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Le blogue de Richard Levesque

30 mars 2017 - 11:19

Polissonneries

3 Commentaire(s)

Certains s’imaginent que nos ancêtres étaient moins polissons que les jeunes d’aujourd’hui, dont le langage est parfois d’une crudité… anatomique.  Ils se trompent profondément.  Ainsi, plusieurs croient qu’Alfred de Musset, le poète sublime, le doux romantique, ne devait laisser couler de sa plume que des mots délicats, convenables, voire contournés.  Et que son amie George Sand, qui était déjà féministe il y a près de 200 ans, ne pouvait exprimer ses sentiments les plus intimes qu’en termes dénués de toute grivoiserie.  Grande erreur!

J’en connais pour preuve deux documents.  Je ne vous citerai ici que le premier, le second pourrait choquer certaines pudeurs...

Voyez cette lettre écrite par Musset (en forme de poème) et la réponse de George Sand.  Bien sûr, si vous ne lisez que superficiellement, vous ne trouverez, dans ces épîtres, rien de contraire au bon ton.  Mais si vous avez l’idée de ne lire que le premier mot de chaque vers, vous comprendrez mieux le véritable sens des choses…

Lettre de Musset à George Sand :

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un cœur
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

Réponse de Sand à Musset :

Cette insigne faveur que votre cœur réclame
Nuit à ma renommée et répugne mon âme.

Autres genres de polissonneries en vrac :

Le mot démocratie  vient d’un substantif et d’un verbe grecs:  DEMOS qui veut dire «peuple» et KRATEIN qui veut dire «diriger, gouverner».  Partant de là, les politiciens définissent la démocratie comme «le gouvernement du peuple par le peuple.»
Amusons-nous à examiner cette définition.  
Lorsque le peuple vote aux élections, il oriente les mécanismes effectifs de direction en indiquant plus ou moins clairement le programme qu’il accepte et le parti qu’il préfère.  Mais au lendemain des élections, le peuple ne dirige rien.  C’est un parti qui dirige, et ce parti lui-même est dirigé par des personnes physiques ou morales (compagnies, grandes entreprises) peu nombreuses.  Lorsque le peuple prend les armes comme en France en 1789 ou en Russie en 1917, c’est pour détruire des mécanismes de direction et les remplacer par d’autres qu’il juge meilleurs.  Mais au lendemain des révolutions le peuple ne dirige encore rien.  C’est un parti, ou une coterie, ou un homme, qui effectivement exerce le pouvoir.
Ceci étant admis, on est forcé de conclure que la notion même d’un peuple qui s’autogouverne est en soi contradictoire:  le peuple au repos est une masse, et cette masse ne se met jamais en action sans un ou des chefs.  Or un chef est quelqu’un qui dirige.  Donc un peuple, dès qu’il a un chef, ne se gouverne plus puisqu’un chef le dirige...
On ne peut concevoir que plusieurs milliers d’individus exercent une action concertée et intelligente -sauf si cette action est justement concertée par un chef.  L’existence d’un chef présume que les milliers d’individus se font diriger, donc ne se dirigent plus eux-mêmes.  On n’en sort pas.
La démocratie, au sens de gouvernement du peuple par lui-même, n’a donc pas d’existence pratique.
Tout compte fait, le véritable sens de la démocratie telle qu'elle semble prônée par certains politiciens, ne serait-il pas le suivant:  «Action de tromper par de fausses apparences...»  Or cette définition, le Larousse s’en sert pour le mot IMPOSTURE...
Louis XIV, au moins, ne se cachait pas pour dire «L’état, c’est moi!...»

¬¬¬¬¬¬¬¬¬¬

Dans son livre Histoire naturelle des sottises,  Bergen Evans évoque un débat qui a bouleversé l’Occident du XVe au XIXe siècle, savoir:  la question du nombril d’Adam.

Ben oui, pensez-y:  ayant été créé “directement” par Dieu, Adam n’avait pas besoin de nombril.  En avait-il un tout de même?  Les artistes ont été bien divisés sur ce point, les uns faisant à Adam un beau ventre bien lisse, d’autres (comme Michel-Ange) lui peignant un superbe nombril.
Au fait si Adam n’avait pas de nombril c’est que Dieu ne l’a pas créé homme vraiment, il lui manque un détail...  Mais s’il en avait un, n’était-ce pas inutile -et se peut-il que Dieu dans sa perfection ait créé quelque chose d’inutile?

Et Ève?  Née de la côte d’Adam, avait-elle un nombril?

Passez-moi l’aspirine!

¬¬¬¬¬¬¬¬¬¬

Citation du même Bergen Evans:

«Il semble que ce soit un principe politique de rendre confus ce contre quoi on ne peut rien.  Les trois grands moyens stratégiques  pour embrouiller un débat consistent:

1)    à soulever à son propos des difficultés sans rapport avec la question;

2)    à éveiller les préjugés;

3)    à tourner en ridicule ce qu’on veut abattre.

Les représentants du peuple ne se gênent point pour les employer tous les trois en une magistrale combinaison.»

Ça ne vous fait pas penser à quelqu'un?  Voire à plusieurs?

¬¬¬¬¬¬¬¬¬¬

 

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3 réaction(s)
  • Au moins, les polissonneries qu’échangeaient Alfred de Musset et Georges Sand étaient bien dissimulées. Et c’est bien certain que je me suis mise à chercher le deuxième document… et j’ai été bien surprise d’apprendre que leur relation n’avait duré que deux ans. Ce n’était pas du tout le souvenir que j’avais. Intéressant quand même.
    M. Thériault - 2017-04-01 14:15
  • As-tu trouvé le deuxième document?
    Richard - 2017-04-01 15:04
  • Bien sûr que je l’ai trouvé, sinon je chercherais encore vous savez… ;o))
    En lisant une ligne sur deux de cette belle lettre d’amour, je vous dis que madame avait un langage pas mal cru pour l’époque. Quand même…. En tout cas, elle n’avait pas besoin de lui faire un dessin pour qu’il sache à quoi s’attendre. ;o)) Et c’était entre 1833 et 1834! Ouf.
    M. Thériault - 2017-04-01 15:34