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Le blogue de Louis Gagnon, par

16 mars 2019 - 12:23

Marie-Jeanne

16 ans, 15 peut-être. Mes amis avaient essayé bien avant. Ce qui m’avait empêché d’en fumer est relié à une phrase de mon père. À 12-13 ans, des santés, on en a comme plusieurs alors l’argument du «c’est pas bon pour la santé» n’est pas très solide. Voici donc une bribe de sagesse paternelle : le pot ça fait arrêter de grandir.

Répétez après moi : « Donde esta la casa de Domingo ? »
« Donde esta la casa de Domingo? »

Ok, juste S maintenant.

Un tantinet affecté par la mari il répète « Donde esta la casa de Domingo » (c’est la seule phrase complète en espagnol que je peux encore dire à ce jour) et il est parti à rire et n’a pas, en tout cas il me semble, arrêté après du reste du cours. Un fou rire ou plutôt un rire fou puisque finalement il riait pas mal tout seul (les 20 dernières minutes).

Bref.

C’était avec deux-trois amis qui faisaient du skate. L et L. Avec moi ça faisait trois L. On était... comme derrière le Centre Premier Tech... il y avait un petit bois là avant...un boisé...assez mal caché...en bas il y avait la Rampe (pas le choix de mettre une majuscule tellement elle était grosse… j’en reparlerai) et sûrement des gens qui skataient autour... Il avait une pipe en métal couleur bronze et il l’a bourrée au complet. « Tire fort. » Hein? Aspire ! Oh là. Je me suis étouffé solide. Je me disais que ça devait suffire. « Non non, si tu veux que ça marche, il faut fumer plus. » J’aspire encore. Encore. Je ne sens pas grand-chose.

Ça fait rien man.

« Attends. Quand tu vas te lever ça va marcher. »

Ouan.

On a parlé après de je sais pas quoi. De heelflip ou de kickflip je suppose. Du plus facile des deux à faire. Eric fait des double kickflip. Ah ouan ! Ouan mais lui yé trop bon.

Truc du genre.

Je me lève.

Mon vieux, tu m’as jeté sur une nouvelle planète.

Un gros doute s’est installé en moi. La première question étant : vais-je rester comme ça... pour toujours? Je souriais mais j’avais peur. Je ne savais plus trop qui j’étais et surtout ce que je représentais pour les autres. C’est comme si mon « masque », ma « façade », mon « contrôle » était tombé. Comme si non seulement je ne savais plus trop qui j’étais mais surtout, je ne savais plus trop qui j’étais pour les autres.

J’ai dévalé la pente, le petit sentier bouetteux, avec une misère... ma foi visible. Tout était changé autour de moi. Mon « monde » avait disparu au profit d’un nouveau que... qui me faisait peur puisque je ne le connaissais pas. Je regardais les deux autres L. et je les enviais d’être « habitués », de savoir. Il se parlait normalement. Ils faisaient des projets d’aller skater à l’église le lendemain. Le lendemain? Je ne savais même plus que ça pouvait exister, une autre journée.

« Heille, qui vient te chercher tantôt? »

Eeee... ben... mes parents...

Mes parents? J’ai des parents?

Vraiment, je me sentais mal. J’avais 2-3 heures à tuer et je devais aller, après, les attendre au point de rendez-vous international, au centre du monde si on peut dire, le Mikes. En arrière. Pas loin des téléphones. Au moins là, y fait chaud. Et on dérange personne. Et on peut faire des appels. Même si on n’en fera pas. À moins d’avoir une bonne idée de coup de téléphone. 

Pendant une bonne heure j’ai donc essayé de réussir un foutu heelflip, mais je n’y suis jamais arrivé, encore moins que d’habitude. Je voulais juste redevenir... normal. J’étais prêt à échanger ma meilleure carte Magic (un Shivan Dragon) contre rien pantoute sauf pouvoir redevenir... comme avant.

De fil en aiguille, je me suis retrouvé au Mikes avec genre deux heures d’avance. Par contre, problème majeur : j’ai croisé du monde... que je connaissais !

Un bouquet de 4 filles, les 4 filles les plus belles de l’école (en tout cas pour moi) et avec qui je me « tenais » un peu. Si au moins je ne les avais pas connues, elles ne m’auraient pas parlé...

« Viens t’assoir avec nous autres ! »

Oh merde.

« T’as l’air bizarre, ça va? »

Oui oui… j’ai juste… chaud. Un peu fatigué aussi.

« T’as l’air buzzé. »

Hein moi non je pense pas... ayoye de la crème glacée !

« Heille Louis… E il pense quoi de J? Tu penses-tu qu’il a un kick dessus? »

Ouf… on peut choisir le nombre de boules en plus !

« Louis... qu’est-ce qui pense tu penses? »

Sérieux sérieux sérieux... sérieusement... je sais pas.

« Aaaaaah ok. T’es parents viennent tu te chercher? »

Mes parents? Ah c’est vrai, j’ai des parents ! 

« Hein? »

Non rien. Vous pouvez pas me passer une piasse jusqu’à demain?

« Ben oui tiens... on va te donner chacune 25 cennes. »

Calvinsse... va falloir que je me rappelle de rembourser 4 personnes différentes...

Ça a continué un peu comme ça puis mes parents sont arrivés.

Après... j’ai oublié.

C’est la moindre des choses.

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