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5 septembre 2018 - 16:23 | Mis à jour : 19:27

Le cri du coeur de Cynthia Le Déroff

François Drouin

Par François Drouin, journaliste

Twitter François Drouin
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Cynthia Le Déroff, jeune graphiste de 24 ans, est allée d'un véritable cri du coeur mercredi sur sa page Facebook. La jeune femme qui réside à Rivière-du-Loup depuis 2016 a vu la Direction de l'immigration temporaire du Québec rejeter sa demande de sélection permanente en vertu du  Programme de l'expérience québécoise. La Louperivoise d'adoption pourrait devoir laisser son travail, ses amis, sa vie en sol québécois pour retourner en France.

Depuis son arrivée au Bas-Saint-Laurent, Cynthia Le Déroff n'a jamais caché son affection pour la région et particulièrement Rivière-du-Loup. Malgré son statut d'étudiante internationale, elle s'est rapidement impliquée auprès de divers organismes culturels. «Après trois mois, je savais que je voulais travailler et vivre ici», raconte-t-elle.

Diplômée, engagée, impliquée, et voilà qu'en pleine crise de main d'oeuvre, le Québec lui tourne le dos. La Direction de l'immigration temporaire du Québec a fait la sourde oreille à son appel sur ce qui apparait comme une simple formalité.

Une décision qui a soulevé l'ire des nombreux internautes qui n'ont pas hésité à appuyer Cynthia Le Déroff via les réseaux sociaux en commentant et en partageant sa publication mise en ligne sur Facebook. «Je suis de tout coeur avec toi», «Je suis sans voix», «c'est incompréhensible» n'en sont que quelques exemples.

DÉDALE ADMINISTRATIF

L'erreur qu'a commise Cynthia Le Déroff ? «J'ai été prévoyante, lance-t-elle. Je n'ai pas voulu attendre à la toute dernière minute.» Parmi les conditions pour être admissible, la jeune femme doit avoir occupé un travail à temps plein durant 12 des 24 mois précédant la demande. Une condition qu'a satisfaite la graphiste... sauf que.

«Sauf que j'ai rempli les documents en juin, mais la date d'émission de mon post diplôme est en aout. J'ai commencé à travailler dès juin 2017, après avoir complété mes études en Graphisme en mai. En juin 2018 j'avais donc travaillé 12 mois. Je ne voulais pas attendre car mon permis de travail post diplôme prenait fin le 21 aout.» Mais la Direction de l'immigration temporaire reconnait seulement l'expérience de travail à partir de la date d'émission du permis de travail, soit à partir d'aout.

En juillet, le jour de son anniversaire, elle a donc reçu par courriel le rejet de sa demande. Un rejet qu'elle a contesté. Face l'expiration imminente de son statut prévu pour le 20 aout et pour prolonger son permis de travail, Cynthia Le Déroff doit être en possession d'un certificat de sélection du Québec (CSQ) dans la catégorie des travailleurs qualifiés afin que son employeur, Tactic Design, puisse lui  offrir un emploi et qu'elle puisse ainsi demander la prolongation de son permis de travail.

«La demande de renouvèlement doit-être effectuée avant l'expiration de mon statut. J'ai déjà plus de 2000 $ d'engagés, dont plus de 1 000$ en un seul mois. Si je devais attendre le 22 aout pour faire une demande, je n'avais plus de permis, plus de statut. Je leur ai demandé de prendre ces éléments en considération, mais non. C'est comme si j'avais écrit à un robot.»

Cynthia Le Déroff doit donc formuler une seconde demande, refaire tout le processus et évidemment débourser la somme de 800 $ pour une deuxième fois. C'est beaucoup de temps, d'énergie et d'argent pour elle. «Je me sens perdue, depuis juin que je me bats. J'ai reçu de l'aide, Stéphanie Jeanne Bouchard du CLD m'a beaucoup aidée, on ne comprend pas. J'aime le Québec, mais si je dois quitter, laisser ici mon employeur dans l'embarras, mon loyer... est-ce que je reviendrai ? Si mon combat peut en aider d'autres...», laisse-t-elle tomber.

Mercredi, Cynthia Le Déroff a communiqué une dernière fois avec la Direction de l'immigration temporaire afin de s'enquérir si elle pouvait effectuer une autre demande sous un statut implicite. «La réponse est non, car je n'ai plus de permis de travail.» Une réponse qui n'est pas sans rappeler la maison des fous dans le film des «Douze travaux d'Astérix».

La jeune femme espère donc que la Direction de l'immigration temporaire du Québec entendra son cri, son appel, et qu'elle verra en elle autre chose qu'un numéro.

CANDIDATS

Cynthia Le Déroff a interpelé les candidats du comté de Rivière-du-Loup - Témiscouata de l'élection provinciale, Vincent Couture, Jean D'Amour et Denis Tardif ainsi que le député conservateur Bernard Généreux. Bien qu'il s'agisse d'une problématique provinciale et non d'Immigration Canada, M. Généreux a confirmé un contact entre son bureau et Mlle Le Déroff.

«Le bureau du député fédéral est là pour servir les citoyens. Toute personne qui est en processus d'immigration entre autres, qui nous contacte, reçoit l'appui de mon personnel qui a l'expertise pour traiter sa demande ou qui la réfère aux autorités compétentes. De façon hebdomadaire, nous sommes sollicités et travaillons avec les citoyens qui nous informent de leur situation, pour dénouer leur dossier.»

SÉLECTION

La demande de sélection permanente est la première étape à franchir pour obtenir la résidence permanente au Québec. L'immigration est une compétence partagée entre les gouvernements du Québec et du Canada. Pour immigrer au Québec, un candidat et sa famille doivent obligatoirement répondre aux exigences liées à la sélection et aux exigences liées à l’admission.

Le Québec est responsable de la sélection des travailleurs souhaitant s'installer sur son territoire. Le pouvoir de sélection du Québec s’effectue à l’aide d’un ensemble de critères qu'il a lui-même établis en fonction de ses objectifs en matière d'immigration. Si le candidat est sélectionné, il reçoit un certificat de sélection du Québec (CSQ), document officiel d'immigration délivré par le gouvernement du Québec.

Dans les faits, Cynthia Le Déroff répond à toutes les exigences, n'eut été d'un formulaire envoyé en juin plutôt qu'en aout.

 

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5 réactionsCommentaire(s)
  • @ David Heurtel ministre de l'immigration.
    À ce que je sache vous êtes encore ministre de l'immigration dans le gouvernement libéral. Je vous rappelle que vous êtes l'auteur de ce texte:
    MOT DU MINISTRE DE L'IMMIGRATION.
    (ceci n'est qu'une partie de la présentation)
    En 2016 le ministère a mis en place les principaux piliers de la transformation afin de doter le Québec d'un système d'immigration moderne, efficace et surtout, CAPABLE d'attirer les talents qui contribueront à la prospérité et à la vitalité du français. Le Québec a toujours accordé une importance particulière à la planification de l'immigration. Ce plan tient compte de notre engagement (PLQ) à participer aux efforts de solidarité internationale envers les personnes réfugiées. C'est un engagement que nous avons pris parce que nous savons que chaque personne a sa place dans la société québécoise et peut, à la mesure de ses talents contribuer à la prospérité du Québec et à la vitalité du FRANÇAIS. (David Heurtell)
    Cette personne Cynthia Le Déroff répond à tous les critères et il se pourrait qu'elle soit retournée dans son pays d'origine parce que des fonctionnaires de votre ministère sont incapable de se servir de leur tête.
    Des réfugiés sans papiers sont pris en charge par l'immigration à Lacolle alors que ça rentre au Québec par millier et que parmis ces demandeurs d'asile une grande majorité ne disent pas un mot français.
    J'interpelle Jean D'Amours et je pense parler au nom des gens de Rivière du loup pour qu'il parle avec son confrère Heurtell (même s'il ne se représente pas pour un autre mandat) pour qu'il intervienne dans le cas de Cynthia Le Deroff
    Je fais la même demande auprès des autres candidats aux élections d'octobre.

    René Lapointe - 2018-09-06 12:14
  • La région du BSL est frappée par une rareté de main d'oeuvre sans précédent. Les raisons sont multiples. Toutefois, le départ massif des baby-boomers crée une forte pression. Or, le renouvellement de la main-d'oeuvre se fait normalement par la jeunesse. Dans le cas du BSL, sa population est plus vieillissante que partout ailleurs au Québec, Ce que nous vivons actuellement en terme de rareté de main d'oeuvre n'est que la pointe de l'iceberg. Ça va faire mal. L'immigration est notre meilleur moyen de contrer ce phénomène. Toutefois, notre population est peu habituée à recevoir des immigrants. Faut pas se le cacher, il n'y pas de communautés et nos épiceries n'ont pas les aliments adaptés à ces cultures. Rien dans le discours de nos candidats et de nos élus indiquent qu'ils sont conscient de cela. Bien au contraire, certains parties veulent "créer de l'emploi". On arrive même pas à combler ceux qui sont disponible. Quand je constate le sort qu'on réserve à des gens comme Mme Le Déroff, j'ai mal à mon Québec et ma région se meurt.

    Désespoir - 2018-09-06 10:00
  • Le Québec qui se targue de toujours être plus compétent que le fédéral dans tous le domaines vient encore de prouver le contraire. La maison des fous des distincts Québécois....

    Il ne nous reste donc que le pouvoir politique puisque les fonctionnaires sont incapables de sortir de leurs carcans bureaucratiques, "by the book". Heureusement les élections s'en viennes M. D'Amour.

    Encore Jules le chialeux - 2018-09-06 08:10
  • Courage Cynthia. On ne peut pas rester insensible devant ton histoire. Dans le fond, tu es " punie " pour avoir été prévoyante. Immigration Québec préfère les retardataires. Il faut mettre la pression sur les candidats et à ce titre, la réponse que t'a fait Denis Tardif est tellement risible. Quelle mauvaise gestion. Risible et pathétique. Courage, impossible que ça ne débloque pas, trop de gens réagissent. J'ai vu passer le texte toute la soirée. Bravo à Maryse Tardif qui semble t'appuyer sans ménager ses efforts.

    Consterné - 2018-09-06 08:01
  • Quel paradoxe alors que durant le festival interventions de Lorient, ici en Bretagne, il y avait un stand faisant la promotion pour l'immigration au Québec ! !

    Robert et Véronique Le Déroff - 2018-09-05 16:54