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Sous les projecteurs , par

20 octobre 2017 - 04:12

Je vous crois...

5 Commentaire(s)

Ça a commencé avec une femme qui a pris la parole, qui a remis l'enjeu à l'ordre du jour. Deux mots. #metoo, #moiaussi, publiés par Alyssa Milano, une actrice et productrice américaine dans la foulée d'accusations de harcèlement et d'agressions sexuelles visant le producteur de cinéma américain Harvey Weinstein. 

D'une magnitude incomparable, ce mouvement massif de centaines de milliers de personnes qui ont manifesté sur les réseaux sociaux avoir été victimes de comportements sexuels totalement inappropriés et déplacés ne laisse personne indifférent. Ce n'est pas qu'une question d'hommes, de femmes, de milieux de travail toxiques, de relations de pouvoir malsaines, c'est beaucoup plus grand. Les répercussions de la prise de parole sont énormes, et c'est tout à l'honneur des victimes qui s'expriment. La vapeur est renversée. La puissance des agresseurs, qui résidait auparavant dans le silence, est anéantie.

Souvent, et malheureusement dans bien des cas, la peur de dénoncer, de ne pas être pris au sérieux, de perdre sa crédibilité, son emploi, de briser des liens de confiance, des familles, de rompre des amitiés peut peser lourd dans la balance. Porter sur son dos de telles souffrances, c'est bien assez pour faire courber l'échine devant ces manipulateurs de haute voltige. 

Les bombes médiatiques d'Éric Salvail et de Gilbert Rozon ne sont que la pointe de l'iceberg. Combien d'entre ces centaines de milliers de dénonciations visent des personnes totalement anonymes, inconnues du grand public, mais qui ont des agissements tout aussi répréhensibles, sinon encore plus outrageants ?

Tout le monde savait. Rozon, grand manitou déchu du Festival Juste pour Rire, avait plaidé coupable en 1999 à des accusations d'agression sexuelle à l'endroit d'une femme de 19 ans. Sa peine ? Une amende de 1 100 $ et une absolution inconditionnelle. Le juge avait estimé qu'un dossier criminel pour avoir commis une agression sexuelle pourrait empêcher l'agresseur de se rendre aux États-Unis, et ainsi affecter négativement l'économie de Montréal. Pardon ? Oui, vous avez bien lu. Tout pour encourager les victimes à parler et dénoncer. 

Après on se demande pourquoi aucune accusation n'a encore été portée devant les tribunaux officiellement. Hem hem. On peut comprendre les victimes d'être réfractaires. Reste que pour ces têtes d'affiches qui misent tellement sur leur image pour faire lever leur carrière, un dossier criminel représente bien peu quand ils sont à la tête de ces cotes d'écoutes faramineuses, ces empires du culte de la personnalité. La perte de leur crédibilité et de la confiance du public vaut bien plus à leurs yeux. C'est là le rôle du 4e pouvoir, les médias. Quand le judiciaire échoue, c'est l'intérêt public et le tribunal populaire qui doit prendre le relais. Icare a volé trop près du soleil, beaucoup trop souvent dans ces cas-ci, et ce ne sont pas ses ailes qui l'ont brûlé. L'impunité doit cesser.

Je remercie du fond du coeur toutes ces victimes pour leur courage, ces médias qui malgré la pression n'ont pas cédé et ont publié ces témoignages, ceux qui prennent la parole, anonymement ou non, ceux qui dénoncent, et tous ceux qui les croient. 

Pour les sceptiques qui doutaient de la pertinence d'un mot-clic et de ses possibles répercussions: quand vient le temps de dénoncer, la force du groupe est insurmontable. Elle donne du pouvoir, du courage, et surtout l'impression de ne plus être seul devant ces abus de pouvoir et d'autorité. 

La solution pour faire cesser ces actes répréhensibles? Parler­. Parce qu'un agresseur emprisonne ses victimes dans le silence. Ça donne les bombes à retardement qu'on a vues cette semaine nommées Salvail et Rozon. Désormais, si vous êtes témoins de gestes ou de paroles qui n'ont pas leur place, confrontez-les, peu importe votre statut, opposez-vous, insurgez-vous, prenez la défense de ceux qui sont figés par tant d'affront. 

Parce que ça peut arriver, parce que le harcèlement, c'est pas juste une affaire homme-femme et parfois ça passe sous silence. Juste parce que j'ai hésité à publier ce message et que je ne devrais pas.

Parce que comme tant d'autres, #moiaussi. Et surtout, #jevouscrois.


 

Pour ceux qui se demandent de quoi je parle : 

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5 réaction(s)
  • Quelle magnifique vision de ce tsunami Andréanne.
    C'est le meilleur compte-rendu de cette tempête. que j'ai lu à date!
    Tu as tout dit...Chapeau!
    Claire Tremblay - 2017-10-20 23:35
  • Bonjour Andréanne,

    Le gros problème c'est que les victimes savent que les abuseurs s'en tireront avec une tape sur la main et compte tenu de tout ce que le processus implique pour eux ou elles, ils/elles pensent que ça n'en vaut pas la peine. Je ne suis pas sans leur donner raison, en partie.

    Il est très difficile de dénoncer, ça tous le savent. Mais il est tout aussi difficile de vivre avec ce secret. Ça aussi tous le savent.

    Au risque de me faire trucider, je crois cependant qu'il faut faire la part des choses. Une joke plate est une joke plate. Elle peut être dite par n'importe qui. On a qu'à passer par-dessus en se disant que le gars ou la fille qui l'a sortie est un con ou une conne. Je ne vois pas là de harcèlement. Qui de nous n'en avons jamais sorties? Les jeunes femmes d'aujourd'hui ont très vite les masses en l'air et crient vite au harcèlement, ce qui mène au résultat que les juges n'ont pas la certitude qu'ils condamnent un harceleur lorsqu'ils en ont un devant eux. Attention! Je ne suis pas en train de dire que c'est correct, je suis juste en train de dire qu'il y a une différence entre un viol, une main sur un sein, sur une fesse et une joke de mononcle ou de boss qui se croit drôle et qui passe surtout pour un cave.

    Peut-être êtes-vous la génération qui fera changer tout ça. Ma génération a tant bien que mal essayé, sans succès. Vous avez effectivement la chance de pouvoir faire plus bouger les choses que nous, via "les internets". Mais attention de ne pas crier au loup...

    Ah et pendant que j'y suis, #moiaussi et bien plus que vous ne pouvez penser.
    La plus pro-policier du Témis - 2017-10-21 16:50
  • @ Claire Tremblay, merci beaucoup, votre commentaire est très apprécié.

    @ La plus pro-policier du Témis : Comme je l'ai dit plus haut, je comprends tout à fait les victimes d'être réfractaires, surtout quand on voit le résultat. Ça ne devrait toutefois pas les empêcher de parler pour sortir de ce foutu silence.

    En effet, une joke plate, c'est une joke plate, et plutôt que de ne rien dire, pourquoi ne pas en faire part que c'était un commentaire déplacé, pas drôle, meilleure chance la prochaine fois. Répliquer plutôt que baisser la tête et encaisser.

    Le harcèlement est à mon sens des attaques incessantes, qui, à force d'être répétées, affectent la santé psychologique de quelqu'un. Une forme de violence, mais plus insidieuse. En effet, il faut le distancer des gestes, mais parfois l'un ne va pas sans l'autre. Lorsqu'une victime a été harcelée psychologiquement sans cesse, peut importe dans quel milieu, quand son agresseur en vient aux gestes, elle ne peut plus rien faire. C'est déjà trop tard.

    Pour ce qui est des cas de Salvail et Rozon, je crois qu'on est bien loin de crier au loup, avec près d'une dizaines de sources pour chacun d'entre eux. Sur ce coup là, je vais faire confiance au travail des journalistes.

    Merci pour votre réflexion, c'est toujours plaisant de voir l'opinion des autres concernant ce sujet je dirais...épineux.
    Andréanne L. - 2017-10-22 09:18
  • @Andréanne: tout à fait d'accord avec vous sur les cas de Lauzon et de Salvail.

    Quand je parlais de crier au loup, je vous donne un exemple. Un des grands boss de mon bureau est avec moi et une autre fille dans l'ascenseur. Il dit à la jeunesse qui nous accompagne que sa robe lui va très bien, qu'elle est jolie avec. Sans faire ni une ni deux, en sortant de l'ascenseur, la jeune femme va droit aux ressources humaines pour dire que le boss a eu un commentaire déplacé. Elle me l'a raconté par la suite. Inutile de dire qu'il n'y a pas eu de suites à sa plainte, je suis sûre que vous vous en doutiez.

    Je ne suis pas d'accord avec elle. A mon sens, il lui a fait un compliment. Je n'ai pas vu le mal dans son commentaire, en plus qu'il l'a fait en présence d'un témoin, sans avoir les yeux cochons ni les mains promeneuses.

    Un autre boss, quand j'étais jeune, s'accotait toujours "la chose" sur mon épaule quand il me donnait ses instructions et que j'étais assise. Je me tassais à toutes les fois et je l'enlignais de façon à ce qu'il se tasse. Ça marchait... jusqu'à la fois d'après... Aurais-je dû en parler? A l'époque, on m'aurait dit que je n'étais pas tolérante, c'est tout.

    Pour en revenir au big boss du début, je le rencontre de nouveau un peu plus tard, toujours dans l'ascenseur, et il me sort une joke plate, sexiste à souhait. Je le regarde et lui dis qu'il est colon. C'était risqué... Normalement, ceux qui disent des conneries devraient se dire qu'à un moment ou un autre, ils recevront un "t'es con" et devraient l'accepter. Il me semble que ça va avec. Est-ce que ça valait une plainte? Non, je ne crois pas. C'était juste très con.

    Autre exemple, dans ma jeunesse, mon boss avait un client qui m'a demandé d'être sa maîtresse, qu'il paierait mon appart, mon char, me gâterait. Il ne s'était jamais rien passé avec lui. Le hic, c'est que je n'aurais pas le droit d'avoir de chum de mon bord mais lui, il avait le droit de garder sa femme. Bref, il voulait s'acheter une pute privée! J'ai dit non à son offre et il n'en revenait pas. J'osais lui dire non, à lui, qui pouvait acheter toute la ville et la revendre à crédit! Il a même essayé de bonifier l'offre et a eu le malheur de me mettre la main sur une fesse en tentant de me retenir avec son autre main. Ça fait au moins 30 ans et je suis sûre qu'il a encore mal à la marboulette, s'il est encore en vie. Mais il n'a plus été notre client dès le lendemain. Quand mon boss de l'époque a voulu me faire des remontrances car il perdait son plus gros client, à me voir la face, il n'a pas chialé longtemps. Mais je n'ai rien dit et j'ai quitté ma job la journée-même. C'est vrai que ma réaction était big mais il était vraiment trop entré dans ma bulle. Aurais-je dû porter plainte? Ça aurait donné quoi? Ce n'était pas assez grave.

    Des exemples comme ça, chacune d'entre nous en a à la tonne.

    Avec l'expérience et la "sagesse", aujourd'hui, si j'avais un (***) qui tentait de s'accoter "la chose" sur mon épaule, il y aurait tellement mal qu'il ne pourrait plus honorer sa femme pendant plusieurs semaines. Mais là, c'est certain que c'est moi qui se retrouverait dans le trouble, j'en suis consciente. Ou si j'avais un genre de Salvail qui se la sortait pendant une réunion pour voir qui avait la plus grosse, je rirais tellement de lui qu'il serait gêné de la sortir pour le reste de sa vie.

    Mais jamais je ne dénoncerais des gestes comme ça, qui sont, à mon sens, sans conséquence, sans victimes réelles...

    Par contre, un viol, de l'inceste, du vrai harcèlement (celui que vous décrivez), on devrait être capables dénoncer ça mais c'est réellement difficile, voire pratiquement infaisable. On doit faire un choix: qu'est-ce qui est le pire entre ce qu'on a subi (ou subit toujours) et la façon dont on devra vivre après la dénonciation. Car une chose est sûre, lui, il va s'en sortir, ce qui n'est pas le cas de chacune d'entre nous. D'une façon ou d'une autre, la sanction, c'est la victime qui la reçoit et c'est pas mal toujours la condamnation à perpétuité.

    C'est effectivement un sujet très épineux, j'en conviens.

    la plus pro-policier du Témis - 2017-10-22 17:22
  • @ la plus pro-policier du Témis Merci pour votre commentaire, c'est très plaisant de vous lire, et en plus ça vient enrichir le contenu de mon blogue. Bien que difficiles à dénoncer, vous conviendrez que ces gestes (et paroles) n'ont tout simplement pas leur place dans un environnement de travail. Ça fait juste en augmenter la toxicité. C'est ce qu'il faut faire cesser.
    Au plaisir !
    Andréanne L. - 2017-10-24 10:31