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Le blogue de Richard Levesque

7 juillet 2016 - 04:47

Les Mystères Lescope (13)

6 Commentaire(s)

Marion reprit la feuille et relut encore :

—TU APPROCHES LE TRÉSOR DU PIRATE.  POUR LE FAIRE APPARAÎTRE, IL TE FAUDRA MAINTENANT AFFRONTER SEULE TES PLUS GRANDES PEURS…  Tu crois que?…

—Je suis certaine.  Didier était cruel, tu en sais quelque chose, Marion.  Il savait que j’ai peur des morts.  J’en suis persuadée : l’indice pour trouver mon « trésor de pirate », comme il dit, je le trouverai sur son cadavre.  Mais pourquoi faudrait-il que je sois seule?  Robert, tu pourrais être avec moi?  Au fait, n’importe lequel d’entre vous pourrait fouiller les habits du…  du défunt, qu’est-ce que ça changerait?

Pendant un moment, ils se regardèrent tous; puis, très vite, Albert et Thomas secouèrent la tête.

—C’est VOTRE trésor, ma chère, commença Thomas…

—Je ne pense pas que ce serait une bonne idée, l’interrompit Albert.  Lescope nous a laissé des directives très précises, malgré les codes et tout ça.  À vous l’honneur, continua-t-il ironiquement en indiquant d’un geste large la direction du canapé sur lequel le corps de Lescope avait été dissimulé sous un vaste plaid.

Vanessa hésitait encore.  Elle était pâle comme un linge.

—Ça me fait de la peine de le dire, mais je pense que ces deux…  Que ces deux-là ont raison, dit Marion avec un regard méprisant vers Albert et Thomas.  Nous savons combien Didier était retors.  Autant ne pas prendre de chance…

—Est-ce que tu tiens vraiment à cet…  héritage? demanda alors Robert.  Après tout, nous sommes assez riches, surtout avec les timbres qui sont maintenant dans ton sac.  Pourquoi ne pas attendre que les portes ouvrent et partir, tout simplement?

—Il n’en est pas question! répondit Vanessa maintenant décidée.  Il ne sera pas dit que ce démon de Lescope nous aura manipulés même après sa mort.  J’irai.  Je vais soulever cette couverture et fouiller son…  J’y vais.  Entrez tous dans le bureau, fermez la porte.  Je vais le faire.

—Courage ma chérie, murmura Robert en posant sa main sur l’épaule de sa femme.  Tu iras seule, mais nous serons tout près. Il n’y a que quelques pas entre cette porte et le canapé.  À la moindre alerte, je courrai…

—Ne perdons pas de temps, répondit Vanessa soudain fébrile.  Allez!

Albert, Thomas, Marion et Robert entrèrent dans le bureau et fermèrent la porte.  Vanessa prit une grande respiration et s’avança vers l’ottomane dissimulée derrière le paravent japonais.  En tremblant, elle saisit un coin de la vaste couverture sous lequel se devinait une forme humaine.  D’un coup sec elle rabattit le plaid et…

—AAAAAAAHHHH!

Son cri, strident, fit sursauter ceux qui attendaient dans le bureau.  Aussitôt Robert se précipita, suivi de Marion, tandis que Thomas et Albert restaient prudemment en arrière.

Le hurlement de Vanessa s’était maintenant changé en une sorte de sanglot, presque un rire…  Du doigt, elle montrait un assemblage de coussins évoquant à peu près une forme humaine, avec au milieu un assemblage de feuilles format ministre.

—Mais…  Où est le corps?  demanda Marion en regardant Robert. 

Sans répondre, celui-ci ramassa les papiers et commença à lire à haute voix :

CECI EST UN ACTE DE DONATIONS ENTRE VIFS.  MOI, DIDIER LESCOPE, SAIN DE CORPS ET D’ESPRIT, DÉCLARE PAR LES PRÉSENTES DONNER, ALIÉNER ET CÉDER DÉFINITIVEMENT ET SANS CONSIDÉRATIONS MONÉTAIRES OU AUTRES,

PREMIÈREMENT, À MONSIEUR ROBERT LAVOINE UN LOT DE TIMBRES RARES TROUVÉS DEVANT TÉMOINS PAR LEDIT ROBERT LAVOINE DANS MON SECRÉTAIRE AU MANOIR LESCOPE.

DEUXIÈMEMENT, À DAME MARION DELAMBRE UN LOT DE BIJOUX TROUVÉS DEVANT TÉMOINS PAR LADITE MARION DELAMBRE DANS LE COFFRE-FORT DE MON BUREAU AU MANOIR LESCOPE.

TROISIÈMEMENT, À MESSIEURS ALBERT LATROUILLE ET THOMAS LENVELOPPE UNE ORANGE NON COMESTIBLE ET UN LIVRE INTITULÉ LE CON D’IRÈNE, AINSI QUE MON PROFOND MÉPRIS.

QUATRIÈMEMENT, À DAME VANESSA SAVANES, LE MANOIR LESCOPE ET TOUT SON CONTENU HORS LES OBJETS ÉNUMÉRÉS AUX CLAUSES PRÉCÉDENTES.

TOUS LES DOCUMENTS LÉGAUX AFFÉRENTS À CES DONATIONS SE TROUVENT À L’ÉTUDE DE MON NOTAIRE, MAÎTRE JULES LAPLUME, LEQUEL EST CHARGÉ D’ASSURER LA PARFAITE EXÉCUTION DES PRÉSENTES SI ET SEULEMENT SI DAME VANESSA SAVANES EST EN MESURE DE LUI PRÉSENTER CE DOCUMENT AVANT TROIS JOURS SUIVANT LA DATE INSCRITE CI-DESSOUS.  ÉCRIT DE MA MAIN AU MANOIR LESCOPE…

—Suivent la date d’aujourd’hui, la signature de Didier Lescope et les coordonnées du notaire Laplume, ajouta Robert.

—Quel extraordinaire document! s’exclama Marion.  Tout ça paraît bien en règle.  Mais ça signifie que Didier n’est pas mort, puisqu’il s’agit de « dons entre vifs »…

—Pourtant, avança Thomas, j’aurais juré…

—Ouais, tu as sans doute pris tes désirs pour la réalité, grogna Robert.  C’est d’ailleurs ce que nous avons tous fait.  Mais comment diable a-t-il pu sortir d’ici?

—Il doit y avoir un passage secret, intervint Albert.  Il a eu bien des occasions de sortir pendant que nous étions dans le bureau, dans la bibliothèque, dans la salle à manger…

Vanessa n’avait encore rien dit.  Elle semblait à bout de nerfs.  Robert la prit dans ses bras et la berça comme un enfant.

—Combien reste-t-il de temps? s’enquit alors Thomas.  Je ne serai pas fâché de fuir ce maudit manoir.

Marion, machinalement, avait plié le plaid et replaçait les coussins sur l’ottomane.  Elle s’écria soudain :

—Regardez!  Il y a un autre papier…

Elle déplia une mince feuille et lut :

Si vous êtes rendus jusqu’ici, il n’est pas utile de laisser le manoir clos plus longtemps.  Vanessa, tu es maintenant propriétaire des lieux…  Sur le clavier du téléphone de mon bureau, tape le code suivant :  024758.

—Allons-y au plus vite! s’exclama Thomas.  Et suivi d’Albert, il se précipita vers le bureau, souleva le combiné du téléphone puis s’immobilisa :

—Autant ne pas prendre de chance, murmura-t-il pour lui-même.

Il déposa le combiné sur le sous-main et s’éloigna.  Albert le suivait toujours comme une ombre.

Les trois autres arrivaient.  Vanessa prit le papier des mains de Marion et enfonça lentement les touches 024758.  Un petit bruit se fit entendre, suivi par le son très reconnaissable de la tonalité téléphonique.

—Nous sommes libres! cria Thomas en ouvrant la lourde porte de chêne.  Sans même un salut, Albert et lui coururent vers une luxueuse limousine, montèrent et sortirent de la cour dans un furieux crissement de pneus.

Vanessa reposa le combiné du téléphone et regarda tour à tour Marion et Robert.

—Je suis bien soulagée, dit-elle enfin, mais j’ai comme l’impression que cette histoire n’est pas finie.  Je me demande surtout pourquoi Didier Lescope s’est dépouillé ainsi à notre profit…

—J’ai peine à croire que cet homme ait pu éprouver du remords, intervint Marion.

—C’est vrai qu’il reste bien des mystères à résoudre, opina Robert.  Mais je pense que ces mystères peuvent attendre quelques heures.  C’est assez d’émotions pour aujourd’hui!

 

Insatiables lecteurs, j’espère que vous êtes d’accord avec Robert…  Car pour en savoir (un peu) plus, il vous faudra attendre l’épilogue de cette histoire, à paraître la semaine prochaine…

 

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Toutes vos réactions

6 réaction(s)
  • Super fin, M. Levesque!

    Bon bien, finalement, M. Thériault avait raison. Je m'incline... Il n'est pas mort mais j'ai bien hâte de savoir pourquoi il se départit de tous ses biens et pourquoi toute cette mise en scène, surtout. Probablement qu'il voulait savoir si ses "héritiers" étaient dignes de recevoir leurs legs.

    Annie - 2016-07-07 08:59
  • Pourquoi il se départit de tous ses biens? Nous en aurons une bonne idée dans l'épilogue. Pourquoi toute cette mise en scène? Ton hypothèse, Annie, est fort vraisemblable... Après tout, on peut présumer maintenant qu'il n'est pas mort. M. Thériault avait donc raison...
    Richard - 2016-07-07 11:42
  • Je viens tout juste de lire et j’ai dévoré avec beaucoup de plaisir surtout la partie du paravent… J’LE SAVAIS QU’IL N’ÉTAIT PAS MORT!!!! ;o)) Il leur restait encore 3 jours pour se rendre chez le notaire, je pense qu'à leur place j’aurai essayé de trouver s’il y a bel et bien un passage secret avant de tout débarrer, au cas où il serait encore à l’intérieur. J’ai hâte aussi de savoir pourquoi il appelle ça le « trésor du pirate », il a dû se passer quelque chose qui a rapport aux Caraïbes me semble.
    Lescope était une crapule, Thomas et Albert aussi. Il parle de son mépris envers eux. Serait-il en train de se racheter et repartir à neuf? Même avec ses legs, il n’est pas dans le chemin il est multimilliardaire…. J’ai bien hâte de connaître ses raisons.
    M. Thériault - 2016-07-08 12:05
  • @M. Thériault: Bien sûr que vous aviez raison, je l'ai déjà dit, vous avez du flair! Vous êtes mon idole!
    Annie - 2016-07-08 16:46
  • Demain l'épilogue. J'ai bien hâte de lire vos commentaires! J'espère que personne ne sera trop déçu...
    Richard - 2016-07-13 15:08
  • Ce serait une première!!!
    M. Thériault - 2016-07-13 15:56