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Décès d'un enfant d'Esprit-Saint

Des paramédics à 60 kilomètres d’un enfant en arrêt cardiorespiratoire

durée 5 janvier 2023 | 17h01
  • Marc-Antoine Paquin
    Par Marc-Antoine Paquin

    Journaliste

    Frustration, impuissance, découragement… des paramédics de la Coopérative des paramédics du Témiscouata ont vécu un lot d’émotions après avoir été appelés à parcourir près de 60 kilomètres pour intervenir auprès d’un enfant en arrêt cardiorespiratoire, au début du mois de janvier. Une situation dramatique qui met cependant la lumière sur une réalité qui arrive «trop souvent» dans la région, et qui pourrait pourtant être évitée, dénoncent les syndicats.  

    Dans la nuit du 2 janvier, la centrale d’urgence 911 a reçu un appel pour un enfant inconscient et en arrêt cardiorespiratoire à Esprit-Saint, une municipalité située à l’est de Lac-des-Aigles et qui est normalement couverte par une équipe de paramédics de Saint-Michel-du-Squatec. 

    Or, c’est une ambulance de Témiscouata-sur-le-Lac (Cabano) qui a dû faire la route cette fois, puisque celle de Saint-Michel-du-Squatec avait déjà quitté le territoire pour effectuer un autre transport vers l’hôpital de Rimouski.

    Malgré l’urgence, les paramédics de la Coopérative des paramédics de Témiscouata ont ainsi été contraints de parcourir près de 60 kilomètres le plus rapidement possible afin d’atteindre la jeune victime, puis un autre 55 kilomètres avant de rejoindre finalement l’hôpital de Rimouski. Un voyage interminable pour un cas aussi grave. 

    «C’est un délai énorme», a convenu Jacques Potvin, paramédic et président du Syndicat des paramédics du Bas-Saint-Laurent (FSSS-CSN). «Les paramédics veulent faire le plus vite possible, mais sur la route 232, l’hiver, on ne peut pas rouler 200 km/h. Les conditions routières ont un impact et l’équipe doit réussir à se rendre à destination.»

    Selon nos informations, les paramédics ont été appelés pour une priorité 0, la plus importante de la liste des priorités d’affectation, cette nuit-là. Une véritable course contre la montre pour laquelle ils sont partis «avec deux prises», a regretté le professionnel du milieu préhospitalier d’urgence. 

    Une fois à Rimouski, l'enfant aurait par la suite été transféré dans un centre hospitalier de Québec. Selon Radio-Canada, son décès, qui a été constaté dans la Capitale-Nationale, n’aurait pu être évité, puisqu’il a été victime d’un anévrisme au cerveau. 

    Quoi qu’il en soit, Jacques Potvin rappelle que chaque minute compte lorsqu’une personne a besoin de soins médicaux. Une situation similaire, aussi grave, pourrait survenir la nuit prochaine, dans le même secteur, par exemple. 

    «Quand il y a arrêt cardiorespiratoire, la vie est en danger et les 10 premières minutes sont très importantes. Les chances de survie baissent ensuite rapidement, plus le temps passe. Si des manœuvres de réanimation sont réalisées, le délai va s’étirer, mais il y a vraiment urgence, il faut agir», a expliqué M. Potvin.   

    «On ne peut jamais garantir la survie d’une victime, mais il faut que la personne ait les meilleures chances possible. Elle doit avoir accès aux soins qui peuvent faire la différence. Mais pour cela, une équipe doit être proche et doit pouvoir intervenir plus rapidement», a-t-il ajouté.

    Jacques Potvin ne cache pas que les paramédics vivent un sentiment d’impuissance et de découragement lorsqu’ils sont confrontés à des situations comme celles-ci et qu’ils doivent rouler plus de 50 kilomètres alors que chaque minute compte. Les paramédics de Cabano sont d'ailleurs souvent appelés à couvrir les territoires plus éloignés de Squatec et Rivière-Bleue, lorsque les équipes de ces milieux ont quitté vers un centre hospitalier. 

    «L’équipe fait ce qu’elle doit faire. Elle est monte le plus vite possible et elle fait son travail. Mais parfois, elle ne peut pas faire autrement que de penser que les choses pourraient se passer différemment si elle avait été déplacée dans le secteur donné plus tôt.» 

    «Les minutes supplémentaires qui sont nécessaires pour se rendre auprès de la victime dans une situation comme celle-là, elles comptent, elles ont un impact […] Il y a de la frustration par rapport à ça.»

    «IL FAUT QUE LES CHOSES CHANGENT»

    M. Potvin, qui travaille comme paramédic depuis plus de 20 ans, est catégorique : il estime que la présence d’horaires de faction au Témiscouata – et ailleurs – nuit à la possibilité d’un «déploiement dynamique» et stratégique des ambulances sur le territoire. 

    Selon lui, dans un scénario idéal, l’ambulance de Cabano aurait dû être appelée à prendre la relève de celle de Squatec au départ de cette dernière vers Rimouski, le 2 janvier. Celle de Notre-Dame-du-Lac aurait pu ensuite se positionner pour couvrir efficacement le territoire de Témiscouata-sur-le-Lac en entier. 

    Mais cela était impossible, puisque la seule équipe de paramédics de Notre-Dame-du-Lac, la nuit, est sur un horaire de faction. Elle devait attendre un appel à la maison, elle qui n'est pas payée à l'heure. 

    Cette situation survient «régulièrement» sur le territoire, bien que les cas ne sont pas toujours aussi graves. Elle peut aussi être vécue durant le jour lorsque plusieurs interventions se déroulent en parallèle. D’ailleurs, une ambulance était aussi située légèrement plus près de la victime que celle de Cabano, le 2 janvier, mais elle n’a pas été assignée, puisqu’elle est elle aussi sur l’horaire de faction. 

    Jacques Potvin demeure convaincu qu’une situation similaire à celle vécue à Esprit-Saint pourrait être évitée si le déploiement dynamique était possible sur la grandeur de notre territoire. «Il faut que les choses changent», a-t-il partagé, soutenant qu'il faut mettre fin, une fois pour toutes, aux horaires de faction.

    MÊME COMBAT À LA FPHQ

    Une opinion partagée par la Fédération des employés du préhospitalier du Québec (FHPQ) qui représente plusieurs paramédics du Bas-Saint-Laurent, dont ceux de Saint-Michel-du-Squatec. Son vice-président, Jérémie Landry, estime qu’il est impératif de mettre fin aux horaires de faction, mais aussi de faciliter le déploiement dynamique des ambulances sur le territoire. 

    «S’il y avait des horaires à l’heure partout, il y aurait eu un effet domino et une ambulance aurait été déployée dans le secteur», a-t-il partagé. «On aurait pu prendre une ambulance de Rimouski ou de Cabano et la ramener vers Esprit-Saint, Trinité-des-Monts ou Squatec pour qu'elle soit prête pour un appel.»

    Les paramédics de tous les secteurs se battent depuis plusieurs années déjà pour que cessent les horaires de faction. Lors de celles-ci, les professionnels sont de garde pendant un quart de travail de sept jours consécutifs, 24 heures sur 24. Dans un contexte d’horaire à l'heure, deux paramédics sont à la caserne ou encore dans le véhicule ambulancier, prêts à partir dans la minute après la réception d’un appel d’urgence.

    Actuellement, des équipes à Trois-Pistoles, Notre-Dame-du-Lac, Saint-Cyprien, Squatec et Saint-Alexandre demeurent sous horaire de faction. 

    DES SITUATIONS «INACCEPTABLES»

    MAP - La députée de la circonscription Rivière-du-Loup-Témiscouata, Amélie Dionne, a confirmé que le gouvernement du Québec allait «s’assurer de faire toute la lumière» sur l’ensemble des circonstances entourant le drame qui a frappé une famille d’Esprit-Saint, le 2 janvier dernier. 

    Appelée à réagir en début de semaine, Mme Dionne a qualifié cette histoire de «bouleversante ». Elle a aussi indiqué que son collègue et ministre de la Santé, Christian Dubé, a demandé un état de situation pour comprendre ce qui s’est passé. «Des situations comme celles-ci sont inacceptables, on va s’assurer de faire toute la lumière sur ce drame», a-t-elle soutenu.

    De son côté, le CISSS du Bas-Saint-Laurent a confirmé qu’il effectuera une «analyse spécifique» de la couverture ambulancière dans les milieux ruraux de la MRC de Rimouski-Neigette et dans le Témiscouata. 

    «Si au terme de l’analyse des changements doivent être apportés, ce sera fait», a-t-il déclaré dans un communiqué de presse paru le 6 janvier. 

    Le CISSS du Bas-Saint-Laurent a également assuré que «le déploiement dynamique des équipes de paramédics des différents territoires est effectué en continuité, chaque année ou lors de modification de quarts de travail de faction en quarts à l’heure, «afin de déterminer les points d'attente potentiels et apporter des améliorations à la couverture ambulancière de l’ensemble de la région». 

    Selon les données disponibles, l’équipe de paramédics de Squatec – qui travaille sur un horaire de faction –  répond à 325 appels par année en moyenne sur toute la zone qu’elle couvre. En moyenne, 35 transports ambulanciers sont enregistrés annuellement à Esprit-Saint.
     

    commentairesCommentaires

    1

    • DB
      DORIS BERUBE
      temps Il y a 1 mois
      Je ne parlerai pas des paramedics comme le journal mais c'est inconcevable que des jeunes decédes de plus en plus et il serait important de savoir les raisons afin de prévenir que cela ne se reproduise plus.

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