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Sous les projecteurs, par

16 mai 2019 - 11:45

Le slam, ou comment tomber dans une craque

J'ai pris part le 14 mai à la Grande finale de Slam Rivière-du-Loup, alors que j'en suis encore à mes premières armes de lecture poétique devant public, une belle surprise. Mon but avant tout est de m'amuser. J'espère aussi que les gens qui m'écoutent aient autant de plaisir que j'en ai à partager mes expériences quotidiennes, un peu romancées, il faut le dire. 

Je vous propose de lire ici mon préféré que j'ai présenté lors de cette soirée. Je ne sais pas encore si je vais me présenter lors de la prochaine saison, mais si jamais je sens l'inspiration monter, je ne me retiendrai pas d'écrire. Je n'ai pas la prétention d'être une poète, une écrivaine, ou encore une vraie slameuse. Disons seulement que j'aime aligner des mots et créer des images pour mieux comprendre le monde qui m'entoure. 

CRAQUES

À tous les jours de ma vie, sans exception, je tombe dans une craque.

J’ai essayé de faire autrement, de changer mon comportement, mes vêtements, mes manières.

Y’en a toujours une qui m’attend dans le tournant, qui me surprend dans un petit coin noir, pis je finis par mettre le pied drette dedans.

Comment je me sens quand je tombe dans la dite craque ?

Disons qu’il y en a qui sont plus agréables que d’autres, je vous épargne les détails.

 

Mais elles ont ce point commun de me causer de violents vertiges instantanés.

Ils repartent aussitôt arrivés, une fois que leur job de craque est faite.

Comme quand tu arrives en haut de ta grosse montée de montagne russe, les pieds dans le vide, et que tu commences à prendre de la vitesse.

Ce moment où ton estomac remonte et que tu te demandes si tu as du plaisir, ou si tu vas vomir et mourir. Ça, c’est une craque, une vraie.

 

Parfois, je me réveille en sursaut. Quand j’ai rêvé que j’ai mis le pied à côté du trottoir, dans une maudite grosse craque.

Je pense que je manque d’air, et que ma chute sera infinie. Mon cerveau se prend pour Alice aux Pays des merveilles, mais je sais que j’le trouverai pas, le maudit lapin blanc qui manque de temps.

J’ai l’impression d’avoir chuté de 50 pieds, mais dans la réalité, une bordure de trottoir ça se rapproche plus de trois pouces, faut quand même pas charrier. Vomir, mourir. Non, pas cette fois, pis je colle mon chat.

...

Une craque, j’imagine que c’est différent pour chaque personne.

Y’en a pour qui c’était les exposés oraux au secondaire,

confronter leur père homophobe alors qu’ils ne sont pas encore sortis du placard,

se faire arrêter par un policier,

réaliser que la personne que t’aimes te trompe,

se demander si sa date a bien été et finalement se faire frencher dans le cadre de porte.

J’appelle ça aussi le syndrome du petit genou mou. Il est plus courant qu’on ne le pense.

C’est pas nécessairement négatif, une craque. Mais pour une adepte du contrôle, ça peut devenir excessivement obsédant. Parce que je perds tout repère, je me mets en danger et j’ai pas le choix de tout lâcher.

Je tombe dans une craque quand j’me fais appeler monsieur, mais que finalement je dis que c’est madame et que j’assume le malaise après avoir informé la caissière;

Je tombe aussi dans une craque quand on m’appelle ma p’tite madame avant de me serrer la main d’un air condescendant;

Je tombe dans une craque lorsque j’apprends que je ne pourrai plus jamais entendre mon amie chanter, parce qu’elle a perdu la vie;

Je tombe dans une craque quand je vois un secouriste s’arracher le cœur à essayer de réanimer une personne accidentée;

À tous les jours de ma vie, sans exception, je tombe dans une craque. Des fois, certaines sont plus profondes que d’autres, mettons que ça ressemble plus à une falaise. Dans ce temps-là, c’est plus long de s’agripper sur le bord et de se hisser en dehors.

Maintenant, je suis en train de tomber dans une pas pire craque, pis ça fait trois minutes que ça dure. Mais, j’pense pas mourir, je devrais m’en sortir. Sauf que je cherche encore le maudit lapin blanc.

Crédit photo : Frank Malenfant

 

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