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14 août 2015 - 06:47

Les producteurs de lait de la région méfiants

Hugues Albert

Par Hugues Albert, Journaliste

Rivière-du-Loup – Ce sont des sentiments mixtes de confiance mais aussi de méfiance qui habitent les producteurs laitiers de la région du Bas-Saint-Laurent dans le dossier du Partenariat transpacifique (PTP) qui lierait une douzaine de pays dont le Canada.

C’est ce qu’affirme Gabriel Belzile, de Saint-Clément, nouveau président du Syndicat des producteurs de lait au Bas-Saint-Laurent, organisme qui couvre les huit MRC régionales depuis La Pocatière jusqu’à Matane et Sainte-Florence dans la Matapédia.

Dans son propos, M. Belzile revient sur l’accord que le Canada a signé en 2013 avec l’Union européenne où deux ministres québécois du gouvernement de Stephen Harper, Denis Lebel et Maxime Bernier, avaient suggéré aux producteurs laitiers du Québec de ne pas s’inquiéter avec le résultat que ce pacte avec l’UE permettait aux pays européens d’exporter 17 700 tonnes de fromage au Canada, quand on sait que 60 % des fromages produits au Canada le sont au Québec.

Les producteurs laitiers et l’industrie fromagère du Québec dans l’ensemble allaient par conséquent être pénalisés par les mesures incluses dans cet accord.

À l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA), on avait alors manifesté une grande insatisfaction face au gouvernement Harper qu’on accusait d’avoir donné le Québec en échange du bœuf de l’ouest.

« Tout le monde veut se protéger dans le cadre de tels partenariats, explique M. Belzile, mais il faut aussi faire des concessions de part et d’autre. »

Il cite en exemple la Nouvelle-Zélande, dont les producteurs laitiers veulent vendre leurs surplus de lait mais qui n’ont rien à concéder en retour, ce qui aide le Canada dans les négociations.

LA FIN DE LA GESTION DE L'OFFRE?

« Je ne crois pas qu’on jettera par terre notre système de gestion de l’offre qui protège nos producteurs depuis de nombreuses années mais il faut quand même être vigilants car les producteurs américains et européens qui sont subventionnés par leurs gouvernements veulent nous envahir en faisant du dumping chez nous avec leur surproduction. »

Les producteurs canadiens spécialisés en production laitière et avicole (poulet et œufs de consommation) ne sont pas subventionnés mais protégés par le système de gestion de l’offre.

« Nos producteurs sont nerveux mais confiants en ce système et dans le déroulement des négociations en vue du PTP. Au Bas-Saint-Laurent, on réussit malgré tout à augmenter notre quota laitier, mais ailleurs au Québec, on est nerveux. Est-ce qu’on nous joue dans le dos en nous faisant miroiter autre chose que ce qui se déroule réellement dans les négociations ? »

Les ministres de l’agriculture des autres provinces canadiennes disent qu’ils sont en faveur de la protection de la gestion de l’offre mais on ne le sait pas vraiment, analyse froidement M. Belzile.

« En 2013, on nous avait dit jusqu’à la dernière minute qu’on nous protégeait dans le cadre de l’accord avec l’UE mais on sait ce qui est arrivé avec le fromage. Quant au ministre de l’agriculture du gouvernement canadien, Gerry Ritz, il est plutôt vague dans ses propos. »

En résumé, comme l’indique le président de l’UPA, Marcel Groleau, la gestion de l’offre permet à une multitude d’entreprises agricoles d’assurer leur pérennité et de contribuer aux économies régionales sans pour autant opter pour le gigantisme américain. Il s’agit d’une recette gagnante.

LE FACTEUR LAIT AU BAS-SAINT-LAURENT

Au Bas-Saint-Laurent, on dénombre 1 400 propriétaires regroupés dans 669 fermes spécialisées dans la production laitière, ce qui génère une économie substantielle avec 2 519 emplois directs.
La production fromagère donne de l’emploi à 400 personnes dans les fromageries d’Amqui, Trois-Pistoles, Témiscouata-sur-le-Lac, Baie-des-Sables et Sainte-Luce.

 

 

 

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