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28 mai 2020 - 15:37 | Mis à jour : 21:09

Vacances compromises : des professionnels de la santé se disent «morts de fatigue»

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

Les membres des syndicats des professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires du Bas-Saint-Laurent et de l’APTS du Bas-Saint-Laurent ont manifesté devant l’hôpital de Rimouski le 27 mai afin de dénoncer le fait que leur employeur veut revoir à la baisse leurs semaines de vacances consécutives ou non en s’appuyant sur les arrêtés ministériels alors que la situation de la COVID-19 est sous contrôle dans la région.

Les deux syndicats demandent à leur employeur de suivre ce qui était prévu dans les conventions collectives puisque la région Bas-Saint-Laurent est encore considérée comme une «zone froide», avec 48 cas de COVID-19 depuis le début de la crise sanitaire. Elle est l’une des plus épargnées au Québec. «C’est abusif que le CISSS du Bas-Saint-Laurent veuille toucher à nos vacances estivales alors qu’une deuxième vague de COVID-19 pourrait arriver cet été ou cet automne. Ce n’est pas le temps de presser le citron maintenant parce que nos membres vont déjà être brulés si cette situation survient», commente la présidente du Syndicat des professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires du Bas-Saint-Laurent, Cindie Soucy. Cette dernière croit que les employés méritent les vacances qui étaient prévues par leur convention collective, et ce malgré la crise actuelle au Québec.

«C’est une question de principe, on ne veut pas que notre employeur vienne jouer dans les vacances de nos membres puisque nous sommes une des zones au Québec où il y a le moins de cas (…) Des gens sont déplacés dans d’autres établissements pour supporter d’autres services, quand on ajoute à ça les vacances, ça crée de la frustration et de la colère», commente Alexis d’Aoust-Tremblay, président par intérim de l’APTS Bas Saint-Laurent. Il déplore aussi que les primes de 8% sont inaccessibles pour les membres de son syndicat, dont entre autres du personnel de laboratoire, des radiologistes, des travailleurs sociaux, des psychologues qui ont de la difficulté à se faire reconnaitre comme personnel de première ligne.

«On ne sent pas que l’employeur veut négocier pour trouver des pistes de solution. Il veut appliquer du mur à mur et c’est un manque de respect envers notre personnel», ajoute Mme Soucy. Elle déplore aussi que les primes de 8 % accordées aux travailleurs de la santé ne sont pas accessibles à tous. «Pourtant, on court tous le même risque quand on va travailler. Il se peut qu’un patient atteint de la COVID-19 ne transige pas dans la bonne zone, on l’a vu dernièrement à l’hôpital de Rimouski. Cela peut arriver, mais nous n’avons pas droit à la prime de 8 %. Le risque est réel et présent, peu importe où on travaille», complète Cindie Soucy.

Jusqu’à tout récemment, des transferts de personnel des centres hospitaliers vers les CHSLD avaient encore lieu, une situation que dénonce la porte-parole du Syndicat des professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires du Bas-Saint-Laurent. Ce sont ces mêmes mouvements de personnel qui ont créé des éclosions dans les établissements de Montréal, une situation qui doit être évitée au Bas-Saint-Laurent. «L’employeur a répondu que si son offre de services est compromise, il y aurait des déplacements. On lui demande de revoir sa capacité à la place, pour éviter de mettre des personnes en danger.»

D’après Mme Soucy, le personnel de la santé dans les établissements du CISSS du Bas-Saint-Laurent ne se sent pas assez outillé pour faire face à la COVID-19 puisque les équipements de protection pour les zones froides sont moindres (masque de protection), alors que dans les zones chaudes, les employés doivent porter masque, jaquette, gants et parfois la visière. «On ne se sent pas en sécurité pour donner des soins, ce n’est pas normal (…) Il y a une discordance entre ce qui est présenté et dit lors des conférences de presse du gouvernement et ce que nous observons en réalité sur le terrain». Les négociations ont lieu également entre les syndicats nationaux et le gouvernement du Québec.

RÉACTION DU CISSS

Le CISSS du Bas-Saint-Laurent est bien au fait que le personnel de la santé doit se reposer lors de la période estivale. La porte-parole Ariane Doucet-Michaud confirme que les discussions se poursuivent avec les syndicats. «Pour ce qui est des vacances, on est vraiment soucieux et on est conscient que notre personnel est fatigué, qu’ils sont épuisés. On va tout faire ce qui est en notre possible pour leur donner des vacances. C’est sûr que les cas de cinq semaines, c’est peu probable. On essaie de travailler vers trois semaines de vacances consécutives pour la région du Bas-Saint-Laurent parce que notre épidémiologie le permet et qu’on n'est pas en grande vague de COVID-19», explique-t-elle. Le défi pour l’organisation de soins de santé est de ne pas causer de rupture de services parce que cela pourrait porter préjudice à la population.

«La condition exige vraiment beaucoup de sacrifices pour tout le monde. On est dans une situation sans précédent, on est en urgence sanitaire. Il y a des mesures qui peuvent sortir des conventions qui vont être prises», confirme Mme Doucet-Michaud. Cette dernière affirme qu’il faut planifier le personnel puisqu’on ne sait pas à quoi s’attendre en terme d’ampleur pour une deuxième vague de COVID-19.

«Est-ce que ça va être aussi petit ? Est-ce que ça va quintupler ? Il faut qu’on soit préparé à tous ces scénarios et qu’on s’assure d’avoir le personnel nécessaire en place tout le temps. On ne sera pas plus avancé si on doit rappeler des gens de leurs vacances pour qu’ils reviennent travailler», complète-t-elle. Bien que cette mesure ne concerne pas la majorité des employés du CISSS du Bas-Saint-Laurent, des déplacements se font encore entre les établissements pour certains secteurs. «Ce n’est pas la majorité. On est en train de travailler pour s’assurer d’avoir des équipes dédiées parce qu’on sait que la circulation, ce n’est vraiment pas l’idéal en période de COVID-19.»

Le CISSS du Bas-Saint-Laurent assure avoir des quantités suffisantes d’équipements de protection et dit respecter les procédures émises par l’Institut national de la santé publique. Des conseillères en prévention et en contrôle des infections sont présentes sur les étages pour s’assurer que l’équipement de protection est bien porté.

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