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7 janvier 2018 - 07:26

Une saga nommée port de Gros-Cacouna

Andréanne Lebel

Par Andréanne Lebel, journaliste

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*En 2017, votre journal Info Dimanche a célébré ses 25 ans de publication. En cette année particulière, nous vous offrons un retour sur certains des faits ayant marqué notre région en compagnie de ceux qui les ont animés.

Les projets de développement économique au port de Gros-Cacouna se succèdent à travers les années, sans toutefois voir le jour. Inauguré le 7 juin 1981, ce port en eaux profondes a été au cœur de divers projets de développement, tels que le projet pilote de l’Arctique qui en aurait fait un terminal méthanier au tournant des années 1980, un autre projet de terminal méthanier en 2004, une cale sèche en 2011, et un port pétrolier en 2013. Info Dimanche a suivi cette saga depuis ses tout débuts, il y a 25 ans.  

Mairesse depuis 2009, Ghislaine Daris a suivi ce projet de près depuis le début de son mandat. «Tout ce qui s’est fait au port, ç’a toujours été une question politique», résume-t-elle. Le projet de construction d’un terminal méthanier à Gros-Cacouna est dans l’air depuis 1980. En effet, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a eu le mandat d’enquêter et de tenir une audience publique sur ce projet, tel que formulé dans le cadre du «Projet pilote de l’Arctique» et tel que soumis au ministère de l’Environnement en octobre 1980 par la compagnie TransCanada PipeLines Ltée. L’entreprise souhaitait obtenir un certificat d’autorisation en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement.

Le projet pilote de l’Arctique pouvait se résumer simplement en un consortium de compagnies incluant Pétro-Canada qui souhaitait exploiter un champ gazéifère dans l’ile de Melville dans l’Arctique canadien. Il était prévu de transporter ce gaz une fois liquéfié à bord de deux grands méthaniers brise-glace vers les marchés de l’est du Canda. On proposait également de liquéfier le gaz, de l’entreposer, le vaporiser et le distribuer aux consommateurs à travers un réseau de gazoducs à construire. Le projet est finalement sombré dans l’oubli à la suite de l’inauguration officielle du port, le 7 juin 1981.

En 2004, un autre projet de terminal méthanier a été annoncé par Énergie Cacouna, cette fois formé d’un consortium alliant TransCanada Pipelines et Pétro-Canada. Le GNL aurait été importé de Russie jusqu’à Gros-Cacouna où il aurait été regazéifié et distribué par un oléoduc à construire.

Le BAPE a remis un autre rapport le 1er novembre 2006, affirmant que le projet n’était pas susceptible de causer des effets environnementaux importants si les mesures d’atténuation et les recommandations étaient respectées par le promoteur. En 2008, ce dernier a annoncé qu’il reportait ce projet indéfiniment. «On nous a dit qu’il n’y avait pas de matière, la demande avait baissé, alors la rentabilité du projet était moindre», explique Ghislaine Daris.

Cacouna avait cru enfin trouver une solution grâce à un projet de cale sèche, présenté par Méridien Maritime de Matane en 2011. Ce projet représentait un investissement d’environ 30 M$ et 200 emplois. Il n’a finalement jamais vu le jour et l’entrepreneur l’a abandonné en 2014.  «Le projet n’était selon moi pas assez ficelé avant d’être annoncé. Le promoteur croyait que c’était faisable et nous aussi. Il n’a pas eu d’argent du gouvernement et il y a eu des élections», a expliqué la mairesse de Cacouna, qui était en poste lors de cet évènement.

En 2013, Trans-Canada est revenu à la charge, cette fois avec un projet de port pétrolier. Environ 1,1 million de barils de pétrole devaient être transportés par un pipeline depuis l’Alberta, puis exportés vers l’Inde. Le projet ne s’est jamais réalisé puisqu’il se serait retrouvé au beau milieu de la plus grande pouponnière de bélugas du fleuve Saint-Laurent. Le 5 octobre 2017, Trans-Canada Corporation a officiellement annoncé qu’elle mettait fin à son projet d’Oléoduc Énergie Est et au Réseau Principal Est «à la suite des nouvelles exigences qui lui ont été imposées». «On nous a donné plusieurs raisons, dont le prix du pétrole qui a baissé, les règlements environnementaux et la protection des animaux marins. C’était la même compagnie qu’en 2005, mais le projet n’était pas assez ficelé. Je le vois comme de l’improvisation. Il y avait un manque de préparation», constate Mme Daris.

Cette dernière est déçue de voir tous les projets annoncés qui sont finalement morts dans l’œuf, souvent pour des raisons politiques. «Il faut demeurer vigilants. Il reste des utilisateurs, il y a du transport qui se fait quand même dans la région grâce au port et plusieurs familles qui en vivent. Je suis convaincue que le transport d’éoliennes et de matériaux fait vivre beaucoup de gens. Je garde de l’espoir parce que Transports Canada a toujours investi pour l’entretien du port, il a toujours été mis aux normes. Je ne baisse pas les bras. Le port et notre parc industriel vont de pair, un projet et c’est parti», conclut-elle.

Le port de mer en eaux profondes de Gros-Cacouna a été inauguré en 1981, après une attente et des démarches de près de 25 ans. Il a servi à transporter des produits forestiers, des pâtes et papiers, puis ensuite du ciment, du sel de déglaçage et divers produits métalliques. Depuis 2005, il sert également au transbordement de pièces d’éoliennes. 

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5 réactionsCommentaire(s)
  • La région de Montréal a eu son aéroport (fantôme) avec Mirabel...
    ici c'est le beau mirage des milliers d'emplois d'un mirage qui
    tourne au naufrage.

    Après ça, on dira que la population se mener en bateau par les
    politiciens...

    Le comble de la connerie, c'est que l'on a rebaptisé Dorval au nom
    du principale responsable politique du fiasco de Mirabel !

    Pas surprenant que la seule promesse électorale que son fiston va
    voir se concrétiser risque d'être aussi bénéfique avec le pot pour
    tous...

    La devise du Québec : Je Me Souviens devra être changée pour:

    J'men souviens pu man


    Le capitaine Fish - 2018-01-11 04:01
  • @ Mike,
    Pour quelle raison? Parce que tout ce que l'on a toujours voulu à Gros Cacouna, c'est un port pétolier (Trans Canada)qui aurait servi les intérets de quelques personnes de la région et ces personnes ont travaillé fort pour y arriver.
    Un très beau projet pour la région aurait été celui de Méridien Maritime de Matane qui aurait crée au moins 200 emplois dès sa réalisation et probablement encore plus d'emplois les années suivantes.
    Maintenant la seule chose qui reste dans ce port c'est de l'eau et de tant à autre un navire de la garde cotière quand il ne reste pas coincé dans les glaces.

    René Lapointe - 2018-01-07 21:54
  • La SEMER est-ce comme un gros gaz, parti comme un gros pet !

    Mamie - 2018-01-07 17:35
  • Madame, la saga a débuté bien avant 1980. Au début des années 60 c’etait déjà un enjeu à chaque élection au provincial et au fédéral. Ça fait longtemps qu’on se fait promettre différents projets et on a encore une infrastructure pas utilisée. Plus ça change plus c’est pareil.

    Mike - 2018-01-07 16:22
  • Pourquoi pas le lieu d'exportation du gaz produit par le SEMER si jamais l'usine peut commencer à dégoûter?

    Visionnaire - 2018-01-07 14:30