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11 juin 2021 - 14:31 | Mis à jour : 17:30

Trois ans de prison pour le prêtre Béatrix Morin

Marc-Antoine Paquin

Par Marc-Antoine Paquin, Journaliste

Twitter Marc-Antoine Paquin

Après avoir plaidé coupable à des accusations d'agression sexuelle, d’attentat à la pudeur et de grossière indécence en février, l’ancien curé de Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup, Béatrix Morin, a été condamné à purger trois ans de détention dans un pénitencier fédéral, ce vendredi 11 juin, au palais de justice de Rivière-du-Loup.

La juge Luce Kennedy a accepté la proposition commune des avocats de la défense et de la Couronne, soit une peine concurrente globale couvrant l’ensemble des chefs d’accusation. 

«Maintenant, vous êtes crues», a lancé la juge Kennedy en s’adressant aux six victimes, dont trois étaient à l’écoute, tout juste avant de prononcer la sentence. Elle a rappelé que celles-ci ne pouvaient pas se permettre de vraiment raconter ce qu’ils avaient vécu, à l’époque, mais que les choses ont heureusement changé. 

«Qui aurait cru que le prêtre de la Municipalité avait posé ces gestes-là? Personne. Les victimes ne pouvaient pas se permettre de dire quoi que ce soit, de parler, parce qu'elles n'avaient pas l'importance de M. Morin. Ça ne se comparait pas. Même leurs propres parents ne les auraient pas crus, c'était aussi invraisemblable», a-t-elle dit, soulignant que Béatrix Morin, qui œuvrait dans le milieu ecclésiastique au moment des évènements, «avait un rôle extrêmement important dans la municipalité». 

«Il n'y a pas une peine qu'on va me suggérer aujourd'hui qui va me permettre de réparer les torts. On ne peut rien effacer. Mais il y a une reconnaisse. Ce qui n'a pas pu être reconnu dans le passé l'est maintenant», a-t-elle complété. 

La juge a aussi répété à quelques reprises que la sentence prononcée allait être considérée comme «clémente » pour certains, tandis qu’elle sera vue de façon sévère pour d’autres. 

REPRÉSENTATIONS SUR SENTENCES

Béatrix Morin a été arrêté en janvier 2020. Huit chefs d’accusation avaient alors été portés contre lui pour agression sexuelle, grossière indécence et attentat à la pudeur. En juillet suivant, deux autres accusations d’agression sexuelle s’étaient ajoutées au dossier. L’homme de 75 ans a plaidé coupable, en février 2021, à six des dix chefs d’accusation, dont cinq d’agression sexuelle. 

Ce plaidoyer de culpabilité, écrit et signé par M. Morin, a fait partie des raisons évoquées par les avocats pour considérer la peine de trois ans. La jurisprudence et l’âge de l’individu ont également été pris en considération, a-t-on dit. 

Selon la Couronne, les facteurs aggravants dans ce dossier étaient les gestes posés eux-mêmes, leur gravité et leurs conséquences sur les victimes et leurs proches, de même que le lien de confiance qui était présent dans chaque cas. Béatrix Morin a sévi pendant une période de 20 ans, entre 1970 à 1990, dans diverses municipalités du Bas-Saint-Laurent. Les accusations concernent six victimes, dont cinq étaient mineures au moment des faits, a rappelé Me Lili-Anne Laforest, procureure de la Couronne.

Dans le cadre des représentations sur la peine, trois des six victimes ont aussi décidé de s’exprimer par écrit afin de témoigner au tribunal de ce qu’ils ont vécu. Une ordonnance de non-publication protège leur identité dans ce dossier.

Du côté de la défense, on a rappelé que le plaidoyer de culpabilité écrit par Béatrix Morin a évité la tenue d’un long procès pour les victimes. Son avocat, Me Philippe Comtois, a aussi souhaité mentionner que M. Morin n’a pas fait que du mal dans sa communauté. Il a d’ailleurs déposé une lettre de paroissiens témoignant de l’implication de l’homme au cours de sa vie. 

Béatrix Morin était présent et il a demandé pardon dans la lecture d’une lettre devant le tribunal. Il a avoué avoir une santé mentale fragile, puisqu’il a été isolé ces derniers mois en raison de la pandémie. Ces moments passés seuls, parallèlement au processus judiciaire, l’auraient amené à faire une rétrospective sur ce qui s’est passé il y a, dans certains cas, plus de 50 ans. Dans son allocution, il n’a toutefois jamais fait allusion à des agressions, utilisant plutôt le mot «égarements». 

«Je suis vraiment bouleversé de voir ce qui est arrivé. Je sais qu'il est impossible de réécrire le passé, mais croyez-moi, je regrette tout cela et je veux vous exprimer tous mes regrets», a-t-il commencé d’une voix faible et tremblante. 

«Je vous serais très reconnaissant d'accepter toutes mes excuses, et dans la mesure du possible, de me pardonner mes égarements dans ces malheureux incidents, a-t-il poursuivi. Je souhaite que ce message vous permette d'envisager l'avenir avec plus d'optimisme. Merci d'accueillir mes excuses qui sont sincères.»

En plus de la peine d’emprisonnement de trois ans, Béatrix Morin verra son nom être inscrit au registre des délinquants sexuels à perpétuité. Il ne pourra plus jamais posséder d’armes à feu et il lui est interdit de communiquer avec les victimes pendant son temps en prison. 

 

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