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10 janvier 2022 - 06:59

Donner une deuxième vie aux aliments pour briser le cycle de la pauvreté

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

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15 décembre, la température est glaciale, mais cela n’empêche pas les bénévoles du Carrefour d’initiatives populaires de décharger leur fourgonnette d’une cargaison de produits en provenance de marchés d’alimentation de la région. Des dizaines de casseaux de carottes sont entassés dans un chariot qu’ils font rouler jusque dans les locaux exigus situés sur la rue Bellevue, à Rivière-du-Loup. Après avoir passé l’étape du tri, le tout ira remplir les tablettes du comptoir de récupération alimentaire.

Grâce à cette initiative, plus de 70 tonnes de denrées ont été récupérées l’an dernier sur le territoire de la MRC de Rivière-du-Loup. «On sert entre 200 à 220 personnes différentes par semaine au comptoir de récupération. Ce sont des gens qui viennent soit par préoccupation environnementale ou financière se procurer des produits jugés non commercialisables. Ils sont encore capables de bien nourrir les gens», explique la directrice générale du Carrefour d’initiatives populaires, Karine Jean.

Assise à une grande table sur laquelle sont déposés des dizaines de légumes, une bénévole s’affaire à les trier, avant qu’ils ne soient mis à la disposition des usagers du comptoir de récupération. Elle ouvre minutieusement et un à un les casseaux de tomates en grappes pour s’assurer de leur qualité. Autour d’elle s’empilent des boites remplies de produits qui ne peuvent être vendus en épicerie, mais qui ont encore bons à la consommation. «On fait ça avec beaucoup d’amour et un profond respect pour la réalité des gens […] Il ne faut pas juger leurs raisons. On est inclusif, si tu trouves ça gênant, c’est parce que tu n’es pas venu», résume Mme Jean.

La mission de l’organisme est entre autres d’aider les usagers à devenir plus autonomes concernant leur alimentation. Il offre un maximum de quatre dépannages alimentaires d’urgence par année. Le comptoir de récupération, lui, est accessible à toutes les semaines, en échange d’une contribution volontaire. «Quand les gens sont capables de venir une fois par semaine au comptoir de récupération, ils s’éloignent d’avoir besoin du dépannage alimentaire. Entre 40 $ et 50 $ d’épicerie économisés par semaine, ça fait 200 $ de plus dans tes poches à la fin du mois», calcule Karine Jean.  

Le Carrefour veut ainsi transmettre des connaissances pour amener le développement du pouvoir d’agir des usagers. Avec seulement une baguette de pain, on peut aller plus loin et préparer des croutons, de la chapelure, faire des sandwichs, image-t-elle. «Il faut briser le cycle de la pauvreté et arrêter de tout le temps revenir à la même étape. Ce qui est important pour nous, c’est d’amener les gens vers l’autonomie le plus possible et de les mettre en action. S’ils viennent au comptoir de récupération et qu’ils n’ont pas une cenne, ce n’est pas grave. Au moins, ils vont s’être mis en action et ils vont être venus. Une autre personne qui vient par préoccupation environnementale va pouvoir donner une plus grande contribution et ça va se balancer au final», constate-t-elle.

LES DEMANDES D'AIDE DOUBLENT

Depuis la rentrée scolaire en septembre dernier, le Carrefour d’initiatives populaires a observé une hausse du nombre de dépannages alimentaire d’urgence. «C’était graduel et nous avons reçu le double de demandes par rapport à l’an passé pour les mois d’octobre et de novembre.»

En octobre 2020, l’organisme avait reçu 24 demandes. Cette année, elles se chiffrent à 58. En novembre, les demandes sont passées de 35 en 2020 à 86, un an plus tard.  

Selon la directrice du Carrefour d’initiatives populaires, la hausse des prix des aliments n’est pas étrangère à cette situation, mais elle n’est pas le seul facteur qui mène à l’insécurité alimentaire et au recours aux dépannages d’urgence. «Tu as autant de chance d’avoir besoin d’aide alimentaire dans ta vie que de tomber sur la glace. Un accident de travail, tu tombes malade, t’as besoin de traitements à Rimouski, tu ne peux plus conduire ton auto, une perte d’emploi», énumère-t-elle.

D’après le Rapport annuel sur les prix alimentaires 2022 publié par l’Université Dalhousie et l’Université de Guelph, cette année, une famille de quatre personnes comprenant un homme (âgé de 31 à 50 ans), une femme (âgée de 31 à 50 ans), un garçon (âgé de 14 à 18 ans) et une fille (âgée de 9 à 13 ans), aura au cours de la prochaine année des dépenses alimentaires annuelles pouvant atteindre 14 767,36 $, soit une augmentation de 966,08 $ par rapport au coût annuel total observé en 2021. Ce même document prévoit que le prix global des aliments augmentera de 5 à 7 %.

Parmi la clientèle fréquentant le CIP, 50 % des gens vivent seuls et la majorité d’entre eux sont des ainés. La pandémie de COVID-19, l’anxiété et l’isolement amplifient les réalités déjà existantes, avance Karine Jean. «On nourrit pas mal plus que des ventres en ce moment. On nourrit des cœurs, l’esprit, on écoute les gens. On essaie de s’adapter en fonction de leurs besoins.»

Au cours de l’année 2020-2021, le nombre de visites au comptoir de récupération alimentaire a augmenté de 12 % par rapport à l’an dernier, avec 7 560. Le Carrefour d’initiatives populaires a remis en 2020-2021 un total 546 dépannages alimentaires d’urgence, une diminution de 55 % par rapport à l’an dernier (1216), puisque le comptoir est offert comme une première option. Malheureusement, en raison de la situation sanitaire, le comptoir de récupération alimentaire est fermé pour une durée indéterminée. 

Le CIP s’implique aussi dans la communauté. Il a entre autres aidé le comité de la Saint-Vincent-de-Paul et le CLSC pour la confection des paniers de Noël et il a donné plus de 3 500 collations lors du Noël du Partage.

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1 réactionsCommentaire(s)
  • Félicitations Mme Jean et merci à toute votre équipe pour ce service devenu malheureusement indispensable à notre communauté !

    Denis Moisan - 2022-01-10 08:36