Publicité

Dans l'objectif de François Drouin

10 septembre 2014 - 09:22

Le suicide tue… les autres aussi

6 Commentaire(s)

En 1989, nous étions la bande des quatre. Oh, n’allez pas croire que nous nous étions affublés de ce surnom ridicule, non. C’est seulement que nous étions quatre amis. Des chums du secondaire, ceux qu’on croit pour la vie. Immortels. Il y avait J-F, le nerd avec son Tandy-1000 (un ordinateur), Steph, le grand (6’3’’) bollé en maths, Érik, l’artiste et moi, le baveux.

Une sorte de RBO de ti-culs de 16 ans. C’était nous contre le reste du monde et il n’y avait aucun doute sur l’issue de la bataille, la victoire était nôtre. C’était… jusqu’en mars 1989.

En mars cette année-là, Érik s’est tué. On l’a retrouvé pendu dans une grange attenante à sa maison. Il voulait être incinéré dans une poubelle, comme un déchet. Je vous en ai déjà parlé.



Ce soir-là, en sautant dans le vide, c’est toute la bande qu’il a poussée dans le vide, ses parents, sa famille, les autres amis aussi.

Érik n’était pas celui qui unissait la bande de chums que nous étions. Mais sa mort, le choc brutal, la douleur et la peine, l’ont disloquée. Pour les trois ti-culs restants, c’était comme sortir d’un accident de la route, en vie, mais fracturés, polytraumatisés, de l’âme et du coeur.

On s’est retrouvé au Cégep, un peu tout croche. En se disant que nous étions maintenant dans le monde des grands. On a eu du fun, mais le spectre d’Érik était toujours là, et à quelque part, nous étions toujours dans le vide.

Le temps de soigner nos plaies, de chercher une réponse, de se retrouver comme individu, il n'y avait plus de quatuor, ni même de trio. Je m’étais sauvé au Cégep de Rivière-du-Loup, Steph était à l’Université Laval et J-F à Thetford Mines. Quelques (trop) rares retrouvailles, un peu gênées, sous le spectre d’un chum manquant.

Avec le temps, nous sommes devenus des amis fantômes. L’amitié est restée, comme un voile translucide, on s’est mis à ne plus la voir. Steph et moi avons repris contact cette année via Facebook. Je n’étais pas à son mariage, il n’est pas le parrain d’un de mes enfants. De quoi s’est-on parlé au début? D’Érik. Parce que nous sommes des survivants.

En ce 10 septembre de la Journée mondiale de prévention du suicide, je vous invite à lire l'excellent texte de Patrick Lagacé. Il a su trouver les mots justes. Prenez le temps de lire. Je vous invite aussi, comme je l’ai fait, à le partager. Non seulement le texte, mais aussi votre histoire avec le suicide.

Brisons le silence.

Parce que mon chum, en te tuant, criss, tu m’as presque tué. Tu m’as fait mal comme personne ne l’avait fait avant. Je t’ai presque haï. Et 25 ans après, comme une vieille fracture un jour de pluie, cette cassure-là, je la sens encore, elle fait encore mal. Mais tu me manqueras, toujours.

 -> Le sang du père : http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/patrick-lagace/201409/10/01-4798730-le-sang-du-pere.php

 

Voici les coordonnées du Centre de prévention suicide du KRTB.

Besoin d'aide? Appelle au 1-866-277-3553

 

Heures d’ouverture du CPS du KRTB

Du lundi au vendredi de 09h00 à 12h00 et 13h00 à 17h00

Centre prévention suicide du KRTB

35-D rue St-Louis, Casier postale 353,

Rivière-du-Loup, Québec, G5R 3Y9

Téléphone : 418 862-9658

Publicité

Commentez cet article

Un ou plusieurs champs sont manquants ou invalides:





Toutes vos réactions

6 réaction(s)
  • Excellent texte Francois. Tu as tres bien su capture en mots l'etat d'esprit qui existait apres le suicide de Erik. Oui il a tue notre quatuor de terrorristes des couloirs de l'ecole secondaire de Thetford. Encore aujourd'hui je penses a Erik regulierement.

    Pis oui tu etais baveux.... et pas juste un peu. Moi les math? Bof pas vraiment, tu sais un comptable ca utilise juste les 4 operations de base.

    RIP Erik tu vivras toujours dans nos memoires.
    Le Steph du texte - 2014-09-10 09:51
  • Merci mon ami. L'accouchement du billet a été un brin douloureux, mais si ça peut en faire réfléchir seulement un(e), il en valait largement la peine.

    PS: Un comptable à Calgary, ça doit pas seulement aimer les maths, mais la neige aussi (il a neigé avant hier chez vous) :P
    François Drouin - 2014-09-10 12:16
  • C'est un très beau texte et fort touchant...
    M. Thériault - 2014-09-10 12:28
  • Ouf! Merci pour ce partage et aussi pour le lien de Patrick Lagaçé.Que la douleur devienne de moins en moins lourde pour faire place à l'ouverture libératrice...comme tu le ressens sûrement un peu après ton billet!
    claire - 2014-09-10 14:34
  • M. Thériault : Merci.

    Claire : En effet, même si au fond, la marque est indélébile. Mais aujourd'hui, le souvenir d'Érik a été autre chose que sa foutue dernière lettre. Son sourire en fait. Ça a fait du bien, oui.
    François Drouin - 2014-09-10 18:05
  • La blonde d'un ami, avec qui ils ont eu un petit garçon il y a un an, s'est pendue au début de l'été. C'est son chum qui l'a trouvée.
    ...
    Yoann - 2014-09-11 11:22