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15 février 2017 - 13:56

Regard sur le cinéma avec Anne Émond

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

Le 5e Festival du film Vues dans la tête de à Rivière-du-Loup a donné la parole cette année à une créatrice de la région, Anne Émond, originaire de Saint-Roch-des-Aulnaies. Une telle initiative est également un plaidoyer pour une plus grande diffusion du cinéma d’auteur à l’extérieur des grands centres.

Bien qu’elle ait grandi dans une famille ouverte à l’art sous toutes ses formes, Anne Émond n’avait été que peu exposée au cinéma d’auteur pendant sa jeunesse. «Quand j’avais 7 ou 8 ans je suis tombée sur le film L’Effrontée de Claude Miller avec Charlotte Gainsbourg en cherchant mes dessins animés à Télé-Québec. C’était la première fois que j’étais exposée à un film d’auteur, et j’ai eu une réaction physique, j’avais chaud, les mains moites. J’ai eu l’impression qu’un tout nouveau monde s’ouvrait à moi», raconte Anne Émond.

Ce n’est que plus tard, vers l’âge de 15 ans, que sa passion s’est confirmée, lorsqu’elle est allée voir le film «Trainspotting» à La Pocatière. Un de ses professeurs d’anglais, voyant son intérêt pour le cinéma, lui a prêté quelques films en format VHS, des classiques, de Chaplin à Tarentino.

La diffusion du cinéma d’auteur en région a certainement permis de faire une énorme différence dans son parcours. «Ça a changé ma vie et maintenant, je fais ce que j’aime. Je n’ai aucune idée de ce que je ferais si je ne réalisais pas des films. C’est un déclencheur de passion, et ce type de cinéma permet d’aller plus loin que la comédie ou le film d’action américain.»

Partout où elle a présenté le film «Les Êtres chers», tourné en partie à Notre-Dame-du-Portage et les environs, peu importe le pays, les cinéphiles se sont reconnus. «Quand on se reconnait, ça nous permet d’aborder des sujets plus difficiles, mais nécessaires», précise-t-elle.

DES DÉFIS

Le tournage en région peut également compter de nombreux défis de taille pour tout réalisateur, mais est également une promesse d’une expérience riche. «C’est difficile financièrement, il faut loger toute l’équipe, prévoir les déplacements. Une fois le producteur convaincu, une bulle créative se met en place. Le tournage à Notre-Dame-du-Portage a été mon plus beau. C’était important pour l’histoire, on cherchait une maison avec du cachet.»

 Le réalisateur Podz (Daniel Grou), derrière les séries 19-2 et Minuit, le soir, vient tout juste de terminer un tournage en région, en Ontario cette fois pour son projet «Cardinal». Il admet toutefois que tourner à l’extérieur des grands centres comporte tout un défi.

«Montréal c’est ma ville, ça demande beaucoup de recherche d’aller tourner à l’extérieur, mais ça m’intéresse de me promener. C’est dans mes plans, de voir la réalité hors de Montréal, c’est plus ténu», a commenté Podz. Il pense que malgré les croyances populaires, il y a une demande pour les films d’auteur dans les régions du Québec, mais qu’elle est peut-être sous-estimée. Il est conscient que de réaliser des séries télévisuelles telles que Minuit le soir ou 19-2, diffusées à travers tout le Québec, amènent une certaine partie des spectateurs à découvrir ses longs-métrages. «Pour aller toucher les gens de l’extérieur des grands centres, il faut représenter leur réalité. On pourrait en voir plus à l’écran», admet-il.

À l’image de sa découverte du cinéma d’auteur et d’une passion avec le film Trainspotting, Anne Émond souhaite que son choix de programmation du Festival Vues dans la tête de… ait permis de déclencher une étincelle créative chez ceux qui ont pu assister à l’évènement.

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