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29 juillet 2018 - 06:58

Un homme et ses goélettes

Lydia Barnabé-Roy

Par Lydia Barnabé-Roy, Journaliste

C’est avec les yeux remplis d’étoiles que Roger Labonté parle de sa passion. Les bateaux ont toujours fait partie de sa vie. Aujourd’hui âgé de 68 ans, il raconte une partie de son histoire, mais aussi celle des bateaux utilisés autrefois pour transporter le bois, nommés goélettes à moteur.

Cet homme originaire de Pohénégamook a déménagé à Trois-Pistoles en 1953, alors qu’il n’avait que quatre ans. Il demeure encore aujourd’hui à l’endroit où sa passion est née. «J’allais voir les bateaux à la marina de Trois-Pistoles et j’ai eu la piqûre», a relaté M. Labonté. Il en a fait un métier. Il chargeait des «pitounes» de bois sur des goélettes, un métier qu’il a exercé jusqu’en 1978. Il avait toujours voulu en construire, mais savait qu’il n’en ferait jamais en grandeur nature. Il s’est alors mis à en construire des miniatures en 1977, à ses 27 ans. Aujourd’hui, 41 ans plus tard, il compte 40 bateaux à son actif. 

Ses œuvres ont été exposées au centre commercial de Trois-Pistoles à ses débuts. Cinq de ses bateaux miniatures sont d’ailleurs accostés au Musée à Kamouraska. M. Labonté voulait, en faisant des goélettes à moteur miniatures, préserver l’histoire de la navigation de ces bateaux.

CONSTRUCTION

Tous ses bateaux sont faits de cèdre. Le Pistolois utilise des morceaux de bois qu’il coupe finement et découpe ensuite pour faire de petites planches. Bien que la coque soit la plus dure à faire sur ses œuvres et les détails plus faciles, M. Labonté aime tout faire lors de la conception d’un bateau. «J’ai tout fait ça à la main, tout est sculpté», explique-t-il. Quelques éléments sont déjà faits, mais très peu. «Ça, dit-il en pointant des tuyaux d’échappement, c’est des tuyaux de plomberie. Quand on trouve des trucs qui peuvent s’adapter on les prend (…) On garde toutes ces petites affaires là, ça sert à tout», a déclaré M. Labonté en riant. Tous ses bateaux vont à l’eau et y résistent.

Roger Labonté exerce la construction de ses bateaux chaque hiver. Elle peut durer environ 6 à 7 mois, selon l’œuvre. La conception de ses goélettes miniatures ne nécessite pas d’équipement spécial. Il n’utilise pas de plan pour concevoir ses créations. «J’en utilisais au début, mais je trouvais ça long et ennuyant. Tout est dans ma tête», explique le sexagénaire. Il débute chacun des bateaux en partant d’une goélette qui a réellement existé. Il les reproduit, même nom, même couleur, mais il avoue laisser aller son côté artiste en ajoutant des détails provenant de son inspiration du moment.

La fabrication des goélettes miniatures, en soit, est peu couteuse. «C’est l’ouvrage qui est le plus cher», affirme M. Labonté. Un madrier ou deux sont utilisés pour fournir le bois pour l’élaboration du bateau, et ce à 20 $ du morceau de bois. Pour les intéressés, on peut s’attendre à un modèle de base à plus de 1 000 $, et sa valeur augmente rapidement avec l’ajout d’électronique et d’un moteur. Il faut dire que le plus gros bateau que Roger Labonté a fait mesurait 60 pouces. Cependant, les goélettes qu’il vend normalement mesurent 42 pouces. 

Ses bateaux téléguidés peuvent avancer, reculer, il y a même un klaxon d’intégré ainsi que des lumières autant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la structure. M. Labonté a même reproduit la chambre et la cabine de navigation du capitaine. Tout a été pensé.

Il a vendu une douzaine de bateaux, dont le dernier qui a été acheté par une femme de l’Île aux Coudres. Le bateau qu’elle a acquis était celui sur lequel son père avait travaillé. Le plus vieux bateau qu’il possède toujours a 18 ans et est téléguidé depuis 13 ans. À toutes les années, il en fait l’entretien en refaisant la coque et la peinture. Même si Roger Labonté prise les goélettes à moteur, il a déjà fait un caboteur, un traversier et un voilier. Ce dernier a été construit il y a 8 ou 9 ans pour sa femme. «Elle est décédée du cancer il y a un mois», a-t-il confié. Celle-ci l’a d’ailleurs aidé dans la fabrication de ses bateaux en confectionnant notamment les cordes au crochet. 

Lorsqu’il va au quai, quelques fois par semaine, plusieurs personnes sont intéressées par son travail et abordent l’homme de Trois-Pistoles. Certaines se sont même arrêtées à son atelier pour poser des questions et pour voir le fruit de son labeur. «Il y a toujours de l’ouvrage à faire ici», a-t-il dit en souriant. «C’est le plaisir de faire ça, ça passe le temps et en même temps c’est comme une thérapie pour moi. Quand j’ai besoin de réfléchir, je me plonge là-dedans et ça me fait du bien», a confessé Roger Labonté. C’est avec le cœur plein de souvenirs qu’il entamera sa 41e œuvre l’hiver prochain.
 

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