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29 novembre 2019 - 06:52

Émilie Bouchard, la scientifique du Nord

François Drouin

Par François Drouin, journaliste

Twitter François Drouin

De Rivière-du-Loup à la Saskatchewan en passant par Saint-Hyacinthe, Émilie Bouchard a la tête au Nord. La doctorante en microbiologie vétérinaire de l’Université de la Saskatchewan poursuit un doctorat sur la transmission du parasite Toxoplasma gondii chez le renard et le lynx dans le Nord canadien. L'excellence de ses recherches lui a même valu la Bourse W. Garfield Weston accompagnée d'un chèque de 50 000 $.

«J'ai toujours voulu travailler avec les animaux sauvages, je n'ai jamais voulu faire de clinique», lance Émilie Bouchard. Après avoir complété sa formation en médecine vétérinaire à Saint-Hyacinthe, la jeune femme de 30 ans s'est donc expatriée dans l'ouest du pays afin d'obtenir une formation en recherche et en faune.

Pourquoi la Saskatchewan ? «Il y a cinq écoles vétérinaires au Canada et en Saskatchewan, l’université est un chef de file dans l'étude de la faune sauvage. La recherche sur la faune y est plus développée et l’université est reconnue pour la recherche… et puis j’accompagnais une amie à la maîtrise là-bas», répond en riant la Louperivoise.

Elle y a donc entrepris des études qui l’ont amenée à un doctorat en microbiologie vétérinaire et plus particulièrement sur la transmission du parasite dans le Nord canadien. Dans le cadre de ses recherches, la doctorante a été amenée à travailler étroitement avec les chasseurs et les trappeurs ainsi qu’avec les communautés autochtones.

Ce prolifique parasite infecte de nombreux oiseaux et mammifères partout sur la planète et le Grand Nord n’y fait pas exception, notamment chez le caribou, le lynx, le renard et les oies sauvages, dont certaines de ces viandes sont consommées crues par les Inuits.  C’est justement cette consommation traditionnelle qui rend cette population plus à risque, notamment chez les individus dont le système immunitaire est affaibli et chez les femmes enceintes.

«On estime que le tiers de la population mondiale est exposée au parasite. En Amérique du Nord la moyenne d’exposition est de 15 %. Ça peut varier de 30% au Nunavut jusqu’à 60% au Nunavik (nord du Québec). Chez une personne en santé, le parasite va généralement rester en dormance. Mais chez les autres, il peut entrainer des problèmes aux yeux, au système reproducteur, mais aussi au cerveau. En consommant cette viande crue, on ne tue pas le parasite. Le message qu’on leur apporte c’est de cuire la viande ou à tout le moins de la congeler pendant trois jours pour tuer le parasite», souligne la scientifique.

Dans ses recherches, Émilie Bouchard se concentre sur la présence du Toxoplasma gondii chez les renards et les lynx afin de déterminer la prévalence de détection et de cibler les zones plus à risque. En détectant ces zones, elle est en mesure d’identifier les communautés de chasseurs et d’Inuits plus à risque d’être touchées par le parasite.

La chercheuse axe actuellement ses travaux sur ses échantillons recueillis dans le nord du Labrador où elle retournera en décembre.

BOURSE

Les bourses de la Weston Family pour la recherche nordique apportent un soutien aux étudiants canadiens en maitrise, doctorat ou postdoctorat qui font des travaux de recherche dans le nord du Canada. Elles sont financées par The W. Garfield Weston Foundation.

«L'engagement dans les communautés est important pour moi et c'est quelque chose qui parle au comité. J'essaie de transmettre les résultats de mes travaux au sein des communautés», souligne la lauréate.

La bourse n'est pas un chèque en blanc souligne Émilie Bouchard, c'est, explique-t-elle, un contrat d'engagement. Notamment, elle devra fournir un rapport de ses activités, effectuer des conférences et surtout, rester fidèle à ses engagements avec les communautés nordiques.
À terme, Mme Bouchard qui a embrassé la nordicité aimerait demeurer dans le domaine de la santé publique et de la recherche au sein de projets multidisciplinaires touchant l’Arctique. 

 

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