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Le blogue de Richard Levesque

19 décembre 2019 - 05:26

Le Noël de Cricri

3 Commentaire(s)

Cricri, la petite souris grise, trottine doucement vers sa maison —un trou dans la plinthe, au bas du mur du salon. Juste devant le trou il y a une patte du divan, ce qui est bien commode car ainsi Boule-de-laine, le gros chat jaune, ne peut pas déranger Cricri : il est bien trop gros pour se glisser entre le divan et le mur!

Cricri trottine en pleu­rant doucement dans ses moustaches.  Quand elle renifle, cela fait un petit bruit tout menu et tout triste : «nif, nif»...  C’est qu’aujourd’hui, nous sommes le 24 décembre; toute la maison est illu­minée, la cuisine est pleine d’odeurs appétis­santes.  Dans le salon, juste en face de la porte de Cricri, il y a un grand sapin avec tout plein de boules rouges, bleues, dorées... et là-haut, très, très haut, il y a une étoile qui brille comme un espoir.

Tout cela est bien gai, mais Cricri est bien triste.  Toutes ces choses ne sont pas pour les petites souris.  Elle au­rait bien aimé pourtant participer à la fête!  Elle aurait bien voulu voir la messe de Noël, entendre les cantiques et les carillons, et surtout —surtout! elle aurait bien aimé voir la crèche où l’on couchera le petit Jésus à minuit...

Depuis des jours et des jours Cricri entend les enfants de la maison qui posent des questions à maman et papa, depuis des jours elle écoute papa et maman raconter des choses merveil­leuses à propos de Noël, à propos de la nuit en­chantée pendant laquelle une étoile brillante comme un espoir a guidé des bergers et des rois vers un petit enfant cou­ché sur de la paille.

Si au moins elle était un gros bœuf, ou même un âne!  Car il y avait un bœuf et un âne dans la crèche, qui soufflaient sur le petit Jésus pour le réchauffer.  Seulement Cricri est une souris, une toute petite souris grise.  Jamais papa et maman n’ont raconté qu’une souris avait vu le petit Jésus dans la crèche.  Un bœuf, un âne, des moutons venus avec les bergers, même des chameaux puisque les rois ne voyagent pas à pied.  Mais une sou­ris?...

Et puis les souris ne vont pas à l’église pen­dant la messe de Minuit!  Alors Cricri pleure dou­cement en trottinant vers sa maison.  Si douce­ment qu’elle n’éveille même pas le gros Boule-de-laine qui ronronne sur le divan.

Soudain...  Un grand bruit arrive de la chemi­née, un gros rire éclate, et Cricri toute tremblante voit apparaître une paire d’immenses bottes noires, puis de longues jambes rouges, puis une bedaine colossale, puis une barbe blanche, puis des joues rondes et des yeux rieurs et enfin un sac énorme plein de jouets et de boîtes de toutes les couleurs et de toutes les formes.  Le gros bonhomme rit d’a­voir dégringolé dans la cheminée; il époussette de sa mitaine rouge un peu de suie restée sur sa tuque.

Cricri est figée par la peur; Boule-de-laine, bien réveillé, se pelo­tonne sur le divan en retroussant méchamment ses babines.

Le gros bonhomme rit toujours.  Il puise dans son sac, prend des boîtes joliment embal­lées, des joujoux, des bonbons, et les sème au pied du grand sapin.  Puis il aperçoit Cricri et son rire redouble:

—Ah!  C’est vrai, s’écrie-t-il de sa bonne grosse voix, j’allais t’oublier, toi.  Attends!

Il fait un geste et voilà que Cricri est changée d’un seul coup en une jolie petite fille toute vê­tue de gris.  Le gros bonhomme la regarde un moment, puis il dit:

—On ne peut pas te lais­ser aller à l’église toute seule, il te faut un che­valier servant...

Il fait un autre geste et voilà qu’à la place de Boule-de-laine il y a, assis sur le divan, un gros garçon tout rond, tout rougeaud, tout confus, vêtu de laine jaunâtre.

—Parfait, parfait!  rit le gros bonhomme.  Maintenant dépêchez-vous : la messe de Minuit commence dans un quart d’heure!

Et il disparaît dans la cheminée.  Alors le gros garçon tout rond tend son bras à la timide petite fille et ils se ren­dent tous deux à l’église.  Là Cricri s’extasie des lumières et des carillons, s’émerveille des can­tiques si harmonieux, se pâme d’admiration de­vant la crèche avec Joseph et Marie et l’en­fant Jésus entourés par des bergers et des rois et aussi par le bœuf, l’âne, les moutons, les cha­meaux...  Et puis il y a devant la crèche une étoile brillante comme l’espoir!

Quand elle a bien tout vu, tout entendu, tout admiré, quand son âme de souris est remplie de beauté, de bonheur et de paix, quand la messe est finie, Cricri se tourne vers son compagnon, l’embrasse sur les deux joues et... se réveille!

Boule-de-laine n’a ja­mais compris comment il a pu se réveiller avec une souris entre ses deux pattes de devant.  Il était tellement surpris qu’il l’a laissée filer.  Quant à Cricri, elle n’a jamais compris comment elle s’est retrouvée sur le divan entre les pattes du chat.  Mais cela n’est pas important : elle est heu­reuse.

Et qu’y a-t-il de plus im­portant que le bonheur —fut-ce le bonheur d’une souris, d’une toute petite souris grise?

 

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3 réaction(s)
  • Félicitations, Richard! Un très beau texte avec, en conclusion, un soupçon de "merveilleux" qui donne à ce conte tout ce qu'il faut pour plaire à un enfant et émouvoir un adulte!
    Meilleurs vœux à toi et aux tiens!
    Gilles - 2019-12-20 17:25
  • Merci Gilles, ça fait plaisir de voir que tu as gardé ton âme d'enfant. Meilleurs voeux à toi et à tous ceux que tu aimes!
    Richard - 2019-12-21 10:06
  • C'est un vrai beau conte qui nous met dans l'esprit de Noël. Vous m'avez eue, je n'avais pas vu venir ce qu'était le cadeau du Père Noël pour Cricri. C'était un beau moment de vous lire.
    M. Thériault - 2019-12-21 15:47