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29 septembre 2018 - 06:51

Femmes en politique : entre obstacles et barrières à leur accès

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

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Alors que la parité est sur toutes les lèvres dans le cadre de la campagne électorale provinciale, une étude dévoilée le 19 septembre révèle que lors des élections municipales de 2017, un peu moins de 2 candidatures sur 3 ont été déposées par des hommes. Les candidats masculins ont occupé 71% de l’espace médiatique, contre 29 % pour les femmes.

Rivière-du-Loup a d’ailleurs retenu l’attention des chercheuses dans le cadre de cette étude, parmi huit autres villes analysées. L’objectif était de mieux comprendre de quelle manière les candidates aux postes de mairesse et de conseillère ont été représentées dans les médias lors des dernières élections municipales.

«Malgré le fait que la mairie de Rivière-du-Loup ait fait l’objet de trois candidatures, moins du tiers (24,2 %) de l’espace médiatique a été dédié à Sylvie Vignet, seule femme à avoir posé sa candidature aux élections municipales de la ville. Le maire sortant, Gaétan Gamache, et l’autre candidat, Pierre Lévesque, ont pour leur part reçu une proportion plus importante de l’attention journalistique (respectivement 30,3 % et 44 %)», peut-on lire dans la partie de l’étude portant sur le cas de Rivière-du-Loup.

VOCABULAIRE

L’étude s’est notamment penchée sur le vocabulaire utilisé dans les médias pour dépeindre les candidates par rapport aux candidats masculins. L’accent a été mis sur les qualités et leurs capacités traditionnellement féminines, reproduisant ainsi les stéréotypes de genre.

Les candidates ont alors été qualifiées de rassembleuses, mobilisatrices, charmantes, femmes d’équipe, à l’écoute. Leur expérience était directement mise en relation avec leur compétence à devenir mairesse ou conseillère. On leur demande d’incarner non seulement ces caractéristiques associées au genre féminin, mais également d’être une figure de leadeurship (culturellement associé aux hommes), un double-standard, selon les chercheuses.

Ces dernières ont également soulevé l’utilisation de métaphores guerrières associées aux caractéristiques typiquement masculines pour aborder la politique. Les termes «une joute verbale», «il a mis son adversaire KO», «des échanges musclés», souvent utilisés par les médias, entrent dans cette catégorie. Ces qualificatifs ne sont pas culturellement associés aux femmes, qui sont davantage décrites en fonction de leurs capacités relationnelles. «Lorsque les candidates se sont montrées directives et se sont affirmées, elles ont parfois été médiatiquement dépeintes comme des femmes rigides et ont reçu l’injonction de s’assouplir», peut-on lire dans l’étude. Ce vocabulaire utilisé par les médias fait l’objet de quelques recommandations des chercheuses, qui souhaitent que la représentation basée sur le genre des candidates soit évitée.

RÉACTIONS RÉGIONALES

Sylvie Vignet ne ressent pas le besoin d’incarner tous ces traits de caractère à la fois. «J’y vais avec ce que je suis. Je communique comme je le pense et comme je le sens et je pense que les citoyens apprécient ça. J’ai des commentaires positifs des citoyens parce les gens savent où ils s’en vont, je ne raconte aucune menterie (…) Les citoyens réclament énormément de transparence de leurs élus, et quand on le fait, on se fait ‘’rentrer dedans’’», ajoute-t-elle.

L’ex-mairesse de L’Isle-Verte de 2013 à 2017, Ursule Thériault, a d’ailleurs été invitée à prendre la parole lors du dévoilement des résultats. Elle a tenu à revenir sur la couverture médiatique sans précédent du drame que L’Isle-Verte a connu en janvier 2014.

«(Ça) m’a fait vivre une expérience absolument inhabituelle et émotivement très exigeante. Dans un tel contexte, les médias étaient vraiment des acteurs clés pour assurer la diffusion de l’information en temps réel (…) J’ai toujours ressenti une attitude teintée de respect et d’empathie de la part des médias locaux et régionaux. Je n’ai pas eu à subir de comparaisons malhabiles ou inconvenantes parce que j’étais une femme. On m’a toujours traitée en fonction du poste que j’occupais et des responsabilités qui m’incombaient, et cette façon de faire avait préséance, peu importe le contexte, pendant la durée de mon mandat à la mairie», ajoute Mme Thériault.

La Table de concertation des groupes de femmes du Bas-Saint-Laurent et la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie en collaboration avec l’UQÀM ont collaboré à cette étude intitulée «Plus de femmes en politique – Les médias et les instances municipales, des acteurs clés!». L’objectif est de mieux cerner les obstacles qui restreignent l’accès des femmes à la vie politique, et d’améliorer la collaboration avec les médias et les instances municipales pour permettre la pleine participation des femmes aux sphères de pouvoir. Pour réaliser cette étude, 1110 articles de la presse écrite et de médias communautaires écrits francophones du Québec ont été recensés.

Le média Info Dimanche est d’ailleurs cité positivement à cinq reprises dans cette étude concernant la course à la mairie de la Ville de Rivière-du-Loup menée par la candidate élue, Sylvie Vignet. 

Il est possible de consulter l'étude complète en suivant ce lien : http://tcgfm.qc.ca/projets/3

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1 réactionsCommentaire(s)
  • Je félicite ces cinq femmes pour le courage d'oeuvrer aux projets de société; Plus précisément la participation des femmes aux sphères du pouvoir.

    Quant à moi la couverture médiatique indique très souvent une réponse offerte, voire suggérée, aux citoyens. Ce qui n'empêche pas d'apprécier le travail colossal de cette même couverture médiatique.

    Le genre humain étant ce qu'il est, il m'importe de suggérer que l'opinion de la couverture médiatique est un point central qui influence le vote et le choix. Le média Info Dimanche est cité positivement. Comment ne pas s'en réjouir!? Bravo.

    Conservons notre vigilance et ensemble nous créerons un espace démocratique.
    Merci.

    Constance B. - 2018-09-30 15:17