors que ce dernier l’aidait à effectuer des corvées sur l’ile à titre de bénévole, une tradition de son père Jacques qu’il a poursuivie après le décès subit de ce dernier. 

«Je lui avais mentionné que ce serait une bonne job pour lui. En fait, je lui avais dit que je ne voyais pas ça comme un emploi et que c’est justement pourquoi ce serait idéal», raconte le capitaine, en riant. Une petite graine a été semée, puis elle a germé. 

Finalement, des quatre ou cinq personnes qui ont postulé pour l’emploi, dans les derniers mois, Mikaël Rioux s’est révélé être «un incontournable», selon le comité de sélection. «Il connaît l’ile et la mer. Il s’exprime bien et il est bon pour transmettre de l’information. Mais surtout, il a une réelle sensibilité face à la nature. Pour faire ce travail, il faut aimer l’ile, l’aimer réellement», souligne Jean-Pierre Rioux, partageant avoir pleinement confiance en la relève. 

«Pour moi, c’est le temps de passer à autre chose. Il faut se garder du temps pour soi et je suis rendu là. L’ile a été mon terrain de jeu et j'ai été choyé de vivre sur l'eau pendant 32 ans, d'être dehors avec les éléments naturels qui nous entourent, avec l'être humain qui vient visiter. Maintenant, c’est à son tour», confie le capitaine Rioux, serein. 

Le nouveau gardien croit aussi, humblement, qu’il est la bonne personne pour le poste. Quelque part, c’est comme si cet emploi l’attendait. «C'est drôle, parce que j'ai 45 ans et j’ai toujours bourlingué d'une job à l'autre comme un ado. Je n'ai jamais eu de stabilité professionnelle, puisque je n’aime pas la routine. Mais ce travail n’est justement pas routinier. Pour une première fois, je suis capable de me projeter dans les vingt prochaines années. Je me vois faire ça jusqu'à ma retraite si c'est possible», lance-t-il, quelques semaines à peine après avoir commencé. 

Déjà Mikaël Rioux a des projets plein la tête pour l’ile aux Basques. Il souhaite notamment revenir encore davantage vers l’essence de la Société Provancher qui est liée à l’éducation et créer des classes vertes, des ateliers. «C’est un emploi qui va me permettre de continuer l'éducation avec les jeunes, de parler d'environnement et de leur faire vivre des événements transformatifs. L’ile aux Basques, c’est une école, une réserve écologique dans notre cours. Je veux la faire connaître.»

Mikaël Rioux est de retour sur l’ile aux Basques qu’il a fréquenté mainte fois et c’est maintenant à lui de transmettre son attachement pour cet endroit, comme l’ont fait de grands passionnés avant lui. Certains diront que la boucle est bouclée. Lui dira simplement qu’il est à sa place. 
 

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2 réactionsCommentaire(s)
  • Excellent article avec un bon contenu et très bien écrit! Bravo!

    Jean Tremblay - 2021-06-14 13:32
  • Je souhaite de tout cœur qu'un jour, André Caillé. ex-PDG d'Hydro Québec soit passager sur le bateau conduit par Mikael Rioux pour un visite à l'ile aux Basques afin que M.Caillé aie le plaisir de verser un verre d'eau salé du St-Laurent sur la tête de Mikael Rioux. Ce serait encore une histoire pas possible de la région de Trois-Pistoles.

    Réal LaFrance - 2021-06-13 20:01