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Le Dr Jean-François de la Sablonnière, méde- cin psychiatre au Centre hospitalier régional du Grand-Portage, pose un regard lucide. Ce qu'il observe dans sa pratique, c'est que la santé men- tale des Québécois est mise à mal avec cette nouvelle période anxiogène. «On a tous perdu quelque chose de l'ordre d'un équilibre qui nous permet d'avancer et d'avoir de la résilience. Perdre cette capacité à se changer les idées, c'est calamiteux. Nous sommes tous déjà au bout du rouleau.» Depuis deux ans, les Québécois doivent jon- gler entre la crainte d'un virus et le respect des mesures sanitaires strictes et controversées comme le couvre-feu. La guerre, l'inflation, l’impôt, le prix de l'essence à la hausse, la future hausse des tarifs d’Hydro-Québec, la rareté des logements et leurs prix prohibitifs ainsi que la pénurie de main-d'œuvre viennent s'ajouter à une humeur déjà fragilisée. Tous ces facteurs de stess renforcent une situation déjà anxiogène. Ce ras-le-bol s’illustre aussi dans la perte d'un sens civique, note Jean-François de la Sablonnière. Les échanges acerbes, tant sur les réseaux sociaux que dans les relations humaines directes, ont donné droit à des passes d'armes tantôt entre internautes, entre collègues, entre amis et parfois au sein d'une même famille. Le tableau actuel, on s'en doute, tient plus du célèbre Cri du peintre Edvard Munch que du doux jardin de Normandie de Claude Monet. À l’image du personnage au visage trituré de l’expression- niste norvégien, le Dr de la Sablonnière l’admet, sa pratique clinique n’est pas épargnée alors que les manifestations d’appels à l’aide sont plus nombreuses. BIENVEILLANCE ET MAINS TENDUES Lorsqu’on lui demande s’il existe une solution pour alléger le climat actuel, Jean-François de la Sablonnière réplique qu’elle est déjà toute trou- vée. «Après deux ans, c’est normal d’éprouver une certaine fatigue, un épuisement qui nous fait voir le verre à moitié vide. La solution c’est de résister, de sourire. En étant conscient, on est capable de solliciter en soi la bienveillance pour en sortir. Je suis convaincu que ce qui nous per- met de grandir comme humain c’est par la bien- veillance et la compassion. C’est avec ça qu’on transcende des situations comme celle que nous vivons en ce moment.» Il pointe notamment les étiquettes qui pullu- lent depuis deux ans. Complotistes pour les uns, sanitaristes pour les autres, covidiots ou encore moutons, ces quolibets, explique le médecin, sont des étiquettes qui n’ont aucune bien- veillance et contribuent non seulement à diviser, mais à augmenter la morosité ambiante. Une division qui a contribué à l’essor de certains lea- ders antimesures sanitaires proches de mouvan- ces de l’extrême droite. «On doit se réapprivoiser, et ceux qui se dressent au-dessus de la mêlée ont cette respon- sabilité sociale de bienveillance sociale envers les autres. Ce n’est pas en lançant des noms ou en accroissant leurs peurs que nous en sorti- rons grandis comme société. C’est à nous de faire un pas vers eux, de les accueillir sans porter de jugement.» Le secret se trouve donc dans l’ouverture de l’autre, non pas dans un échange d’argumentai- res, mais dans la façon de l’accueillir. «Il faut créer un espace pour dialoguer, sans juger, créer un espace où il peut penser en votre présence, ce qui ne vous oblige pas à lui donner raison ou à penser comme lui», rappelle le Dr de la Sablonnière. Avec l’arrivée du printemps, à l’heure où cer- tains planifient déjà leurs semis, il est peut-être temps, suggère le psychiatre, de cultiver un essentiel, quelque chose comme la bienveillance. Entre pandémie et guerre, cultiver la bienveillance Le Dr Jean-François de la Sablonnière. PHOTO : FRANÇOIS DROUIN • FRANÇOIS DROUIN [email protected] En mars 2020, à l'instar de bien des nations, le Québec s'est fermé, isolé du monde. D’éphémères arcs-en-ciel ont illuminé nos fenêtres comme une pro- messe de jours plus heureux avant de rapidement pâlir. Après deux ans d'une profonde usure pandémique, alors que la 5e vague de COVID-19 s'est essoufflée, une brise d'optimisme s'est mise à ragaillardir nos humeurs. Mais voilà que la guerre insensée que mène la Russie en Ukraine vient assombrir cette perspec- tive d’un printemps vivifiant. SANTÉ MENTALE Il n’a jamais été autant question de santé mentale ces derniers temps. Des joueurs de hockey, pensons à Jonathan Drouin et Carey Price du Canadien de Montréal, aux enseignants, au per- sonnel médical, aucun secteur n’est épargné. Selon un rapport d'évaluation de l'Organisation mondiale de la santé, depuis le début de la pandémie en 2020, on observe une augmentation de 27,6 % de dépression caractérisée et de 25,5 % de prévalence des troubles anxieux dans le monde en lien avec la pandémie. Des chif- fres qui ne surprennent pas le médecin louperivois. «Plus tôt, je parlais de la perte de l'équilibre et le domaine de la santé est un exemple. Le car- net est plein... pour tout le monde. Il y a des médecins qui sont en détresse. Personnellement, je n'ai jamais travaillé autant de ma vie. Mon agenda est complet et je dois encore prendre des patients», souligne Jean-François de la Sablonnière. La consommation d’alcool et de diverses substances aussi a augmenté. Le Manuel diagnos- tique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV) publié en 1994 détaillait le trouble d’abus de substance du trouble de dépendance aux substances. Depuis 2013, ces deux problématiques sont regroupées sous une seule désignation dans le DMS 5, celle du trouble lié à l’utilisation d’une substance. «On considère qu’environ 15% de la population a un trouble lié à l’utilisation, c’est beaucoup. C’est majeur. Et il faut aussi considérer que 25% de la population vit avec une problématique de santé mentale», rappelle le psychiatre. 1151101222 NICOLAS MORIN Chocolats Favoris La Chambre de commerce de la MRC de Rivière-du-Loup est heureuse de désigner monsieur Nicolas Morin à titre de Personnalité du mois de février 2022. Entrepreneur visionnaire, déterminé, persévérant, engagé et dynamique, il vient de lancer en février la franchise de Chocolats Favoris qui s’ajoute à une feuille de route entrepreneuriale déjà bien garnie. Nous le félicitons de tout ce travail à faire étinceler notre région! Personnalité du mois DE FÉVRIER Présentée par la LE 23 MARS 2022 • INFODIMANCHE 6 ACTUALITÉ

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