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14 juillet 2019 - 13:12

Risque de mortalité trois fois plus élevé pour les victimes de traumatismes physiques soignées en milieu rural

Au Québec, les victimes de traumatismes physiques sont trois fois plus à risque d’en mourir si elles sont soignées en milieu rural plutôt qu'en ville. C'est le constat auquel arrivent des chercheurs de l'Université Laval qui ont analysé des données provenant de 26 urgences d'hôpitaux situés dans des agglomérations de moins de 15 000 habitants et de 33 centres de traumatologie urbains. Les détails de leur étude sont présentés dans une récente édition de la revue scientifique BMJ Open.
 
L’équipe sous la supervision du Dr Richard Fleet, professeur à la Faculté de médecine de l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche en médecine d'urgence, a étudié 80 000 cas d'accidents survenus sur une période de quatre années au Québec. Ces accidents résultaient de chutes (66 %), d'accidents de la route (19 %) ou d’autres causes variées (15 %). Neuf pour cent des patients ont été soignés dans des hôpitaux situés dans des agglomérations de moins de 15 000 habitants alors que tous les autres patients ont été traités dans des centres spécialisés en traumatologie.
 
En tenant compte des variables pouvant influencer les résultats comme l'âge des patients et la gravité de leurs blessures, les auteurs arrivent à la conclusion que le risque de mortalité est 3,4 fois plus élevé chez les patients traités dans les urgences situées hors des centres urbains.
 
Le professeur Fleet explique que le principal facteur pouvant expliquer ces statistiques défavorables est probablement le plus long délai entre l’appel 911 et l’arrivée du patient à l’urgence en raison des distances plus grandes en milieu rural. « En traumatologie, il existe un concept non scientifique appelé le ''golden hour'' selon lequel les chances de survie d'un patient sont nettement plus élevées s'il s'écoule moins de 60 minutes entre l'accident et le début des soins. Les données dont nous disposons ne contiennent malheureusement pas d'information sur le temps écoulé entre le signalement d'un accident et l'arrivée du patient à l'urgence. Donc, nous ne sommes pas en mesure de préciser dans quelle mesure la mortalité plus élevée en région rurale est attribuable aux plus longs délais, même si l’on sait qu’il s’agit d’un facteur déterminant. »
 
« Les données montrent cependant clairement qu’une portion importante des décès survient dans la phase pré-hospitalière, ce qui pointe vers l’importance de réduire les temps d’intervention pré-hospitaliers via des changements dans les moyens de transport, par le recours aux hélicoptères par exemple, ou dans la formation et le suivi des ambulanciers », ajoute le Dr Fleet.
 
Les données récoltées par l’équipe de recherche montrent aussi que les milieux ruraux sont moins bien desservis par les spécialistes et moins équipés que les centres urbains.
 
Au chapitre des spécialistes, les chercheurs ont constaté qu'en région :

  • 35 % des hôpitaux n'ont pas d'anesthésiste
  • 27 % n'ont pas de chirurgien général
  • 62 % n'ont pas de spécialiste en médecine interne
  • Aucun n'a de neurologue

Au chapitre des services et de l'équipement, les chercheurs ont constaté qu'en région :

  • 23 % des hôpitaux n'ont pas d'unité de soins intensifs
  • 31 % n'ont pas d'appareil de tomodensitométrie (CT scan)
  • Aucun n'a d'appareil d'imagerie par résonance magnétique

« Notre étude ne permet pas d'établir de lien entre l'absence de médecins spécialistes, le manque d'équipement et le taux de mortalité, admet le professeur Fleet. Par contre, il s'agit là de maillons importants d'une chaîne de soins. La présence de spécialistes et l'accès à certains appareils font que certaines interventions peuvent être réalisées sur place, ce qui permet de stabiliser l'état d'un patient qui a subi un traumatisme grave. »
 
Au Québec, environ 60 % des urgences d'hôpitaux situés en région sont à plus de 150 km d'un centre spécialisé en traumatologie. « Il faut s'assurer que les équipes qui travaillent dans ces urgences sont bien soutenues par des médecins spécialistes et qu'elles ont de l'équipement adéquat à leur disposition, notamment des scanners, souligne Richard Fleet. C'est une question d'équité pour les 20 % de Québécois qui vivent en région. »
 
Le chercheur et son équipe travaillent actuellement à établir un consensus entre les experts sur les meilleures façons d’améliorer les soins et services en traumatologie pour les milieux ruraux du Québec.
 
Les auteurs de l'étude sont Richard Fleet, François Lauzier, Fatoumata Korinka Tounkara, Julien Poitras, Jean-Paul Fortin, France Légaré et Catherine Turgeon-Pelchat, de la Faculté de médecine de l'Université Laval; Mathieu Ouimet, du Département de science politique de l'Université Laval; Stéphane Turcotte, du CISSS Chaudière-Appalaches; Judy Morris, de l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal; Jeff Plant, de l'Université de la Colombie-Britannique; et Gilles Dupuis, de l'UQAM.
 

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